Dix ans de lutte contre la pauvreté multidimensionnelle : des avancées notables, des disparités persistantes

Dix ans de lutte contre la pauvreté multidimensionnelle : des avancées notables, des disparités persistantes

La vulnérabilité — c’est-à-dire le risque de basculement dans la pauvreté pour les populations proches du seuil — affecte aussi massivement le monde rural. En 2024, trois millions de personnes sont considérées comme vulnérables à la pauvreté, dont 82 % vivent hors des villes

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Entre 2014 et 2024, le Maroc a connu une réduction marquée de la pauvreté multidimensionnelle, selon une vaste étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Malgré ce progrès, les inégalités territoriales restent vives, et le milieu rural demeure le principal foyer de précarité. La cartographie dressée offre un outil stratégique pour une action publique plus ciblée.

Une décennie de progrès mesurables

L’indice national de pauvreté multidimensionnelle a connu une amélioration marquée au Maroc entre 2014 et 2024. Selon l’étude du HCP intitulée Cartographie de la pauvreté multidimensionnelle : Paysage territorial et dynamique, cet indice, qui prend en compte les privations en matière de santé, d’éducation et de conditions de vie, est passé de 4,5 % à 2,5 %. Parallèlement, la part de la population vivant dans la pauvreté a chuté, selon l’étude, de 11,9 % à 6,8 %, soit une diminution de ‘’4 millions à 2,5 millions de personnes’’.

Cette progression ne s’est pas limitée au nombre : l’intensité même de la pauvreté, mesurée par le niveau de privations subies, aurait également diminué (de 38,1 % à 36,7 %). Ce recul général est à mettre, selon HCP, au crédit de politiques publiques actives en matière de développement humain, telles que l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), et de l’attention accrue portée aux territoires historiquement marginalisés.

Le rural, toujours en ligne de front

Malgré ces résultats positifs, la pauvreté multidimensionnelle reste majoritairement rurale. En 2024, près de 72 % des pauvres vivent encore à la campagne (contre 79 % en 2014). Si le taux de pauvreté rurale est passé de 23,6 % à 13,1 %, il reste plus de quatre fois supérieur à celui en milieu urbain, stabilisé à 3 %.

La vulnérabilité — c’est-à-dire le risque de basculement dans la pauvreté pour les populations proches du seuil — affecte aussi massivement le monde rural. En 2024, trois millions de personnes sont considérées comme vulnérables à la pauvreté, dont 82 % vivent hors des villes.

Cette concentration géographique alerte sur la nécessité de maintenir et d’adapter les efforts de développement rural. Car, si les chiffres évoluent favorablement, ils masquent des poches de pauvreté structurelle qui résistent au temps et aux interventions.

Un recul différencié selon les régions

L’étude du HCP dresse un tableau contrasté au niveau régional. Si toutes les régions enregistrent des baisses du taux de pauvreté, certaines progressent plus vite que d’autres. Les reculs les plus spectaculaires ont été observés dans les zones initialement les plus défavorisées :

- Marrakech-Safi (-7,9 points)

- Béni Mellal-Khénifra (-7,5)

- Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (-6,8)

 - Drâa-Tafilalet (-6,7)

À l’opposé, les régions du Sud et les grandes métropoles, déjà relativement épargnées, n’ont vu que des améliorations modestes. En 2024, six régions affichent encore des taux supérieurs à la moyenne nationale, notamment Béni Mellal-Khénifra (9,8 %) et Fès-Meknès (9 %), tandis que Laâyoune-Sakia El Hamra (2,4 %) et Dakhla-Oued Eddahab (2,5 %) sont en tête des mieux classées.

L’analyse territoriale ne s’arrête pas là : cinq régions concentrent à elles seules 70 % de la population pauvre, avec Fès-Meknès et Marrakech-Safi en tête. Cette géographie de la pauvreté souligne la persistance d’un déséquilibre socio-économique structurel.

Les provinces rurales au cœur de la vulnérabilité

À l’échelle provinciale, le HCP note une dynamique de convergence territoriale, notamment grâce aux efforts déployés dans les zones les plus défavorisées. Des provinces telles qu’Azilal (-16,7 points), Chichaoua (-14,8) et Essaouira (-13,8) enregistrent des progrès considérables.

Cependant, des poches de pauvreté sévère subsistent : Figuig (24,1 %) et Taounate (21,1 %) dépassent encore les 20 %, et plusieurs autres provinces (Azilal, Chichaoua, Essaouira, Taza, Ouezzane) dépassent la moyenne nationale de plus de deux fois.

Sur le volet de la vulnérabilité, les taux dépassent les 20 % dans des provinces comme Taounate, Chefchaouen, Chichaoua, Zagora et Ouezzane. Ces territoires, cumulant pauvreté et risque de basculement, représentent près d’un tiers de la population vulnérable du Royaume.

Un outil pour cibler les politiques publiques

La portée de l’étude va au-delà du simple constat statistique. En intégrant des dimensions non monétaires — accès à l’éducation, à la santé, à un logement digne et à des services de base — la pauvreté multidimensionnelle rend visible l’invisible. Elle révèle des formes de privation que les indicateurs classiques, basés uniquement sur les revenus, ignorent.

L’approche choisie par le HCP repose sur une lecture intégrée des vulnérabilités aux niveaux régional, provincial et communal. Ce diagnostic précis des inégalités sociales offre une base solide pour des politiques publiques plus ciblées, particulièrement dans un contexte de régionalisation avancée.

Les résultats de l’étude, en particulier les écarts entre les 702 communes rurales couvertes par l’INDH et celles non ciblées, montrent clairement l’impact d’un accompagnement territorial différencié. Ainsi, le taux de pauvreté dans ces communes est passé de 27,8 % à 15,5 %, soit une baisse de 12,3 points, contre 8,4 points dans les autres.

Une décennie encourageante, mais pas encore équitable

Le recul de la pauvreté multidimensionnelle entre 2014 et 2024 au Maroc est indéniable. Toutefois, la persistance des disparités, en particulier rurales et régionales, appelle à des politiques encore plus fines et territorialisées.

Les enseignements de cette décennie plaident pour une action publique articulée autour de la justice spatiale et de la cohésion sociale. Car le véritable enjeu désormais n’est pas seulement de faire reculer la pauvreté, mais d’en réduire les inégalités d’impact.

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