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De Tétouan à Buenos Aires : un livre qui mijote souvenirs et identité
Pour Donna Abitbol, la cuisine marocaine n’est pas seulement une affaire d’ingrédients ou de techniques, mais un langage pour dire qui l’on est.
Quid avec MAP
Un voyage culinaire et intime
« Recettes avec histoires. Du Maroc à l’Argentine » n’est pas un livre de cuisine comme les autres. Écrit par Donna Abitbol, mère de famille d’origine marocaine installée en Argentine, l’ouvrage trace un itinéraire sensible et gourmand, reliant les ruelles de Tétouan aux berges du Rio de la Plata. À travers ses pages, l’auteure mêle gestes culinaires hérités, mémoire familiale et récits d’un Maroc où traditions juives et musulmanes vivaient côte à côte. Chaque recette est un prétexte pour raconter une histoire, un fragment de vie, une émotion.
La cuisine comme langage de l’identité
Présenté mardi au siège de l’Association de la communauté juive marocaine de Buenos Aires (ACILBA), le livre déploie un propos clair : « Cuisiner est un acte d’amour et d’identité », affirme Donna Abitbol. Pour elle, la cuisine marocaine n’est pas seulement une affaire d’ingrédients ou de techniques, mais un langage pour dire qui l’on est. Chaque préparation devient un fil reliant les générations, du Shabat à la Mimouna, en passant par Pourim et la Pâque juive. Les fêtes religieuses structurent la vie communautaire et s’accompagnent de plats qui, au-delà de leur saveur, racontent l’histoire d’un peuple.
Un héritage pour les générations futures
Loin d’un simple geste nostalgique, l’ouvrage est pensé comme un legs. Pour ses trois filles, pour les jeunes de sa communauté, Donna Abitbol veut transmettre un patrimoine culinaire vivant, témoin de la richesse et de l’authenticité de la cuisine marocaine. Les plats y reflètent un monde métissé, à la croisée du Maroc, de l’Andalousie, de l’Orient et de la Méditerranée. On y croise les saveurs de la dafina, des bizcochos, des couscous parfumés aux sept légumes, ou encore des douceurs aux fruits secs, au miel et aux amandes, qui ornaient les tables de fête.
Tétouan, point de départ d’un pont entre deux mondes
Avec émotion, l’auteure replonge dans ses souvenirs d’enfance à Tétouan, avant le départ pour l’Argentine au début des années 1960. Comme beaucoup de familles juives marocaines, la sienne a reconstruit sa vie en diaspora, sans jamais abandonner ses traditions. Les recettes ont voyagé avec elles, parfois adaptées aux ingrédients locaux, mais toujours fidèles à l’esprit d’origine. Dans les cuisines argentines, ces plats sont devenus un lien vivant avec la terre natale, un pont culinaire et affectif entre deux rives.
La transmission comme acte de résistance
Pour Donna Abitbol, les traditions culinaires ne sont pas figées : elles se réinventent, se réactualisent, tout en restant ancrées dans une mémoire commune. Cuisiner ensemble, c’est maintenir vivante l’histoire familiale, faire de la table un lieu sacré où l’art de recevoir prend une valeur presque spirituelle. Ce rituel quotidien devient une manière d’honorer la vie, de résister à l’oubli et de cultiver un lien tangible avec ses origines.
Dans les dernières pages, Donna Abitbol adresse son livre à ses filles et à son petit-fils. Les recettes, dit-elle, peuvent varier d’une famille à l’autre, mais l’essentiel demeure : le goût, l’odeur, les gestes, capables de faire renaître des instants de bonheur vécus au Maroc. À travers ce recueil, le lecteur reçoit un fragment précieux du patrimoine culturel judéo-marocain, transmis avec tendresse et générosité.
« Recettes avec histoires » est bien plus qu’un ouvrage culinaire : c’est une invitation à s’asseoir autour d’une table, à écouter les récits des anciens et à goûter à une mémoire où l’exil, la résilience et la transmission se mêlent dans chaque bouchée.