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Le Maroc à l’ONU : victimes du terrorisme, partenariats stratégiques et gouvernance de l’IA au cœur d’une semaine dense
Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a annoncé la tenue à Rabat, les 2 et 3 décembre 2025, de la première Conférence sur les victimes du terrorisme en Afrique, organisée avec l’appui de l’Office des Nations Unies
À New York, en marge de la 80e Assemblée générale des Nations Unies, le Maroc a multiplié annonces et consultations. Rabat accueillera en décembre 2025 la première Conférence sur les victimes africaines du terrorisme; des échanges bilatéraux, notamment avec les chefs de la diplomatie du Royaume Unie, de la Russie et du Kénya, ont confirmé la dynamique des partenariats. Une série d’entretiens a porté sur la coordination régionale et multilatérale; une réunion de suivi a jalonné l’Initiative Royale d’accès des pays du Sahel à l’Atlantique; le prochain Forum Maroc–États insulaires du Pacifique a été fixé à mars 2026; Nairobi a réitéré son soutien au plan d’autonomie pour le Sahara; enfin, le Maroc a appelé au Conseil de sécurité à un usage responsable de l’IA. Panorama des séquences clés.
À Rabat, une première Conférence dédiée aux victimes africaines du terrorisme
Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a annoncé la tenue à Rabat, les 2 et 3 décembre 2025, de la première Conférence sur les victimes du terrorisme en Afrique, organisée avec l’appui de l’Office des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme (ONUCT). Objectifs: sensibiliser la communauté internationale à la situation des victimes africaines, recueillir leurs témoignages, identifier leurs besoins prioritaires et partager les bonnes pratiques de soutien et de réhabilitation. Selon le ministre, ce rendez-vous doit « marquer un tournant» dans l’approche internationale, en reconnaissant les victimes comme acteurs de résilience capables, si elles sont accompagnées, de devenir des voix puissantes contre la radicalisation. Rappelant qu’«en Afrique, près de 60 % des victimes mondiales sont recensées», M. Bourita a souligné l’impact durable des traumatismes sur les familles et communautés et plaidé pour des mécanismes institutionnalisés, adaptés aux réalités africaines. Il a cité le Congrès de Vittoria en Espagne et le réseau VoTAN, lancé en avril 2025, comme jalons d’une solidarité à traduire désormais en actions concrètes.
Partenariat Maroc–Royaume-Uni: cap sur la mise en œuvre
En rencontre bilatérale avec Yvette Cooper, Secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, au Commonwealth et au Développement, M. Bourita a réaffirmé l’engagement des deux pays à mettre en œuvre les accords convenus et l’ensemble des éléments du communiqué conjoint du Dialogue stratégique Maroc–Royaume-Uni tenu à Rabat le 1er juin 2025. Londres y considère la proposition marocaine d’autonomie comme «la base la plus crédible, viable et pragmatique» pour un règlement durable du différend autour du Sahara. Le Royaume-Uni a, en outre, confirmé la possibilité pour UK Export Finance d’accompagner des projets au Sahara, dans le cadre d’un engagement de 5 milliards de livres sterling mobilisables au bénéfice de nouveaux projets économiques sur tout le territoire.
Entretiens en série: coordination bilatérale et multilatérale
Toujours à New York, Nasser Bourita a tenu une série d’entretiens distincts avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, son homologue belge, Maxime Prévot, ainsi qu’avec Ayman Safadi, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Jordanie. Il a également rencontré Jassim Mohammed Al-Budaiwi, Secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), et Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ces échanges ont passé en revue les relations bilatérales et sectorielles, les voies de leur approfondissement et la coordination des positions sur des dossiers régionaux et globaux au sein des instances internationales.
L’Assemblée générale et l’agenda onusien: contributions et réformes
Le ministre s’est entretenu avec Annalena Baerbock, Présidente de l’Assemblée générale de l’ONU. Les discussions ont abordé les contributions «précieuses» du Maroc, dont le soutien au Bureau du Président de l’Assemblée et le rôle de co-facilitateur de la Déclaration politique du Sommet social mondial. Elles ont également porté sur les réformes proposées dans le cadre de l’Initiative ONU80 et sur le processus de sélection du prochain Secrétaire général. Un point de convergence: la nécessité d’un effort conjoint pour la paix et la stabilité au Moyen-Orient et d’une gouvernance multilatérale à la fois efficace et inclusive.
Accès des États du Sahel à l’Atlantique: suivi opérationnel
Une réunion de travail s’est tenue avec les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad pour faire le point sur l’opérationnalisation de l’Initiative Royale visant à favoriser l’accès des pays du Sahel à l’Océan Atlantique. Les participants ont rappelé l’audience historique accordée le 28 avril 2025 par le Roi Mohammed VI aux ministres de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui avait consacré l’adhésion totale des pays membres à l’Initiative et leur volonté d’en accélérer la mise en œuvre. À New York, ils se sont félicités du large soutien régional, continental et international, tout en actant la tenue prochaine de réunions techniques des task-forces nationales pour lancer progressivement les projets identifiés. L’ambition affichée : bâtir un espace intégré de co-développement et de prospérité partagée, au bénéfice direct des populations. Les ministres de l’AES ont également présenté l’état d’avancement institutionnel et opérationnel de leur Confédération.
Coopération avec le Pacifique : cap sur Port Moresby en 2026
Le ministre des Affaires étrangères de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Justin Tkatchenko, a annoncé que le prochain Forum Maroc–États insulaires du Pacifique se tiendra en mars 2026 à Port Moresby, avec l’aval de son Conseil exécutif national. Ce forum réunira les ministres des Affaires étrangères des pays insulaires du Pacifique pour approfondir la coopération avec le Maroc et mettre en valeur des expériences réussies dans des domaines d’intérêt stratégique commun. La décision reflète l’excellence des relations avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée et s’inscrit dans la continuité de la 3e édition tenue à Laâyoune en février 2020, marquée par la Déclaration de Laâyoune et la signature d’accords et mémorandums d’entente.
Kenya: l’autonomie comme voie de solution
Le ministre kenyan des Affaires étrangères et de la diaspora, Musalia Mudavadi, a affirmé que l’initiative d’autonomie proposée par le Maroc «permet d’ouvrir la voie» vers un règlement du différend autour du Sahara. Rappelant sa visite au Maroc en mai dernier et l’inauguration de l’Ambassade du Kenya à Rabat, il a cité le communiqué conjoint signé alors avec M. Bourita, où Nairobi considère «le plan d’autonomie comme la seule approche durable». Le responsable kenyan a salué les «progrès très positifs» du Maroc en infrastructures (Tanger Med, ferroviaire, tourisme) et souligné l’importance stratégique des engrais pour la sécurité alimentaire africaine, tout en exprimant le souhait d’intensifier les échanges commerciaux et de relancer des vols directs Casablanca–Nairobi.
Au Conseil de sécurité: pour une IA au service de la paix
Intervenant lors d’un débat de haut niveau du Conseil de sécurité consacré à «L’intelligence artificielle et la paix et la sécurité internationales», Nasser Bourita a mis en garde contre les usages malveillants de l’IA : cyberattaques sophistiquées visant des infrastructures critiques, contenus fallacieux générés automatiquement, exploitation par des groupes terroristes ou extrémistes pour perturber des processus démocratiques ou attiser des tensions. Utilisée de manière responsable, a-t-il soutenu, l’IA peut pourtant devenir un levier de prévention et de stabilisation. Le ministre a formulé plusieurs recommandations : investir dans des systèmes d’alerte précoce capables de détecter des signaux d’instabilité ; mobiliser l’IA contre la désinformation numérique et pour protéger les opérations de maintien de la paix ; anticiper et gérer les impacts sécuritaires du changement climatique (stress hydrique, sécurité alimentaire) au moyen d’outils prédictifs ; explorer enfin une approche normative inspirée de la résolution 1540 pour traiter le risque d’usage par des acteurs non étatiques. Le Maroc se dit attaché à une gouvernance inclusive et éthique de l’IA, ancrée dans le droit international, la prévention de la discrimination, l’accès équitable, la responsabilité environnementale et l’encouragement de l’innovation, dans une logique multilatérale et partenariale.
Une cohérence d’ensemble : victimes, sécurité, connectivité et partenariats
En filigrane de cette séquence new-yorkaise, une cohérence apparaît. D’un côté, l’initiative sur les victimes du terrorisme recentre la diplomatie sur l’humain, la réparation et la prévention de la radicalisation, tout en appelant à des dispositifs adaptés aux terrains africains. De l’autre, le renforcement de partenariats (Londres, pays du Golfe, Francophonie, Jordanie, Russie, Belgique) nourrit un agenda de co-développement et de stabilité, tandis que les chantiers Sahel–Atlantique et Pacifique traduisent l’ouverture de Rabat vers des espaces géopolitiques complémentaires. Enfin, la prise de position sur l’IA place le Maroc dans le débat global sur la maîtrise des technologies émergentes au service de la paix, de la sécurité et d’un développement durable partagé.
Les étapes à venir seront déterminantes: finalisation du dispositif de la Conférence de Rabat sur les victimes africaines du terrorisme; programmation concrète des projets relevant de l’Initiative Atlantique avec les pays de l’AES; consolidation des engagements financiers et opérationnels avec les partenaires britanniques; feuille de route du Forum Maroc–États du Pacifique; et contribution à l’architecture émergente de gouvernance de l’IA au sein des instances onusiennes.