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2,1 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable, et en Afrique un besoin de 30 milliards $
35% de la population africaine n’a toujours pas accès à l’eau potable. Cette situation, dénoncée depuis plusieurs décennies, persiste malgré les multiples engagements politiques et les programmes internationaux
Johannesburg/New York – Alors qu’un quart de la population mondiale n’a toujours pas accès à l’eau potable, l’Afrique reste l’un des continents les plus durement touchés. Réunis au Cap pour le premier Sommet africain sur l’investissement dans l’eau, responsables et experts ont tiré la sonnette d’alarme : il faudrait mobiliser 30 milliards de dollars supplémentaires chaque année pour répondre aux besoins urgents en eau et en assainissement.
Un continent en manque vital
Selon les chiffres cités au sommet, 35% de la population africaine n’a toujours pas accès à l’eau potable. Cette situation, dénoncée depuis plusieurs décennies, persiste malgré les multiples engagements politiques et les programmes internationaux.
Le problème ne réside pas seulement dans la mobilisation des fonds, mais aussi dans les conditions de financement. De nombreux intervenants ont pointé du doigt les taux d’intérêt prohibitifs auxquels doivent faire face les pays africains et leurs opérateurs nationaux. « L’accès à l’eau reste le problème majeur pour de nombreuses populations africaines », ont-ils déploré, rappelant que ce besoin fondamental est la base même du développement.
Olufunke Cofie, directrice Afrique de l’Institut international de gestion de l’Eau, a résumé l’esprit du sommet : « Nous sommes arrivés à une déclaration qui engage l’Afrique à élargir ses investissements dans l’eau et les systèmes sanitaires et qui appelle à combler le manque de moyens financiers. »
L’eau au cœur de la lutte climatique
L’un des points centraux de la déclaration finale concerne la résilience climatique. Le sommet a souligné que l’eau est directement impactée par le réchauffement planétaire : raréfaction des nappes phréatiques, sécheresses prolongées, inondations destructrices.
Les participants ont plaidé pour une mobilisation des financements climatiques, estimant que l’accès à l’eau ne peut être séparé des stratégies d’adaptation aux bouleversements climatiques. « Investir dans l’eau, c’est investir dans la survie », a insisté un délégué, rappelant que les infrastructures hydrauliques mal conçues ou insuffisantes sont régulièrement détruites par des catastrophes naturelles, aggravant la vulnérabilité des populations.
La feuille de route adoptée appelle les grandes puissances et notamment le G20 à inscrire l’eau au rang des priorités absolues des politiques climatiques mondiales.
Un modèle de financement à réinventer
Le défi est aussi financier. Pour assurer un service durable, les experts ont plaidé pour une approche tripartite : participation des usagers, engagement de la finance publique et soutien massif des partenaires internationaux.
Cette stratégie vise à garantir la pérennité des services, mais aussi à réduire la dépendance à l’aide extérieure. L’Afrique Water Investment Program (AIP), relancé à cette occasion par l’Union africaine, ambitionne de coordonner les efforts à l’échelle continentale, en mutualisant les ressources et en créant un cadre attractif pour les investisseurs privés.
L’alerte mondiale des Nations Unies
La crise de l’eau n’est pas propre à l’Afrique. Dans un rapport publié à New York, l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé rappellent que 2,1 milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à l’eau potable.
Environ 3,4 milliards manquent d’un système d’assainissement et 1,7 milliard n’ont pas de services d’hygiène de base à domicile. Plus de 106 millions de personnes dépendent encore de sources d’eau de surface non traitées, exposées à toutes sortes de pollutions.
Les inégalités sont criantes : dans les pays les moins avancés, les habitants sont deux fois plus susceptibles que dans les pays riches de ne pas avoir accès à l’eau potable, et trois fois plus de ne pas disposer de services d’hygiène.
« L’eau, l’assainissement et l’hygiène ne sont pas des privilèges, mais des droits humains fondamentaux », a rappelé Ruediger Krech de l’OMS, appelant à une accélération immédiate des efforts pour atteindre les Objectifs de développement durable.
## Les filles, premières victimes
Le rapport onusien souligne particulièrement les conséquences sur les femmes et les filles. Dans de nombreuses régions, ce sont elles qui sont chargées de la collecte de l’eau, une tâche qui accapare des heures chaque jour et qui les expose à des risques sanitaires et sécuritaires.
« Ces inégalités sont particulièrement frappantes pour les filles, qui sont souvent privées de scolarisation pour accomplir cette tâche », a déclaré Cecilia Scharp, cadre à l’UNICEF.
Ainsi, la crise de l’eau n’est pas seulement une question d’infrastructures, mais aussi de droits humains, de genre et de développement social.
## De l’urgence locale à la solidarité internationale
Face à ce constat, les intervenants au sommet du Cap comme à l’ONU insistent sur l’urgence d’un sursaut collectif. Il ne s’agit pas seulement de mobiliser des milliards, mais de bâtir des systèmes pérennes, accessibles et adaptés aux réalités locales.
Les solutions existent : technologies de dessalement plus abordables, réseaux de distribution modernisés, captage des eaux de pluie, réutilisation des eaux usées traitées. Mais leur mise en œuvre suppose des partenariats solides et une gouvernance transparente.
Car, rappellent les experts, la crise de l’eau alimente aussi d’autres crises : sanitaires, alimentaires, migratoires et sécuritaires. Un continent qui ne parvient pas à garantir l’accès à l’eau à ses habitants reste fragile et vulnérable aux tensions internes comme aux chocs externes.
Une bataille pour la dignité
Le sommet africain sur l’eau et le rapport des Nations Unies dressent le même constat : l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement est encore loin d’être atteint. Mais ils rappellent aussi que cet objectif est à portée de main si les volontés politiques s’alignent et si les financements sont mobilisés.
Pour l’Afrique, le défi est immense : 30 milliards de dollars supplémentaires par an, soit un effort considérable mais vital pour transformer le quotidien de centaines de millions de personnes.
En toile de fond, c’est une bataille pour la dignité humaine qui se joue. Car garantir l’accès à l’eau, c’est offrir à chaque individu la possibilité de vivre, d’apprendre, de travailler et de rêver sans que la soif ou la maladie ne vienne briser cet élan.