Actu
À Rabat, la jeunesse euro-méditerranéenne et africaine réaffirme le civisme comme horizon commun
Les étudiants congressistes ont revendiqué leur appartenance à un espace africain et méditerranéen qui a largement contribué à la civilisation humaine. Loin de toute posture utopique, ils affirment ne pas vouloir « refaire le monde », mais, selon l’expression d’Albert Camus, empêcher qu’il ne se défasse (Communiqué final).
Réunis le 19 janvier 2026 au siège de l’Académie du Royaume du Maroc, les étudiants de l’Université Euromed de Fès ont tenu le troisième Sommet des jeunes africains et euro-méditerranéens. Placée sous le signe du civisme et du pluralisme des valeurs, cette rencontre a donné lieu à une déclaration forte appelant à repenser le vivre-ensemble à l’heure des fractures sociales, numériques et culturelles.
UN SOMMET AU CROISEMENT DU SAVOIR ET DE L’ENGAGEMENT
Organisé sous la supervision de la Chaire des Nations Unies pour l’Alliance des Civilisations et de l’UNAOC, en partenariat avec l’Académie du Royaume du Maroc et l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques, le sommet s’inscrit dans une tradition académique assumée. Il a réuni des étudiants issus de plus de quarante nationalités, des enseignants-chercheurs et des experts, dans un cadre propice au débat intellectuel et à la réflexion collective.
Le choix du thème « Civisme et pluralisme des valeurs : repenser le vivre-ensemble » renvoie à une préoccupation centrale des sociétés contemporaines et rejoint l’attention particulière que Sa Majesté le Roi Mohammed VI accorde à l’engagement civique des jeunes en tant que levier de stabilité et de progrès.
DES VOIX INSTITUTIONNELLES POUR UN MESSAGE UNIVERSEL
La séance inaugurale a été marquée par la présence de plusieurs personnalités marocaines et internationales, dont Abdeljalil Lahjomri, Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, Omar Fassi Fihri, Secrétaire perpétuel de l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques, Mostapha Bousmina, Président de l’Université Euromed de Fès, ainsi que Miguel Ángel Moratinos, Haut Représentant des Nations Unies pour l’Alliance des Civilisations.
Dans leurs interventions, les participants ont souligné la responsabilité partagée des institutions académiques et des jeunes générations dans la transmission des valeurs universelles et la construction de sociétés résilientes face aux tentations du repli et de l’intolérance.
UNE JEUNESSE CONSCIENTE DE SON HÉRITAGE
Dans leur déclaration finale, les étudiants ont revendiqué leur appartenance à un espace africain et méditerranéen qui a largement contribué à la civilisation humaine. Loin de toute posture utopique, ils affirment ne pas vouloir « refaire le monde », mais, selon l’expression d’Albert Camus, empêcher qu’il ne se défasse.
Cette référence philosophique illustre une approche lucide, ancrée dans la réalité des crises contemporaines, où le civisme est perçu comme une résistance active face à la haine, à la violence et à la négation de l’autre.
LE CIVISME COMME RÉPONSE AUX FRACTURES CONTEMPORAINES
Les participants ont insisté sur la nécessité de repenser les modes de transmission des valeurs civiques dans un contexte marqué par la transformation numérique, l’influence massive des réseaux sociaux et l’érosion de certaines formes d’autorité éducative. Le civisme n’est plus envisagé comme un héritage figé, mais comme une construction dynamique impliquant la famille, l’école, l’université, les institutions publiques et la société civile.
Les jeunes revendiquent un rôle central dans ce processus, non comme simples bénéficiaires, mais comme acteurs et forces de proposition capables de prévenir les dérives qui fragilisent le tissu social.
DES RECOMMANDATIONS POUR UN ENGAGEMENT DURABLE
À l’issue des travaux, les étudiants de l’Université Euromed de Fès ont formulé une série de recommandations articulées autour de l’éducation civique, du dialogue interculturel et de la responsabilité collective. Ils appellent notamment à soutenir les initiatives portées par les jeunes et les universités, à développer des programmes éducatifs innovants sensibles à l’impact des comportements individuels sur l’environnement et l’espace public, et à ériger l’éducation au civisme en levier majeur de prévention contre la violence, la radicalisation et les discours de rejet.
La lutte contre la banalisation de l’irresponsabilité et de la violence verbale est également mise en avant, à travers la promotion de cadres éthiques et éducatifs clairs.
LE MODÈLE MAROCAIN EN RÉFÉRENCE
Dans leur déclaration, les étudiants saluent l’expérience constitutionnelle marocaine comme exemple de reconnaissance des composantes culturelles, linguistiques et spirituelles d’une nation. Ils citent le préambule de la Constitution du Royaume, qui consacre une identité nationale une et indivisible, enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.
Pour les participants, cette approche constitue un facteur de cohésion, de stabilité et de continuité historique, offrant une source d’inspiration pour d’autres sociétés confrontées à la fragmentation identitaire.
UNE PAROLE DE JEUNESSE À ÉCOUTER
Au-delà des discours, le sommet a affirmé la nécessité d’accorder une place centrale à la parole des jeunes, encore en quête de sens mais porteuse d’innovation et de renouveau. En réunissant science, culture et engagement citoyen, cette troisième édition du Sommet des jeunes africains et euro-méditerranéens s’est imposée comme un espace de réflexion et d’appel à un sursaut collectif autour des valeurs du civisme et du vivre-ensemble.