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Algoculture : un pilier en devenir de l’économie bleue au Maroc
La secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, Zakia Driouich
Portée par une demande mondiale en forte progression et par l’ambition nationale de valoriser durablement le littoral, l’algoculture s’impose comme un vecteur stratégique pour le Maroc. À Rabat, le Dialogue national sur le développement et la valorisation des algues, organisé par l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA) en partenariat avec la Banque mondiale, a mis en lumière le potentiel industriel, environnemental et social de la filière, ainsi que les leviers à activer pour accélérer son essor.

Au-delà de la matière première, les algues irriguent des secteurs variés – alimentation humaine, agriculture, pharmacie, cosmétique, biomatériaux, textile, énergie – confirmant la transversalité de la filière
Un levier stratégique pour une économie durable
La secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, Zakia Driouich, a rappelé la dynamique internationale du marché des algues, avec une croissance annuelle estimée à 10 % sur la prochaine décennie. Dans ce contexte, l’algoculture s’intègre pleinement à la stratégie marocaine d’économie bleue : elle valorise un littoral étendu de manière innovante et contribue à la préservation des écosystèmes marins tout en créant des opportunités économiques pour les communautés côtières. L’enjeu est de convertir ce potentiel en chaînes de valeur locales pérennes.
Des usages multiples à forte valeur ajoutée
Au-delà de la matière première, les algues irriguent des secteurs variés – alimentation humaine, agriculture, pharmacie, cosmétique, biomatériaux, textile, énergie – confirmant la transversalité de la filière. L’ANDA souligne que cette diversification peut soutenir la sécurité alimentaire, créer des emplois qualifiés et stimuler l’innovation. Le développement se veut écologiquement responsable : l’objectif est d’augmenter la production sans compromettre les équilibres marins, grâce à une planification des sites, des techniques de culture adaptées et une surveillance environnementale continue.
Des atouts nationaux déjà mobilisés
La directrice générale de l’ANDA, Majida Maârouf, met en avant les avantages comparatifs du Royaume : 3 500 kilomètres de côtes, une biodiversité marine riche et une base de projets en expansion. Plus de 340 projets aquacoles sont aujourd’hui autorisés, toutes filières confondues. S’agissant des macro-algues, 4 700 hectares sont dédiés à la culture, pour une capacité de production pouvant atteindre 40 000 tonnes. Ces chiffres traduisent une montée en puissance progressive, portée par la cartographie des zones propices, l’accompagnement des porteurs de projets et la structuration des maillons logistiques.
Un potentiel d’emplois et de revenus à structurer
Pour la Banque mondiale, le Maroc offre une base solide à l’investissement privé, grâce au pilotage institutionnel de l’ANDA et à la clarté de la vision en matière d’économie bleue. Selon Ahmadou Moustapha Ndiaye, si la production aquacole nationale atteignait 300 000 tonnes par an, le secteur pourrait générer environ 36 000 emplois directs et 450 millions de dollars de revenus, positionnant le pays comme un leader régional. La création d’emplois ne concerne pas seulement la culture à la mer : elle s’étend à l’aval industriel (extraction, transformation, conditionnement), à la R&D et aux services spécialisés.
Des obstacles à lever pour accélérer la filière
La trajectoire de croissance suppose toutefois de traiter plusieurs freins : délais d’autorisation jugés longs, restrictions sur certaines infrastructures terrestres essentielles, coûts élevés des intrants (dont les aliments pour poissons) et coordination perfectible entre intervenants. Ces facteurs alourdissent les risques et renchérissent les projets. Les priorités avancées par les acteurs portent sur la simplification des procédures, la mise à disposition d’espaces et d’équipements adaptés, des mécanismes de financement ciblés, ainsi qu’un renforcement de la recherche-développement pour améliorer rendements, qualité et traçabilité.
Vers une gouvernance intégrée et durable
Le Dialogue national se veut une plateforme de concertation et d’innovation réunissant institutions publiques, experts scientifiques, opérateurs économiques et investisseurs. L’objectif est d’aligner exigences environnementales, viabilité économique et retombées sociales, afin d’ériger l’algoculture en pilier structurant de l’économie bleue marocaine. À terme, la feuille de route passera par une planification spatiale fine, des incitations à l’investissement, la formation de compétences spécialisées et une meilleure intégration des maillons, de la culture à la transformation, pour capter davantage de valeur au Maroc.
Perspectives
En s’appuyant sur ses atouts naturels et sur une gouvernance de filière clarifiée, le Maroc peut accélérer la montée en gamme de l’algoculture et se positionner sur des segments à haute valeur ajoutée. La dynamique internationale, l’appétit des marchés et l’engagement des partenaires offrent une fenêtre d’opportunité. La clé résidera dans l’exécution : faciliter l’investissement, sécuriser les normes, soutenir l’innovation et garantir la durabilité des écosystèmes. C’est à ce prix que l’algue deviendra un véritable moteur de l’économie bleue nationale.