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Au FICAK, deux récits d’identité et de mémoire éclairent les réalités africaines
« My Jebba Story » relate les interactions d'Idhebor avec la rue et les personnes qui l'ont accueilli. Le film révèle ainsi Idhebor à un moment charnière de sa vie : observateur attentif et pleinement conscient de son environnement.
Présentés dans le cadre de la compétition officielle des courts métrages de la 26e édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK), les films « Anima » de la Mauritanie et « My Jebba Story » du Nigeria ont offert au public deux regards singuliers sur les questions d’identité, d’exclusion, de mémoire et d’appartenance. À travers des approches très différentes, les deux œuvres témoignent de la vitalité du cinéma africain contemporain et de sa capacité à explorer les réalités humaines les plus profondes.

Avec « Anima », le réalisateur mauritanien Boubecrine Ibrahim El Mamy propose une œuvre brève mais dense, construite autour du parcours d’un jeune garçon atteint d’albinisme.
« Anima », le combat silencieux contre l’exclusion
Avec « Anima », le réalisateur mauritanien Boubecrine Ibrahim El Mamy propose une œuvre brève mais dense, construite autour du parcours d’un jeune garçon atteint d’albinisme. D’une durée de quatorze minutes, le film plonge le spectateur dans le quotidien d’un enfant confronté à la stigmatisation, aux préjugés et à l’isolement.
Le récit suit ce garçon vivant aux côtés de sa mère paralysée, dans un environnement marqué par la précarité et les jugements sociaux. Très tôt, l’enfant est amené à assumer des responsabilités qui dépassent son âge, devenant à la fois soutien familial et figure protectrice auprès de sa mère malade.
Le réalisateur choisit de raconter cette histoire avec peu de dialogues. Les gestes, les regards et les mouvements du corps occupent une place centrale dans la narration. Cette économie de mots confère au film une dimension universelle qui dépasse le seul sujet de l’albinisme pour interroger plus largement les mécanismes du rejet et les conséquences de la marginalisation.
À travers une mise en scène poétique et symbolique, « Anima » aborde également des questions liées à l’identité, à la différence et à la construction de soi. Le film explore les blessures invisibles provoquées par les discriminations tout en évoquant les responsabilités familiales précoces auxquelles certains enfants peuvent être confrontés.
Le réalisateur a expliqué que son intention était de laisser au spectateur une large liberté d’interprétation. Le recours au silence et aux symboles vise à favoriser une lecture plus personnelle des situations présentées à l’écran. Selon lui, le cinéma peut conjuguer expression artistique et engagement sociétal, notamment lorsqu’il met en lumière des réalités encore peu représentées dans les productions africaines.
Un hommage à la mémoire d’un quartier de Lagos
À l’opposé de cette fiction symbolique, « My Jebba Story » adopte la forme d’un documentaire autobiographique. Réalisé par le Nigérian Kagho Idhebor, ce court métrage de quinze minutes revient sur une période déterminante de sa vie passée dans la rue Jebba, au cœur du quartier populaire d’Ebute Metta à Lagos.
À partir d’archives photographiques accumulées durant près de vingt ans, le réalisateur retrace les souvenirs, les rencontres et les transformations qui ont marqué son parcours après ses études de cinéma. Le film se présente comme une déclaration d’attachement à une communauté qui l’a accueilli alors qu’il découvrait la plus grande métropole du Nigeria.
Entre mémoire personnelle et chronique urbaine, l’œuvre témoigne des liens qui se tissent entre un individu et son environnement. Les habitants du quartier deviennent les personnages d’une histoire collective faite de solidarités, d’adaptations et de changements sociaux.
Le réalisateur explique avoir progressivement appris les langues, les habitudes et les codes culturels de cette communauté jusqu’à en devenir un membre à part entière. Cette immersion constitue le cœur du récit, qui raconte autant l’évolution d’un quartier que celle d’un homme en quête d’intégration.
À travers son regard, Lagos apparaît comme un espace vivant où se croisent différentes trajectoires humaines. Le documentaire met en lumière la manière dont les lieux façonnent les individus et participent à la construction de leur identité.
Le cinéma africain entre mémoire et modernité
Au-delà de leurs différences de forme et de ton, « Anima » et « My Jebba Story » partagent une même préoccupation : raconter des expériences humaines souvent absentes des récits dominants. L’un explore les effets de la discrimination et de l’exclusion, tandis que l’autre célèbre les liens sociaux et la mémoire collective.
Les deux réalisateurs ont également profité de leur présence à Khouribga pour évoquer les évolutions du cinéma africain. Boubecrine Ibrahim El Mamy a salué le rôle des grands festivals du continent dans la promotion des œuvres africaines, citant notamment le FICAK, les Journées cinématographiques de Carthage et le FESPACO comme des espaces essentiels de visibilité et de dialogue.
De son côté, Kagho Idhebor a souligné la transformation progressive de l’industrie cinématographique nigériane, portée selon lui par l’émergence d’une nouvelle génération de professionnels formés aux différents métiers du cinéma. Il estime que cette dynamique contribue à améliorer la qualité des productions et à renforcer leur présence sur les scènes internationales.
Streaming, diffusion et nouveaux défis
La question de la diffusion des œuvres africaines demeure au cœur des débats du festival, organisé cette année sous le thème « Entre streaming et rêve : le dilemme africain ». Les plateformes numériques offrent aujourd’hui de nouvelles opportunités de visibilité aux productions du continent, mais elles posent également de nouveaux défis en matière de financement, de qualité et de compétitivité.
Pour Kagho Idhebor, la présence croissante des films africains sur les plateformes de streaming constitue une évolution positive, à condition de poursuivre les efforts visant à renforcer la qualité des récits et des productions.
La troisième journée du FICAK a également été marquée par la projection de plusieurs autres œuvres africaines, parmi lesquelles « One Last Time » d’Égypte, « Agents un peu trop secrets » du Cameroun, « Goundafa the Cursed Song » du Maroc et « Cotton Queen » du Soudan.
Jusqu’au 6 juin, Khouribga continue ainsi d’accueillir cinéastes, producteurs, critiques et spectateurs autour d’une programmation riche en projections, rencontres, ateliers et colloques consacrés aux mutations du cinéma africain. Une occasion de découvrir des récits qui, chacun à leur manière, interrogent les identités contemporaines et racontent les multiples visages du continent.