La Nuit des Musées 2025 : le Maroc éclaire son patrimoine entre tradition et modernité**

La Nuit des Musées 2025 : le Maroc éclaire son patrimoine entre tradition et modernité**

"J’ai voulu faire dialoguer les gestes anciens et l’imaginaire d’aujourd’hui", confie Fadila El Gadi, ici au Musée des Oudayas avec André Azoulay, conseiller du Souverain, Azeddine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur et Mehdi. Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées.

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De Rabat à Casablanca, musées et galeries ont ouvert grand leurs portes pour la 4e édition de la Nuit des Musées et des Espaces Culturels. Une célébration vibrante de la mémoire, de la création et de la jeunesse, placée sous le signe du dialogue entre héritages anciens et regards contemporains.

Aux Oudayas, le caftan raconte l’histoire

C’est dans le décor intime du musée national de la Parure, niché dans la kasbah des Oudayas à Rabat, que le coup d’envoi de la Nuit des Musées 2025, placée sous

 le haut patronage royal, a été donné. Sous le thème « Jeunesse marocaine, gardienne du patrimoine de demain », la soirée a été marquée par l’inauguration de l’exposition Caftan d’hier, regard d’aujourd’hui, un hommage vibrant au vêtement traditionnel marocain.

Cette exposition, portée par la styliste Fadila El Gadi, tisse un dialogue subtil entre les caftans historiques – certains datant du XVIIIe siècle – et des créations contemporaines aux lignes épurées. Broderies précieuses, coupes héritées des traditions régionales, étoffes chatoyantes… chaque pièce incarne un lien vivant entre passé et présent.

"J’ai voulu faire dialoguer les gestes anciens et l’imaginaire d’aujourd’hui", confie El Gadi, qui forme depuis plusieurs années des jeunes issus de milieux modestes à l’art de la broderie dans son école de Salé. À ses côtés, le commissaire de l’exposition Amine Boushaba souligne : "Fadila est l’une des meilleures ambassadrices de la mode marocaine. Elle fait rayonner notre savoir-faire bien au-delà de nos frontières."

C’est dans ce sens qu’ne convention signée entre la FNM, les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur vise à faciliter l’accès des élèves, étudiants et chercheurs aux musées, renforçant les ponts entre patrimoine, pédagogie et avenir.

L’art marocain en mouvement au Musée Mohammed VI

Non loin de là, au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, c’est l’histoire de la création artistique marocaine qui se déploie à travers l’exposition Horizon(s) en Mouvement : Cent ans de quêtes artistiques au Maroc (1920–2020). Une fresque visuelle en six temps, conçue à partir des collections de la Fondation Nationale des Musées, retraçant un siècle de recherches esthétiques, de ruptures et d’hybridations.

Des premières modernités aux élans abstraits, du mouvement lettriste à la géométrie spirituelle, cette exposition permanente, raffinée et immersive, met en lumière les œuvres de figures emblématiques de l’art marocain, toutes générations confondues.

"Il s’agit d’un voyage à travers les sensibilités et les formes qui ont marqué l’histoire de notre pays", affirme Mehdi Qotbi, président de la FNM. "Nous voulons rapprocher l’art du public et transmettre à la jeunesse les clés d’une culture vivante, en dialogue constant avec le monde." Pour lui, cette exposition se veut une documentation d’une scénographie raffinée retraçant un siècle d’histoire des arts plastiques marocains et mettre en valeur ce riche patrimoine, animé par la volonté de renforcer une identité marocaine contemporaine, ouverte et en interaction avec son environnement’’

 Casablanca : des "Transitions" poétiques et sensorielles

À la galerie Myriem Himmich de Casablanca, le public a découvert Transitions, une exposition collective réunissant 25 artistes marocains et internationaux. Peintures, installations, sculptures, œuvres multimédias : ici, l’art explore la métamorphose, le mouvement, l’impermanence.

Le parcours est fluide, presque méditatif. Le colibri, symbole de légèreté et de lumière, accompagne le visiteur dans ce voyage à travers les sensibilités. "Transitions" parle d’écoulement, de passage, de seuils, de l’espace entre deux états.

"Cette nuit, les galeries deviennent aussi importantes que les musées", note Hicham Abkari, directeur des arts au ministère de la Culture. "C’est une fête de l’art dans toutes ses expressions, des grandes villes aux recoins les plus discrets du territoire."

Des artistes entre matières, mémoire et cosmos

Parmi les artistes exposés, la peintre Tilde travaille la tempera, une technique ancienne aux pigments et œufs : "Je l’utilise pour parler du féminin sacré, de la Terre, de la spiritualité. C’est une matière vivante." Pour Hamid Douieb, établi en Belgique, la figuration se conjugue à l’huile selon les secrets des maîtres flamands : "Le regard des autres fait vivre ma peinture."

La jeune Sahar Saiagh, fascinée par le cosmos, présente une série d’œuvres acryliques inspirées des planètes. "Je cherche à représenter ce que nos yeux ne voient pas, à éveiller la curiosité du spectateur face à l’inconnu."

Même l’acteur Karim Saidi expose ses collages : "Je découpe, je colle, je joue. C’est ma façon à moi d’habiter le silence entre deux tournages."

Une nuit pour transmettre, partager, révéler

Organisée par la Fondation Nationale des Musées, en partenariat avec plusieurs ministères et la Fondation Jardin Majorelle, cette 4e Nuit des Musées et des Espaces Culturels a ouvert gratuitement les portes des institutions artistiques à travers le Royaume. De Rabat à Casablanca, de Tanger à Marrakech, c’est tout un pays qui a célébré, l’espace d’une nuit, la beauté, la diversité et la profondeur de son patrimoine.

Plus qu’un événement, c’est un manifeste. Une déclaration d’amour à l’art, à la jeunesse, à la transmission. Et un message fort : le patrimoine ne se conserve pas dans le silence des vitrines, il vit dans les regards, les gestes, les voix qui le font renaître. Nuit après nuit.

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