Arts en partage, patrimoines en dialogue : du Maghreb à l’Asie, la création marocaine en résonance

Arts en partage, patrimoines en dialogue : du Maghreb à l’Asie, la création marocaine en résonance

FLa galerie Art Graça de Lisbonne accueille jusqu’au début du mois de février l’exposition collective intitulée « Parcours créatifs ». Les artistes marocaines Imane Kamal Idrissi et Hajar Mortaji y dialoguent avec l’artiste français Lo Delucci, donnant naissance à une rencontre visuelle où la diversité des écritures plastiques devient une force créative partagée.

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De Lisbonne à la Chine, en passant par les territoires de l’Atlas, la création artistique marocaine s’affirme comme un espace vivant de dialogue, de transmission et d’innovation. Expositions plastiques, valorisation d’un artisanat millénaire et célébration des traditions amazighes illustrent une même dynamique : celle d’un patrimoine en mouvement, ouvert aux échanges internationaux tout en restant profondément ancré dans ses racines culturelles.

À Lisbonne, un dialogue plastique entre singularités créatives

La galerie Art Graça de Lisbonne accueille jusqu’au début du mois de février l’exposition collective intitulée « Parcours créatifs », réunissant trois artistes aux univers distincts, mais portés par une même quête de sens et d’exploration esthétique. Les artistes marocaines Imane Kamal Idrissi et Hajar Mortaji y dialoguent avec l’artiste français Lo Delucci, donnant naissance à une rencontre visuelle où la diversité des écritures plastiques devient une force créative partagée.

Cette exposition ne se présente pas comme une juxtaposition d’œuvres, mais comme un espace de circulation entre les formes, les couleurs et les sensibilités. Chaque artiste y développe un langage singulier, tout en s’inscrivant dans une dynamique commune fondée sur l’acte créatif et l’ouverture à l’autre. Selon Imane Kamal Idrissi, l’initiative est née de la volonté de mettre en lumière la pluralité des visions artistiques et de créer un espace où les différences deviennent sources de renouvellement.

Ses propres œuvres s’articulent autour d’une construction en strates, jouant sur la superposition, la transparence et les variations du point de vue. Cette approche interroge la stabilité de l’image et invite le regardeur à dépasser la surface visible pour explorer des dimensions plus profondes de la perception. La présence de symboles amazighs ancestraux dans certaines compositions, en résonance avec la célébration du Nouvel An amazigh, inscrit son travail dans une démarche de valorisation du patrimoine culturel marocain, pensé comme un héritage vivant et transgénérationnel.

Abstraction et émotions au cœur du geste pictural

Dans un registre différent, Hajar Mortaji développe une abstraction intuitive, fondée sur la spontanéité du geste et une relation directe avec la couleur. Ses toiles naissent sans esquisse préalable, dans un processus où la matière picturale guide progressivement l’émergence de formes, de symboles et de figures. Ces éléments traduisent des états émotionnels, des souvenirs et des expériences humaines, donnant à voir des surfaces fragmentées où tension et harmonie coexistent.

Son univers plastique invite à une expérience sensorielle et contemplative, laissant au spectateur la liberté de projeter ses propres émotions et interrogations. Pour l’artiste, cette exposition représente un moment de partage et de dialogue avec le public, mais aussi une étape importante dans un parcours artistique en constante évolution.

Le bleu comme horizon et mémoire

L’artiste français Lo Delucci apporte à cette exposition une dimension profondément marquée par la couleur bleue, qu’il considère comme le cœur de son identité visuelle. Ayant passé une grande partie de sa vie en Afrique, notamment au Maroc, il a développé un langage plastique inspiré par l’horizon marin, les jeux de lumière sur l’eau et une relation intime avec l’océan, nourrie par sa passion pour le surf.

Ses œuvres conjuguent liberté et rigueur, nature et construction, en intégrant des formes géométriques héritées de sa formation en architecture. Le bleu, omniprésent, dialogue avec des structures ordonnées pour créer des espaces d’équilibre et de contemplation. Cette couleur, explique-t-il, a également été façonnée par son expérience marocaine, entre le bleu des jardins Majorelle et les teintes de l’Atlantique. À travers "Parcours créatifs", trois univers se rencontrent sans se confondre, consacrant l’art comme un langage universel de convergence et d’ouverture.

En Chine, la céramique marocaine mise en lumière

Cette dynamique de dialogue culturel s’est également illustrée en Chine, où la tradition céramique marocaine a été mise à l’honneur à Jingdezhen, capitale mondiale de la porcelaine. Lors d’un séminaire consacré aux technologies numériques et aux échanges culturels, l’ambassadeur du Maroc en Chine, Abdelkader El Ansari, a retracé l’histoire plurimillénaire de la céramique marocaine, dont les premières traces remontent à près de 3.800 ans avant notre ère.

Il a souligné la diversité régionale de cet artisanat, évoquant notamment la céramique de Tamegroute et celle du Rif, cette dernière étant exclusivement réalisée par des femmes. Une attention particulière a été accordée à la ville de Safi, véritable capitale de la poterie marocaine, qui compte des centaines d’ateliers et des milliers d’artisans exportant leurs productions à travers le monde.

Safi, patrimoine vivant et défis contemporains

La reconnaissance internationale de Safi, intégrée au Réseau des villes créatives de l’UNESCO en 2025, et l’inscription de sa poterie au patrimoine culturel immatériel par l’ISESCO témoignent de l’importance de cet héritage. Toutefois, cet artisanat fait face à des défis majeurs, liés à la production de masse et à la concurrence de produits manufacturés à bas coût, parfois reproduits par impression 3D.

Pour répondre à ces enjeux, une stratégie nationale à l’horizon 2030 a été mise en œuvre afin de renforcer la recherche et le développement, le design, la normalisation, la labellisation et la protection de la propriété intellectuelle. Cette approche vise à préserver l’authenticité de l’artisanat tout en l’inscrivant dans une économie créative durable.

Dans ce contexte, l’appel à réactiver le jumelage entre Safi et Jingdezhen, établi depuis les années 1990, traduit la volonté de renforcer la coopération sino-marocaine autour de cet art ancestral, en l’adaptant aux réalités contemporaines et aux opportunités offertes par les technologies numériques.

Au cœur du Royaume, la culture amazighe célébrée

Cette valorisation du patrimoine trouve un écho particulier au niveau local, à travers des manifestations culturelles dédiées à la célébration du Nouvel An amazigh. Dans une ambiance festive, des artistes, troupes folkloriques et acteurs culturels se sont réunis pour mettre en lumière la richesse des expressions amazighes, à travers la musique, la danse, les arts visuels et la gastronomie traditionnelle.

Ces célébrations ont rappelé la place centrale de la culture amazighe comme composante essentielle de l’identité marocaine. Les plats traditionnels associés à cette occasion, symboles d’abondance et d’attachement à la terre, ont renforcé la dimension patrimoniale et conviviale de l’événement.

Au-delà de l’aspect festif, ces initiatives visent à transmettre un héritage immatériel aux jeunes générations, à encourager la créativité locale et à inscrire la culture amazighe dans une dynamique contemporaine. Elles témoignent d’un Maroc pluriel, où traditions et modernité se rencontrent pour façonner un paysage culturel ouvert, vivant et tourné vers l’avenir.

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