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Habiba Touzani Idrissi explore l’autisme à travers la lumière de l’espoir
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Avec son nouveau roman Jusqu’au dernier souffle, publié aux éditions La Croisée des Chemins, l’écrivaine et professeure de littérature Habiba Touzani Idrissi offre un récit d’une rare intensité sur les troubles du spectre autistique. Inspiré de sa propre expérience familiale, le livre plonge le lecteur dans la conscience d’un être différent, Yahya, dont la perception singulière du monde révèle autant de fragilité que de force.
Une voix pour ceux qui ne parlent pas
Dans Jusqu’au dernier souffle, Habiba Touzani Idrissi s’attaque à un sujet rarement abordé dans la fiction francophone : l’autisme, vu de l’intérieur. À travers Yahya, un enfant puis un homme enfermé dans ses “bulles”, l’autrice tente d’imaginer le monde tel qu’il le perçoit — un monde fait de sons, de gestes, de lumières, mais aussi d’incompréhensions et de malentendus.
Loin d’un récit documentaire ou d’un essai clinique, le roman adopte la forme d’une immersion sensible, presque poétique, dans la pensée d’un être qui échappe aux codes ordinaires de la communication. “C’était une expérience inédite, parce qu’il était très difficile de faire parler le silence”, confie l’écrivaine. “Un autiste a son propre langage, et il fallait s’aventurer avec humilité pour faire entendre une voix qui ne parle pas.”
Par ce choix narratif audacieux, Touzani Idrissi cherche à restituer la beauté intérieure de ceux que la société oublie. Elle revendique une littérature capable de “mettre fin à l’invisibilité” des enfants autistes et d’éclairer le quotidien de leurs familles, souvent seules face au désarroi.
Un roman sur la différence et la tendresse
Le roman, préfacé par Marc Gontard, universitaire et spécialiste des littératures francophones, est décrit comme une plongée dans “l’expérience extrême d’une altérité absolue”. À travers la conscience de Yahya, replié sur lui-même, le lecteur découvre un univers intérieur d’une intensité bouleversante.
L’un des passages les plus marquants, évoqué par Gontard, survient lorsque Yahya, face à sa mère effondrée par le départ du père, parvient à prononcer sa première syllabe : “mm… mamm… maman”. Ce cri arraché au silence devient une délivrance, un lien retrouvé entre le fils et la mère, une métaphore de la parole qui guérit.
Habiba Touzani Idrissi met ainsi en scène la tendresse comme une force de résistance dans un monde souvent hostile aux différences. Elle écrit contre “la laideur sociale qui atteint les femmes, mais aussi les faibles”, tout en célébrant la douceur, la patience et la lumière qui subsistent malgré tout.
Une écriture habitée par la foi en la vie
Pour l’autrice, la littérature est un acte de réparation. Jusqu’au dernier souffle est traversé par une foi tranquille dans la vie, même lorsque celle-ci se heurte à l’injustice ou à l’indifférence. “Il y a chez Habiba Touzani Idrissi une volonté de croire en la vie, d’afficher un espoir rayonnant qui habite son écriture comme une féérie”, souligne Marc Gontard.
Cette lumière, c’est celle de Yahya, personnage à la fois fragile et héroïque, qui incarne la possibilité d’une réconciliation entre la différence et l’humanité. À travers lui, Touzani Idrissi livre un message d’espérance et d’amour universel, rappelant que la différence n’est pas une faille, mais une autre manière d’exister.
Une auteure entre poésie et engagement
Professeure de langue et de littérature françaises à l’École Normale Supérieure de Fès, Habiba Touzani Idrissi poursuit avec ce roman une œuvre marquée par la sensibilité et la réflexion humaniste. Elle s’était déjà fait remarquer avec son premier roman Sous l’ombre des peupliers (Orion, 2021) et deux recueils de poésie, Inspirations matinales (2019) et Nostalgies (2024).
Dans Jusqu’au dernier souffle, elle conjugue les qualités du style poétique à une démarche engagée. Par son écriture fluide, elle transforme la douleur en langage et le silence en parole. En redonnant une voix à ceux qui n’en ont pas, Habiba Touzani Idrissi signe un texte profondément humain, à la fois cri du cœur et acte de reconnaissance.