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Fès fait renaitre les classiques sur une scène universitaire
Le travail consistait à opérer un "collage dramaturgique" pour créer deux spectacles cohérents à partir de ces matériaux variés. Au fil des mois, en parallèle des cours, les jeunes comédiens ont appris à "lire, écrire et jouer", explorant toutes les dimensions de la création théâtrale. ( Habiba Touzani Idrissi)
À l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah, des étudiants revisitent Molière et Beckett dans un projet théâtral audacieux mêlant réécriture, pédagogie et créativité. Un pari réussi qui place le théâtre au cœur de la formation universitaire.
Le théâtre comme terrain de réinvention
À Fès, les planches de l’université ont vibré au rythme de textes revisités. Sous le titre évocateur "Le Temps de l’Attente : Le Théâtre à l’Épreuve de la Réécriture", les étudiants de l’École Normale Supérieure (ENS) et de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines (FLSH) Dhar El Mahraz ont proposé, mardi, une relecture contemporaine des œuvres de Molière et de Samuel Beckett. À travers "Médecin imaginaire" et une version retravaillée de "En attendant Godot", ils ont donné un second souffle à des classiques en les ancrant dans des préoccupations actuelles.
Ce spectacle s’inscrit dans une dynamique pédagogique ambitieuse. Le doyen de la FLSH, Mohammed Moubtassim, a salué un travail de réécriture "créative et rigoureuse", fidèle à l’esprit des auteurs tout en adaptant leurs textes aux enjeux contemporains. Une manière, selon lui, de rendre la littérature "lisible et sensible au public d’aujourd’hui".
Lire, écrire, jouer : un triptyque formateur
Pour les étudiants, cette aventure n’a pas seulement été artistique, mais aussi profondément formatrice. Le théâtre y est conçu comme un "outil irremplaçable de formation humaine et intellectuelle", souligne Moubtassim. Confiance en soi, aisance à l’oral, créativité : autant de compétences développées par la scène.
À l’initiative du projet, Habiba Touzani Idrissi, enseignante-chercheure et metteuse en scène, explique avoir voulu offrir aux futurs professeurs de français une expérience concrète de la réécriture. Le processus a été collectif : les étudiants ont choisi leurs personnages préférés – de Bovary à Tartuffe en passant par Lalla Aïcha – puis ont rédigé leurs propres dialogues, incarnant ainsi leur vision des figures littéraires.
Son rôle, dit-elle, fut d’opérer un "collage dramaturgique" pour créer deux spectacles cohérents à partir de ces matériaux variés. Au fil des mois, en parallèle des cours, les jeunes comédiens ont appris à "lire, écrire et jouer", explorant toutes les dimensions de la création théâtrale.
Une université hors des sentiers battus
Au-delà du spectacle, ce projet traduit une vision de l’enseignement supérieur ouvert sur l’art et la société. Pour Ali Ahaitouf, directeur de l’ENS de Fès, il s’agit là d’un exemple emblématique de "littérature déconfite", affranchie des cadres académiques classiques. L’université, selon lui, doit être un espace d’innovation pédagogique, où les étudiants démontrent leur capacité à penser, à créer, à proposer de nouvelles formes.
Cette démarche s’inscrit aussi dans une temporalité longue. El Mahdi Rachak, étudiant en master, a confié que l’idée d’un tel spectacle est le fruit d’une "maturation sur cinq ans", preuve de l’investissement et de la passion des participants.
Plaidoyer pour les arts dans le cursus
Ce projet interroge aussi les contours de la formation universitaire. En militant pour une intégration plus large du théâtre et des ateliers d’écriture dans les cursus, Habiba Touzani défend l’idée que les arts ne sont pas des activités annexes, mais bien des leviers essentiels de développement personnel et citoyen.
Elle insiste sur l’importance de ces pratiques pour former "des individus capables de s’exprimer, de prendre la parole, de se situer dans le monde". Des compétences fondamentales, au-delà des savoirs techniques, pour les enseignants de demain.
Pari pédagogique, réussite artistique et engagement étudiant : à Fès, les classiques se sont mués en outils vivants de réflexion et de transmission. Une expérience à renouveler et à élargir.