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Ibn Khaldoun revisité à Rabat, Doukkali célébré à Casablanca et avan- première pour La Mer au loin
Casablanca a vibré au son du patrimoine musical national à l’occasion d’une soirée organisée par l’association Dar Attarab en hommage à Abdelwahab Doukkali, l’un des piliers de la chanson marocaine moderne,
La scène culturelle marocaine a vécu une séquence particulière à Rabat avec le chercheur Mehdi Ghouirgate qui a proposé une relecture contemporaine de la pensée d’Ibn Khaldoun, et à Casablanca qui a rendu hommage àAbdelwahab Doukkali lors d’une soirée dédiée au patrimoine musical national. La capitale économique a par ailleurs accueilli l’avant-première du film La Mer au loin de Saïd Hamich Benlarbi.
Ibn Khaldoun relu à l’aune des crises et des cycles de l’Histoire
À Rabat, l’Institut Royal pour la recherche sur l’Histoire du Maroc a accueilli une conférence du chercheur Mehdi Ghouirgate autour de son ouvrage Ibn Khaldoun: itinéraires d’un penseur maghrébin. Le professeur à l’Université Bordeaux Montaigne a rappelé que la pensée du célèbre historien et sociologue ne peut être dissociée du contexte troublé du XIVe siècle, marqué par des crises politiques, sociales et sanitaires profondes.
Selon Ghouirgate, l’épreuve de la peste noire a constitué un tournant décisif dans la trajectoire intellectuelle d’Ibn Khaldoun, l’amenant à remettre en question les cadres traditionnels de pensée et à poser les fondements de la science de l’umran, conçue comme un outil d’analyse des dynamiques sociales et démographiques. Le conférencier a insisté sur l’originalité méthodologique du penseur maghrébin, fondée sur l’observation empirique des comportements humains et des pratiques quotidiennes, qu’il considérait comme révélatrices des structures sociales profondes.
La distinction entre badawa, associée au nomadisme et à la solidarité tribale, et umran, liée à la sédentarisation et à la densité démographique, a également été mise en lumière. Pour Ibn Khaldoun, ces deux formes d’organisation sociale obéissent à des logiques cycliques, marquant l’ascension et le déclin des civilisations. Mehdi Ghouirgate a enfin souligné le rôle central des expériences personnelles du penseur, de l’exil à l’exercice du pouvoir, dans la construction d’une pensée à la fois théorique et profondément ancrée dans la réalité.
Casablanca rend hommage à Abdelwahab Doukkali, figure majeure de la chanson marocaine
Dans un autre registre, Casablanca a vibré au son du patrimoine musical national à l’occasion d’une soirée organisée par l’association Dar Attarab en hommage à Abdelwahab Doukkali. Considéré comme l’un des piliers de la chanson marocaine moderne, l’artiste a vu ses œuvres revisitées par plusieurs interprètes, offrant au public un moment de communion autour d’un répertoire profondément ancré dans la mémoire collective.
Présent lors de l’événement, Abdelwahab Doukkali s’est dit touché par cet hommage et a salué l’engagement de Dar Attarab en faveur de la préservation et de la promotion de la musique marocaine. Le président de l’association, Mohamed Fouad Guessous, a rappelé que cette structure œuvre depuis plus d’une décennie pour soutenir la création artistique authentique, accompagner les jeunes talents et valoriser les grandes figures du patrimoine musical.
Dar Attarab organise régulièrement des soirées dédiées au répertoire marocain et arabe, tout en mettant à disposition des espaces de formation et d’expression pour les jeunes artistes. Pour Nouamane Lahlou, également présent, ces initiatives jouent un rôle essentiel dans la transmission intergénérationnelle et dans la sauvegarde d’un héritage musical qui a façonné l’identité culturelle du pays.
La Mer au loin, un regard intime sur l’exil et la quête de soi
Toujours à Casablanca, le cinéma Mégarama a accueilli l’avant-première du film La Mer au loin du réalisateur Saïd Hamich Benlarbi. Ce long métrage de 116 minutes suit le parcours de Nour, jeune migrant arrivé clandestinement à Marseille, confronté à la précarité, à l’errance et à la recherche d’un équilibre identitaire. La rencontre avec Serge, policier charismatique, et Noémie, sa compagne, donne naissance à une relation complexe qui bouleverse les trajectoires des trois personnages.
Le réalisateur a expliqué que son film s’inscrit dans une démarche intimiste, centrée sur les parcours humains, les silences et les contradictions intérieures. À travers une mise en scène épurée et un récit sensible, La Mer au loin explore les années 1990 et le début des années 2000, offrant un regard nuancé sur une jeunesse en quête de repères.
L’acteur Ayoub Gretaa, qui incarne Nour, a évoqué un rôle exigeant, marqué par la solitude et le déracinement. Nisrine Erradi a souligné la dimension universelle des thèmes abordés, tandis que Fatima Atif a rappelé l’importance du personnage de la mère, symbole de l’attente et de la douleur de la séparation. Le film, qui réunit également Anna Mouglalis et Grégoire Colin, a été récemment couronné par le Grand Prix du Festival national du film de Tanger, confirmant sa reconnaissance sur la scène cinématographique nationale.