Al Haouz : la reconstruction en marche après le séisme de 2023

Al Haouz : la reconstruction en marche après le séisme de 2023

Avec plus de 21.000 logements reconstruits dans les centres concernés par le reportage, un tissu social en recomposition et une dynamique locale relancée, la province d’Al Haouz démontre qu’il est possible de transformer une tragédie en levier de reconstruction

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Près de deux ans après le séisme dévastateur du 8 septembre 2023, la province d’Al Haouz se relève progressivement. La dynamique de reconstruction, impulsée sur Hautes Instructions Royales, a permis des avancées significatives, traduisant la résilience d’une population soudée et l’engagement des autorités. Témoignages, chiffres et perspectives dessinent aujourd’hui un territoire en voie de renaissance. D’après un reportage de l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP).

Des foyers détruits à des habitations dignes

Dans la commune d’Asni, l’histoire de la reconstruction post-séisme se lit désormais dans les murs en élévation, les fondations coulées et les voix des habitants. Comme Mme Naïma, qui se souvient des premières semaines passées sous tente, beaucoup témoignent aujourd’hui d’un regain d’espoir. "Nous avons vécu dans la peur et l’inconfort, mais avec l’aide reçue, nous avons pu commencer à reconstruire. Je me sens enfin en sécurité", confie-t-elle.

À quelques kilomètres, dans le douar Asslda, Mohammed, maçon de 55 ans, a perdu sa maison, mais pas sa volonté de rebâtir. Grâce à la première tranche d’aide reçue, il a repris les travaux de construction. "Le séisme a tout emporté, mais on se relève. On n’est pas seuls", dit-il. Même sentiment partagé par Mohamed, ouvrier saisonnier de 43 ans, qui avance à son rythme : "La première étape a été difficile, mais l’aide nous a permis de commencer. On avance pierre après pierre."

Dans la province, les aides financières se déclinent en plusieurs formes : une allocation mensuelle de 2.500 dirhams pour l’hébergement temporaire, et des subventions directes allant jusqu’à 140.000 dirhams pour la reconstruction, selon l’état des dégâts. Ces aides ont permis aux familles, même les plus démunies, de participer activement à leur propre relogement.

À Agadir El Feqra, dans la commune d’Aghouatim, la mobilisation collective est exemplaire : 100 % des bénéficiaires ont démarré ou achevé leurs nouvelles habitations. "Ici, on a pris le chantier à bras-le-corps", raconte Hassan, habitant du douar. "On a bâti avec nos mains, avec des pierres et de la volonté."

Un chantier structuré, une planification maîtrisée

D’après les données officielles, les travaux de reconstruction ont atteint un taux d’avancement de 84 %, avec 21.954 logements déjà construits dans les centres concernés par le reportage. Toutes les tentes installées dans l’urgence ont été retirées, remplacées par des habitations conformes aux normes de sécurité. Ce taux devrait dépasser 90 % d’ici deux mois grâce à la mise en œuvre de solutions adaptées aux contraintes spécifiques des zones enclavées, à la topographie instable ou aux statuts fonciers irréguliers.

Le programme de reconstruction, piloté par le Comité de suivi et les commissions locales, a dû relever plusieurs défis : identifier les zones constructibles, évacuer plus de 23.500 décombres d’habitations effondrées, distribuer l’aide de manière équitable et sécurisée, et délivrer les autorisations de construire dans un cadre réglementaire adapté à l’urgence. La coordination entre les autorités locales, les ingénieurs, les urbanistes et les associations a été déterminante.

Certains ménages restent encore en attente de régularisation, souvent en raison de la classification de leurs terrains en zones à risques ou de leur localisation en altitude. Des solutions techniques sont à l’étude, notamment la relocalisation sécurisée ou la mise en place d’infrastructures spécifiques.

Les opérations ont nécessité des moyens humains et logistiques importants, compte tenu de l’accessibilité difficile de certains douars et des conditions géographiques particulières de la région. L’État a mobilisé des équipes de terrain, des équipements lourds et des cellules d’ingénierie pour permettre l’avancée rapide des chantiers.

Les témoignages recueillis sur place soulignent un double sentiment : une reconnaissance envers les institutions, en particulier envers le Roi Mohammed VI pour son engagement, et une fierté collective de participer à un effort national. "On est fiers de reconstruire notre maison. On ne subit plus, on agit", résume Haj El Hossein, 69 ans, qui a lui aussi pu poser les fondations de son nouveau foyer.

Un modèle de résilience territoriale

Au-delà des chiffres, c’est l’histoire d’un territoire qui s’écrit autrement, sous le signe de la reconstruction participative. Le programme n’est pas uniquement infrastructurel : il implique également un accompagnement humain, social et psychologique. Les autorités locales ont multiplié les points d’information, les cellules d’écoute et les réunions avec les habitants pour expliquer les démarches, prévenir les tensions et assurer l’inclusivité du processus.

Plusieurs douars ont vu émerger des initiatives communautaires autour des chantiers, des groupes de solidarité, des coopératives locales de matériaux ou de services. Cette dynamique illustre une capacité de résilience collective souvent invisible, mais essentielle.

L’approche adoptée par les pouvoirs publics articule planification technique et mobilisation communautaire. L’objectif n’est pas uniquement de reconstruire ce qui a été détruit, mais de bâtir mieux, plus solide, et avec la population comme actrice du changement.

Les autorités insistent aussi sur l’importance des normes antisismiques dans la reconstruction. Des ingénieurs locaux ont été formés pour garantir la conformité des nouvelles habitations aux exigences de sécurité, réduisant ainsi la vulnérabilité future.

Perspectives et enseignements

Le cas d’Al Haouz s’impose aujourd’hui comme un exemple de reconstruction rapide et structurée dans un contexte post-catastrophe. Si des défis persistent, la coordination institutionnelle, la planification technique rigoureuse et la mobilisation citoyenne ont permis d’avancer de manière significative.

Avec plus de 21.000 logements reconstruits, un tissu social en recomposition et une dynamique locale relancée, la province d’Al Haouz démontre qu’il est possible de transformer une tragédie en levier de reconstruction. À terme, cette démarche pourrait servir de modèle pour d’autres régions confrontées à des crises similaires.

La résilience d’Al Haouz ne repose pas seulement sur les aides financières ou les structures administratives, mais surtout sur l’alliance entre l’État et les citoyens. Une alliance fondée sur la confiance, l’écoute et la volonté partagée d’aller de l’avant.

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