Bilan économique 2024 : Le Maroc a fait preuve de résilience en 2024 face aux défis économiques mondiaux, selon Bank Al Maghrib

Bilan économique 2024 : Le Maroc a fait preuve de résilience en 2024 face aux défis économiques mondiaux, selon Bank Al Maghrib

Le Roi Mohammed VI recevant à Tétouan Abdellatif Jouahri Wali de Bank Al Maghrib

1
Partager :

L’année 2024 a été marquée par un renforcement solide des avoirs officiels de réserve, un taux de change effectif réel en légère hausse, et une croissance modérée du crédit bancaire. Bank Al-Maghrib (BAM) a fait état d’une économie stable et résiliente, soutenue par des ajustements stratégiques dans la gestion des réserves et des financements. Cet article explore les principaux résultats du rapport annuel de BAM et leur impact sur l’économie marocaine.

Les Avoirs Officiels de Réserve : Une Stabilité Renforcée

Les avoirs officiels de réserve (AOR) du Maroc ont continué de croître en 2024, enregistrant une augmentation de 4,5% pour atteindre 375,5 milliards de dirhams (MMDH). Cette croissance représente l’équivalent de 5 mois et 9 jours d’importations de biens et services. Ce résultat est principalement le fruit de financements extérieurs nets du Trésor, s’élevant à 19 MMDH. L’augmentation des réserves est également attribuable à une gestion prudente et à une politique monétaire rigoureuse, visant à maintenir la stabilité du marché des changes et à renforcer la résilience économique du pays.

Les réserves de change gérées par BAM sont constituées de plusieurs éléments : des placements en devises, des avoirs en or, des Droits de Tirage Spéciaux (DTS), des monnaies étrangères (billets de banque étrangers) et la position de réserve auprès du FMI. Ce portefeuille diversifié a permis à la Banque de répondre aux besoins de financement de la balance des paiements tout en limitant la vulnérabilité externe du Maroc. En 2024, BAM a continué de privilégier la préservation du capital et le renforcement de la qualité des actifs détenus, avec des placements dans des instruments à faible risque et à haut rendement.

La gestion stratégique des portefeuilles d’investissement a été marquée par l’anticipation d’une baisse des taux d’intérêt. BAM a ainsi allongé la durée de ses placements au début de l’année, renforçant la rentabilité globale des actifs. Cette stratégie a permis de réaliser une performance positive de 4,4% pour les portefeuilles de placement, contre 3,88% l’année précédente. Par ailleurs, la part des actifs à caractère durable et responsable (ESG) a doublé, passant de 6,3% à 11,4%, ce qui témoigne de l'engagement de BAM pour des investissements respectueux de l'environnement et des normes sociales.

Le Taux de Change Effectif : Une Appréciation Modérée

Le taux de change effectif réel du dirham a enregistré une augmentation de 1,2% en 2024. Cette évolution est due à une appréciation nominale de 4,5% du taux de change, couplée à une inflation interne bien maîtrisée, largement inférieure à celle de ses principaux partenaires économiques. BAM a maintenu une gestion stable du dirham, qui a oscillé autour du cours central de la bande de fluctuation sans nécessiter d’intervention de la part de la Banque centrale.

Le dirham a connu une dépréciation de 2,2% par rapport au dollar américain, mais il s’est apprécié de manière significative contre d'autres devises : +4% contre l’euro, +17% contre la livre turque, et +24,5% par rapport au réal brésilien. Ces évolutions témoignent de la solidité relative du dirham face aux turbulences économiques mondiales. Néanmoins, le volume des transactions sur le marché interbancaire a diminué, atteignant 551 MMDH, contre 754,1 MMDH l’année précédente.

Le Crédit Bancaire : Croissance Modérée mais Soutenue

L’encours du crédit bancaire a continué de croître en 2024, atteignant 1.164,6 milliards de dirhams (MMDH), soit une augmentation de 4,4% par rapport à 2023. Bien que cette croissance soit en ralentissement par rapport à l'année précédente, elle reste plus rapide que celle observée dans les cinq années précédant la crise de la Covid-19. Cette dynamique reflète une reprise progressive de l’activité économique, soutenue par une demande de crédit modérée mais stable.

Les prêts accordés aux sociétés financières ont augmenté de 13,8%, bien que cela soit inférieur à la hausse de 20,1% en 2023. De même, le crédit au secteur non financier a continué d’évoluer positivement, mais à un rythme plus lent de 2,6% contre 2,9% l’année précédente. Une analyse sectorielle plus détaillée révèle que les crédits aux entreprises publiques ont diminué de 10,4%, tandis que les prêts aux ménages ont enregistré une hausse plus modérée de 1,7%.

Le secteur immobilier a été particulièrement touché par une baisse des prêts à la promotion immobilière (-2,5%) et un ralentissement des facilités de trésorerie (-8,9%). En revanche, les crédits à la consommation ont maintenu une dynamique stable avec une légère accélération de 1,6%, et les prêts à l’équipement ont progressé de 10,2%, signalant une certaine confiance dans l’investissement à moyen terme.

Circulation Fiduciaire : Un Ralentissement des Flux de Monnaie

La circulation fiduciaire a connu un ralentissement en 2024, avec un encours total de 414,4 MMDH, soit 25,9% du Produit intérieur brut (PIB). Après une forte expansion des flux de monnaie entre 2020 et 2023, la croissance a ralenti à 5,2% cette année. Ce ralentissement est en partie attribuable à l’opération de régularisation fiscale, qui a conduit à une augmentation importante des dépôts bancaires.

Les dépôts bancaires ont progressé de manière significative en 2024, avec une hausse de 9,1% par rapport à l’année précédente, notamment dans les dépôts à vue, qui ont augmenté de 11,6%. Les comptes d’épargne ont également enregistré une augmentation de 2,7%, tandis que les dépôts à terme ont montré une stagnation de 3,5%, après avoir connu des baisses en 2022 et 2023.

OPCVM : Une Augmentation des Souscriptions

Les souscriptions aux Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) ont atteint 1.233,2 MMDH en 2024, soit une augmentation de 4,6% par rapport à 2023. Cette hausse reflète l’orientation des investisseurs vers les fonds obligataires et actions dans un contexte de baisse des taux d’intérêt et d’appréciation des cours boursiers.

Les souscriptions aux fonds obligataires ont augmenté de 31,2% pour les maturités moyennes et longues, tandis que les fonds actions et diversifiés ont enregistré des hausses respectives de 19,5% et 6,8%. En revanche, les fonds monétaires et contractuels ont vu une baisse de leurs collectes, de 10,7% et 17,5%, respectivement. Malgré ces baisses, la performance générale des fonds a été positive, avec des rendements variant entre 3,2% pour les fonds monétaires et 22,6% pour les fonds actions.

Lutte contre le Faux Monnayage : Un Taux en Forte Baisse

Le ratio de faux billets a poursuivi son recul en 2024, s’établissant à 1,5 faux billet pour chaque million de billets en circulation, contre 2,3 en 2023. Cette amélioration est le résultat des efforts continus de BAM pour renforcer ses dispositifs de détection de la contrefaçon, notamment à travers la modernisation de ses équipements de traitement fiduciaire. Le nombre de faux billets détectés est resté relativement faible, à 4.495 billets, représentant un montant de 636.000 dirhams.

Réduction des Levées sur le Marché Intérieur

Les levées sur le marché intérieur du Trésor ont diminué en 2024, atteignant 171,4 MMDH, contre 202,9 MMDH en 2023. Cette baisse est en partie due à l’augmentation des levées à long terme, qui ont progressé de 34,4% à 54,1% de la totalité des levées. En parallèle, les taux d'intérêt ont baissé pour toutes les maturités, reflétant une gestion prudente de la dette publique et un environnement macroéconomique favorable.

Besoin de Liquidité des Banques : Une Évolution Continue

En 2024, les banques ont enregistré un besoin de liquidité accru, s’élevant à 123,7 MMDH en moyenne à la fin des semaines, contre 83,3 MMDH en 2023. Pour répondre à ce besoin, Bank Al-Maghrib a augmenté le volume de ses interventions sur le marché interbancaire à 137,2 MMDH, contre 96,9 MMDH l’année précédente. La Banque a également renforcé ses programmes de refinancement pour soutenir le financement de l’économie.

En dépit de toutes les difficultés, le Maroc a fait preuve de résilience en 2024 face aux défis économiques mondiaux, avec, selon Bank Al Maghrib, une gestion rigoureuse de ses réserves de change, une évolution maîtrisée du taux de change et une croissance soutenue du crédit bancaire. L’adaptabilité de Bank Al-Maghrib et sa stratégie prudente ont permis, selon la banque centrale, de maintenir la stabilité du système financier et de soutenir les efforts de développement économique.

lire aussi