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Expositions, avant-première, festivals et mémoire collective… chacun selon ses moyens
Mélange de comédie et d’action, Cas Guira plonge le spectateur dans les aventures d’Ismaïl et Nassim, deux amis embarqués dans une quête rocambolesque pour retrouver un trésor disparu.
De Casablanca à Chefchaouen, d’Essaouira à Azemmour, l’aactivité culturelle et artistique de cette semaine déroule expositions de peinture, projections cinématographiques, festivals de musique soufie et colloques sur l’identité. Et chaque selon ses moyens.
Sous les lumières de Doukkala
À El Jadida, l’artiste-peintre polonaise Barbara Piekarska Abou Hilal dévoile une vingtaine de toiles réunies sous le thème évocateur « Sous les lumières de Doukkala ». Son travail, présenté au complexe culturel Abdelhaq El Kadiri, met en valeur le patrimoine immatériel de la région : scènes de vie quotidienne, gastronomie, métiers traditionnels et savoir-faire vestimentaires, notamment ceux de Sidi Bennour, Boulouane et Oualidia. Née à Bialystok, formée à l’université Jagellonne de Cracovie, l’artiste a troqué sa carrière de psychologue clinicienne pour une passion picturale nourrie par le Maroc, ses médinas et ses kasbahs. Son parcours transnational témoigne de la rencontre entre les sensibilités européennes et marocaines, créant un pont entre deux imaginaires visuels.
39 ans de jumelage entre Casablanca et Shanghai
Casablanca a accueilli, vendredi soir, le vernissage de l’exposition internationale itinérante sur le patrimoine culturel immatériel de Shanghai, organisée sous le thème « La Route de la Soie, échos de la splendeur ». Installée à la cathédrale du Sacré-Cœur jusqu’au 12 octobre, cette exposition réunit plus de cent œuvres mettant en lumière la richesse de la culture shanghaïenne : céramiques, sculptures, broderies, peintures traditionnelles et costumes de théâtre.
Cette cinquième étape de la tournée internationale, après Alexandrie, Istanbul, Bratislava et Jakarta, a rassemblé des figures du monde de l’art et de la diplomatie. Mehdi Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées, a salué l’esprit d’ouverture de cet événement, symbole de l’amitié profonde entre le Maroc et la Chine. Zhou Zhicheng, chargé d’affaires de l’ambassade de Chine, a rappelé que ces liens historiques favorisent la compréhension mutuelle entre les peuples.
Casa Guira en avant-première célèbre
Dans la métropole, c’est l’écran qui s’allume pour l’avant-première du film « Casa Guira », réalisé par Omar Lotfi et produit par RedOne. Ce long-métrage, mélange de comédie et d’action, plonge le spectateur dans les aventures d’Ismaïl et Nassim, deux amis embarqués dans une quête rocambolesque pour retrouver un trésor disparu. De poursuites en rebondissements, Casablanca devient un personnage à part entière, révélant ses rues, ses places et ses atmosphères. RedOne souligne que ce film est un acte de foi dans le potentiel narratif du Maroc et dans l’émergence d’une génération de créateurs capables de séduire le public local comme international. Le casting, riche et diversifié, rend hommage à des figures de la scène marocaine et à la regrettée Naïma Bouhmala, dont la présence dans le film ajoute une dimension émotionnelle particulière.
Essaouira, dialogue des cultures
Plus au sud, la Cité des Alizés a accueilli un colloque international sur le thème « Les identités multiculturelles, une mémoire en mouvement ». Deux jours d’échanges ont réuni universitaires, acteurs de la société civile et diplomates pour discuter des défis identitaires dans un monde globalisé. André Azoulay, Conseiller du Roi, a rappelé que la mémoire ne doit pas être un fardeau mais un levier pour bâtir l’avenir. Il a insisté sur la valeur exemplaire d’Essaouira, ville où cohabitent héritages musulmans, juifs et chrétiens, faisant de ce territoire un modèle de dialogue et de tolérance. La rencontre a également marqué le lancement de l’Observatoire Afro-Atlantique, destiné à étudier les dynamiques multiculturelles et géopolitiques de la région. Les interventions ont insisté sur le rôle de l’éducation et de la jeunesse comme outils de prévention contre les dérives identitaires et les violences sociales.
Khemis Anjra : traditions et ouverture
Dans le nord, le Festival Anjra pour le patrimoine, qui en est à sa cinquième édition, met en lumière la richesse culturelle de la région à travers un carnaval, des spectacles folkloriques et un salon des produits du terroir. La taqtouqa jabalia, la danse des moissonneurs et les bouardias ont rythmé l’ouverture de cette manifestation qui se poursuivra jusqu’au 15 septembre. Les organisateurs insistent sur le rôle de ce rendez-vous comme catalyseur du tourisme local et outil de préservation des pratiques immatérielles. Les intervenants rappellent que ce festival s’inscrit dans la dynamique nationale de valorisation du patrimoine, accompagnant les grands projets structurants comme le port Tanger-Med, qui renforcent la position stratégique de la province de Fahs-Anjra.
Chefchaouen en voix féminines
Chefchaouen, la Perle bleue, a donné le coup d’envoi de la troisième édition du Festival national de chant féminin soufi. Cette manifestation, portée par l’Association Outa El Hammam, se veut un espace de célébration de la créativité féminine et de transmission du patrimoine spirituel. Les voix de Hanane Moudiane, Dalila Meksoub et Hind Ennaira ont envoûté le public dans un théâtre à ciel ouvert, où se sont mêlées hadra chefchaounia, chant grenadin et musique gnaoua. L’édition met à l’honneur des artistes issues de toutes les régions du Royaume et propose également des conférences sur le rôle des femmes dans la préservation du patrimoine immatériel. Chefchaouen se transforme ainsi en scène vivante où s’entrelacent musique, spiritualité et mémoire collective, tout en contribuant à renforcer le rayonnement touristique de la ville.
Azemmour : mémoire et architecture à l’honneur
Enfin, à Azemmour, une conférence tenue à la Maison de l’Artisan a appelé à une mobilisation collective pour la sauvegarde du patrimoine architectural et de la mémoire urbaine. Les chercheurs et associations locales ont insisté sur l’importance de réhabiliter les monuments historiques et de mettre en place des projets de développement territorial capables de réduire les disparités sociales. La signature d’un accord de partenariat entre l’Association Doukkala et la Ligue de la société civile d’Azemmour marque un pas concret vers une approche participative de la préservation culturelle.