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Fonction publique et santé : deux chantiers sociaux sous haute surveillance
Le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada à la Chambre des conseillers le 21/10/2025 (MAP)
Le gouvernement a défendu, devant la Chambre des conseillers, deux volets sociaux essentiels : l’amélioration du statut des fonctionnaires de l’Éducation nationale et la stabilisation du coût des soins médicaux. Entre réforme salariale massive et gestion sensible de l’assurance maladie obligatoire, ces annonces traduisent une volonté d’équilibrer reconnaissance professionnelle et soutenabilité budgétaire, à un moment où les attentes sociales demeurent fortes.
Un statut rénové pour les enseignants : 17 milliards de dirhams
Le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada, a dévoilé l’ampleur financière du nouveau statut des fonctionnaires de l’Éducation nationale : plus de 17 milliards de dirhams. Ce chiffre résume les effets cumulés des deux accords de dialogue social sectoriel signés en décembre 2023, traduisant une réforme d’envergure du corps enseignant et de l’administration éducative.
Selon le ministre, 10 milliards de dirhams ont été ajoutés cette année au budget du département, en réponse aux revendications salariales. L’augmentation générale de 1.500 dirhams sur deux tranches concerne 330.000 enseignants, tandis qu’une hausse de 1.000 dirhams a été accordée aux grades supérieurs, touchant 12.000 fonctionnaires supplémentaires pour un coût de 650 millions de dirhams.
Le nouveau grade d’excellence, assorti d’indemnités de 2.500 à 3.000 dirhams, bénéficiera à 80.000 enseignants sur la période 2024-2028, représentant un engagement budgétaire de 2,8 milliards de dirhams. Ces mesures s’ajoutent à la régularisation de carrière et à la promotion de 115.000 fonctionnaires, dotée d’un milliard de dirhams pour 2024-2025 et d’1,5 milliard en 2026.
La réforme englobe également la revalorisation des heures supplémentaires, désormais rémunérées 100 dirhams chacune, contre 50 auparavant. Chaque enseignant pourra ainsi obtenir jusqu’à 1.600 dirhams supplémentaires par mois. Le nombre d’années requis pour la promotion à partir du septième échelon a par ailleurs été ramené à deux ans, accélérant les perspectives de carrière.
Vers une meilleure reconnaissance des fonctions éducatives
Le ministre a insisté sur la dimension structurelle de cette réforme, qui redéfinit le statut de fonctionnaire d’État pour l’ensemble du personnel éducatif, soit 135.000 agents supplémentaires. L’accès au métier d’enseignant du secondaire est désormais ouvert aux titulaires d’un master, et celui de professeur assistant aux détenteurs d’un doctorat — 600 postes ont été créés cette année dans ce cadre.
Côté mobilité, 34.000 enseignants bénéficieront du mouvement de mutation 2025, tandis que 19.285 d’entre eux ont profité d’une ancienneté discrétionnaire pour promotion, dont 36 % sont passés de la 9e à la 10e échelle. En parallèle, le ministère a réglé la situation administrative de 5.500 enseignants temporaires.
Les écoles pionnières, dispositifs d’excellence destinés à renforcer la qualité pédagogique, ont bénéficié de 170 millions de dirhams en 2024 et recevront 710 millions en 2025, permettant d’élargir le programme à 50.000 enseignants. Les indemnités administratives, allant de 2.200 à 3.000 dirhams, concernent près de 100.000 bénéficiaires.
Ces chiffres illustrent l’ampleur d’un effort budgétaire inédit, soutenu par le gouvernement au nom de la valorisation du capital humain et de la cohésion sociale, conformément aux orientations royales.
La Santé face à la hausse ressentie
Dans un autre registre, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a affirmé qu’aucune hausse officielle n’avait été enregistrée dans les prix des médicaments ni dans les tarifs des actes médicaux. La tarification nationale de référence, base des remboursements par la CNSS et la CNOPS, remonte toujours à 2006 et n’a pas encore été révisée.
Le ministre reconnaît toutefois que cette stabilité réglementaire ne reflète pas la réalité du terrain. Les coûts des consultations, analyses et soins ont augmenté, créant un écart entre le tarif officiel et le prix réel supporté par les citoyens. Ce déséquilibre alimente le sentiment d’une inflation sanitaire, aggravé par la demande croissante liée à la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO).
Une couverture généralisée, mais encore inégalitaire
Le Maroc compte désormais plus de 24 millions de bénéficiaires de l’AMO, contre 8,6 millions en 2021. Cette extension massive constitue une réussite sociale majeure, mais elle s’accompagne de défis : délais de remboursement allongés, coûts élevés dans le privé, disparités persistantes entre les deux secteurs.
Pour y remédier, le ministère prépare une révision des prix des médicaments et des protocoles thérapeutiques obligatoires afin de rationaliser la prescription et maîtriser les dépenses. Il annonce aussi le renforcement du contrôle de la facturation et de la transparence des remboursements, en coordination avec la CNSS, ainsi que la mise en place d’une Haute Autorité de Santé chargée de piloter la réforme tarifaire.
Amine Tehraoui admet que le ressenti d’une hausse est inévitable : plus de bénéficiaires, plus de soins, donc plus de dépenses. Mais il défend une approche de transition maîtrisée, axée sur la durabilité financière du système et l’équité d’accès aux soins.