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Expo’ : Mustapha El Basri, l’œil nomade d’un Marocain du monde
La photographie de Mustapha El Basri s’inscrit dans une tradition humaniste qui fait écho à celle d’un Henri Cartier-Bresson ou d’un Sebastião Salgado. Mais elle garde sa singularité : celle d’un Marocain du monde
À partir du 19 juin, l’Espace Rivages à Rabat accueille l’exposition photographique ‘’Je viens d’un regard qui traverse’’ du photographe marocain Mustapha El Basri. Un voyage entre les continents et les visages, entre la sociologie et l’art, où le regard devient une passerelle entre les invisibles du quotidien et la lumière qu’ils méritent.
Un regard venu de loin, ancré dans l’instant
Il est de ces artistes qui, en silence, changent la manière dont on regarde le monde. Mustapha El Basri, photographe marocain installé en Californie, revient à Rabat, sa ville natale, avec une exposition empreinte d’humanité et de poésie.
Je viens d’un regard qui traverse n’est pas un titre comme les autres : il évoque le passage, l’exil, l’observation et surtout la transmission. Ce regard qui traverse n’est pas simplement celui de l’appareil photo, mais celui d’un homme en quête, un témoin attentif des brèches humaines que d'autres ignorent.
La photographie comme sociologie du visible
Mustapha El Basri n’est pas seulement photographe. Il est sociologue de formation, observateur du monde en profondeur. Après des études en France, il s’établit dans le Comté d’Orange, en Californie, où il poursuit une formation en photographie au Orange Coast College et obtient un certificat de mérite en photographie fixe.
Ce double ancrage — intellectuel et visuel — donne à son œuvre une densité rare. Le cliché n’est jamais un simple instant volé. Il est une attention portée à ceux que le monde oublie. Ses portraits, saisis dans les rues, les interstices de la vie ordinaire, donnent à voir l’invisible : visages fatigués, regards pleins de questions, corps au repos ou en errance.
Humanisme photographique et dignité retrouvée
La photographie de Mustapha El Basri s’inscrit dans une tradition humaniste qui garde sa singularité : celle d’un Marocain du monde, formé au regard sociologique, imprégné d’une culture de la migration et de l’entre-deux.
À travers ses portraits, il ne vole rien : il restitue. Il rend une place, une dignité, une reconnaissance à celles et ceux que le tumulte moderne relègue au silence. Par l’art du cadre, de la lumière et du moment "décisif", il réconcilie l’anonyme et la mémoire.
"L’humaniste", dit de lui la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l’Étranger, organisatrice de l’exposition. "Il guide nos regards vers des personnes invisibles." Ce qu’il fait, en réalité, c’est remettre le monde à hauteur d’homme.
Une reconnaissance au-delà des frontières
Loin d’être un artiste local ou exilé, Mustapha El Basri est devenu l’un des photographes arabes les plus reconnus sur la scène internationale. En 2023, il est le premier photographe du monde arabe à être récompensé par le prestigieux prix The International Portrait Photographer of the Year décerné dans le cadre de l’Awards Book Top 101 en Australie.
Cette distinction, loin d’être une fin en soi, consacre une trajectoire : celle d’un homme qui n’a jamais cessé de chercher à comprendre et à révéler. Rabat, aujourd’hui, lui rend un hommage mérité, non par les discours, mais par l’espace qu’elle offre à son œuvre.
Un espace pour les regards croisés
Du 19 juin au 19 juillet 2025, l’Espace Rivages devient ainsi un carrefour de regards : celui de Mustapha El Basri, de ses sujets photographiés, et de tous les visiteurs invités à poser les yeux là où, d’habitude, on ne les pose pas.
Plus qu’une exposition, Je viens d’un regard qui traverse est une invitation à ralentir, à observer, à ressentir. À voir autrement ceux que l’on croise sans jamais vraiment les regarder.