Jazz et poésie urbaine au Jazzablanca

Jazz et poésie urbaine au Jazzablanca

Une soirée sous le signe du rap et du jazz avec TIF et Alfa Mist (Photo MAP)

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Le ciel de Casablanca a résonné, mercredi soir, des battements mêlés du jazz introspectif et du rap sensible, lors d'une soirée inoubliable offerte par le festival Jazzablanca. Sur deux scènes et dans deux univers, Alfa Mist et TIF ont croisé leurs langues musicales dans une nuit vibrante d’hybridité sonore et de communion avec le public. Un dialogue entre les âmes, les mots et les notes, comme seul Jazzablanca sait en dessiner.

Alfa Mist : le jazz comme territoire de méditation

La soirée s’est ouverte en douceur avec l’univers enveloppant d’Alfa Mist, pianiste et compositeur britannique aux racines aussi profondes que mouvantes. Sur scène, accompagné d’un quintet aussi discret qu’efficace, il tisse un langage instrumental où le jazz classique se marie avec les résonances du hip-hop, des nappes soul et des fragments de spoken word.

Chaque morceau, ponctué de silences éloquents et d’improvisations ciselées, invitait à un voyage intérieur. Le public, suspendu à chaque variation rythmique ou mélodie évanescente, s’est laissé emporter dans un climat contemplatif, quasi spirituel. Ce n’était pas un concert à proprement parler, mais une confidence musicale partagée à huis clos sous le grand ciel d’Anfa.

Alfa Mist confirme, à chaque note, son statut d’orfèvre d’un jazz du XXIe siècle, sans tape-à-l’œil mais d’une intensité rare. Une musique organique qui palpite avec justesse, à la frontière du sensible et de l’intellect.

TIF : un souffle brut venu des ruelles de Houma

Le souffle a changé de direction lorsque la scène Casa Anfa a accueilli TIF, rappeur algérien qui a électrisé l’atmosphère avec une performance fiévreuse et authentique. Derrière son allure discrète, l’artiste déploie une poésie urbaine ancrée dans l’intime, nourrie de colère douce, de mélancolie et d’une lucidité désarmante.

Accompagné d’un groupe en live, TIF revisite ses morceaux phares comme Hinata, Amnesia ou No Party, issus de ses deux EP Houma Sweet Houma et 1.6. Loin des clichés, sa voix ne crie pas — elle chuchote, questionne, raconte. Entre deux refrains, c’est tout un monde de souvenirs, de douleurs sociales, de rêves brisés mais tenaces, qui surgit.

Le public, majoritairement jeune, ne s’y est pas trompé. Porté par cette sincérité brute et cette musicalité à fleur de peau, il a répondu par une écoute presque religieuse, avant d’exploser dans des acclamations nourries. Car TIF ne se contente pas de rapper, il habite ses textes et les incarne avec une gravité lumineuse.

Jazzablanca, carrefour de toutes les musiques

Cette soirée à double visage résume parfaitement l’esprit de Jazzablanca : celui d’un festival qui refuse les frontières esthétiques et accueille les voix plurielles de la scène contemporaine. En plaçant Alfa Mist et TIF sur ses scènes principales, l’équipe artistique du festival affirme une vision audacieuse : faire dialoguer les genres, marier le groove à la rime, l’élégance à l’urgence.

Jazzablanca, qui se poursuit jusqu’au 12 juillet, reste fidèle à sa vocation de laboratoire musical à ciel ouvert. À Anfa Park, les aménagements soignés — zones de restauration, espaces de détente, deux scènes — dessinent un lieu de vie aussi agréable qu’inspirant. Le public s’y promène entre découvertes sonores et instants suspendus, dans une ambiance conviviale et décontractée.

En parallèle, la scène « Nouveau Souffle » installée au Parc de la Ligue arabe accueille quatre concerts gratuits, avec la participation de talents marocains comme Daraa Tribes, Mehdi Qamoum, Anas Chlih Quintet ou encore Soukaina Fahsi. Autant de preuves que le festival entend aussi soutenir la scène nationale émergente et ouvrir ses bras aux voix nouvelles.

Ce soir-là, Casablanca n’était pas seulement une ville : elle devenait rythme, récit et résonance. Entre Alfa Mist et TIF, entre jazz et rap, entre Londres et Alger, un pont s’est formé. Invisible mais tangible. Musical mais fraternel.

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