Chômage, sous-emploi et dynamique régionale : une photographie contrastée du marché du travail au T2-2025

Chômage, sous-emploi et dynamique régionale : une photographie contrastée du marché du travail au T2-2025

En chiffres absolus, le Maroc comptait 1.595.000 chômeurs au T2-2025, contre 1.633.000 un an plus tôt, soit une baisse de 38.000 personnes. Mais cette moyenne nationale masque des disparités préoccupantes. Le chômage féminin a fortement progressé, ainsi que celui des jeunes adultes (25-34 ans)

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Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié sa note trimestrielle sur la situation du marché du travail. Le deuxième trimestre 2025 s’illustre par une légère baisse du chômage à 12,8%, mais aussi par une hausse du sous-emploi et un recul de l’activité, notamment en milieu rural. Un tableau nuancé, où les disparités régionales et sectorielles pèsent lourdement sur les équilibres.

Une baisse du chômage global, mais des fragilités persistantes

Le taux de chômage s’est établi à 12,8% au deuxième trimestre 2025, en recul de 0,3 point par rapport à la même période en 2024 (13,1%). Cette amélioration reste toutefois modérée et s’inscrit dans un contexte globalement tendu, marqué par des signes de fragilité dans certaines catégories sociales et géographiques.

En chiffres absolus, le Maroc comptait 1.595.000 chômeurs au T2-2025, contre 1.633.000 un an plus tôt, soit une baisse de 38.000 personnes. Cette évolution résulte principalement d’une amélioration en milieu rural, où le chômage a reculé de 6,7% à 6,2% (-33.000 personnes), contre une diminution plus modeste en zone urbaine (16,7% à 16,4%, soit -5.000 personnes).

Mais cette moyenne nationale masque des disparités préoccupantes. Le chômage féminin a fortement progressé, passant de 17,7% à 19,9% (+2,2 points), alors que celui des hommes a reculé de 11,7% à 10,8%. Autre point d’attention : le chômage des jeunes adultes (25-34 ans) est en hausse de 0,5 point à 21,9%, alors même qu’il recule dans les autres tranches d’âge.

Les diplômés toujours en difficulté

Les titulaires de diplômes restent les plus exposés au chômage, avec un taux global de 19% au T2-2025, contre 19,4% un an plus tôt. Cette baisse modérée cache là aussi des contrastes : elle est notable parmi les diplômés de la formation professionnelle (-2,4 points, à 20,8%) et ceux de l’enseignement secondaire qualifiant (-1 point, à 25,1%).

Malgré ces progrès, le marché peine encore à absorber les profils qualifiés, accentuant le décalage entre formation et opportunités d’emploi. Le phénomène touche particulièrement les jeunes urbains, surreprésentés dans cette catégorie.

Une croissance timide de l’emploi, portée par les villes

Le volume global de l’emploi a légèrement progressé avec la création nette de 5.000 postes entre le deuxième trimestre 2024 et celui de 2025. Cette hausse contraste avec la perte de 82.000 emplois observée un an plus tôt. Mais derrière cette amélioration se cache un déséquilibre majeur entre zones rurales et urbaines.

En effet, si 113.000 postes ont été créés en ville, la campagne a enregistré une perte de 107.000 postes, fortement impactée par les effets prolongés de la sécheresse sur le secteur agricole. L’agriculture, la forêt et la pêche ont ainsi perdu 108.000 emplois en un an, soit une baisse de 4% de leur volume d’emploi.

En revanche, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) affiche une forte dynamique, avec 74.000 emplois créés (+6%), suivi des services (+35.000 postes) et de l’industrie (+2.000). Ces créations concernent surtout les zones urbaines, renforçant l’écart structurel avec les milieux ruraux.

Autre évolution marquante : la progression de l’emploi rémunéré (+132.000 postes) contraste avec la perte de 126.000 postes non rémunérés, principalement agricoles, accentuant les fragilités sociales des zones périphériques.

Le sous-emploi en forte hausse

Alors que le chômage recule, le sous-emploi connaît une nette augmentation. Le nombre de travailleurs en situation de sous-emploi est passé de 1.042.000 à 1.147.000 personnes au niveau national, soit une hausse de plus de 100.000 individus.

Le taux de sous-emploi est désormais de 10,6% contre 9,6% un an plus tôt. Cette hausse touche autant les villes (de 8,3% à 9,4%) que les campagnes (de 11,6% à 12,4%). Elle reflète deux grandes tendances : l’augmentation des personnes travaillant un nombre insuffisant d’heures (602.000 personnes) et celles exerçant des activités inadéquates ou insuffisamment rémunératrices (545.000 personnes).

Les secteurs les plus concernés sont le BTP (22,2% de sous-emploi), l’industrie (6,7%), l’agriculture (12%) et les services (8,1%). Ces chiffres traduisent la précarité d’une part croissante de la main-d’œuvre, notamment dans les métiers informels ou saisonniers.

Des taux d’activité en recul

Le taux d’activité, qui mesure la proportion de la population en âge de travailler effectivement engagée dans le marché du travail, a reculé de 0,8 point à 43,4% au niveau national. Cette baisse est liée à une croissance de la population en âge d’activité (+1,5%) plus rapide que celle de la population active (-0,3%).

La baisse est plus marquée en milieu rural (-1,6 point, à 46,4%) qu’en milieu urbain (-0,3 point, à 42%). Les femmes sont les plus touchées, avec un taux d’activité tombé à 18,9% (-1,2 point), contre 68,6% pour les hommes (-0,4 point).

Le taux d’emploi recule également, passant de 38,4% à 37,9%. Il baisse de 1,3 point en milieu rural et de 0,2 point en zone urbaine. Seuls les hommes enregistrent une légère hausse (61,2%, +0,2 point), alors que l’emploi féminin chute lourdement (15,2%, -1,3 point).

Disparités régionales : Casablanca en tête, le Sud en alerte

Cinq régions concentrent 72,3% des actifs âgés de 15 ans et plus. Casablanca-Settat domine largement (22,2%), suivie de Rabat-Salé-Kénitra (13,6%), Marrakech-Safi (13%), Fès-Meknès (11,8%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,7%).

En matière de taux d’activité, quatre régions dépassent la moyenne nationale : Tanger-Tétouan-Al Hoceima (47,9%), les régions du Sud (46,6%), Casablanca-Settat (45,4%) et Marrakech-Safi (43,9%). Les taux les plus faibles sont enregistrés à Béni Mellal-Khénifra (39,7%), Drâa-Tafilalet (40,1%), Souss-Massa (40,4%) et l’Oriental (40,4%).

Concernant le chômage, cinq régions concentrent également 72,3% des chômeurs, avec en tête Casablanca-Settat (25,5%) et Fès-Meknès (14,8%), suivies de Rabat-Salé-Kénitra (13,1%), de l’Oriental (10,7%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (8,2%).

Les taux de chômage les plus élevés se retrouvent dans les régions du Sud (25,7%) et de l’Oriental (21,1%). À l’opposé, Drâa-Tafilalet (6,4%), Marrakech-Safi (7,5%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (8,9%) enregistrent les taux les plus faibles.

Des signaux contrastés pour l’avenir

Ce bilan du marché du travail au T2-2025 dresse un constat en demi-teinte. La baisse du chômage, bien que réelle, ne compense pas l’augmentation du sous-emploi ni le repli de l’activité féminine et rurale. La dynamique urbaine, tirée par les secteurs du BTP et des services, reste fragile face aux incertitudes climatiques et aux tensions structurelles du marché.

La concentration régionale des actifs et des chômeurs interpelle également sur la nécessité d’une politique territoriale plus équilibrée. La reconversion de l’emploi agricole, l’inclusion des femmes, la formation des jeunes et l’amélioration des conditions de travail restent autant de défis à relever pour transformer cette lente reprise en véritable transition vers un marché du travail plus juste et plus durable.

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