L’IA dans les médias : un assistant fiable ou une alternative risquée ?

L’IA dans les médias : un assistant fiable ou une alternative risquée ?

L’IA dans les médias

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L’irruption de l’intelligence artificielle dans les salles de rédaction bouleverse le monde des médias. Entre fascination et inquiétude, les expériences se multiplient, révélant à la fois le potentiel de cette technologie pour assister les journalistes et les risques qu’elle comporte pour l’indépendance et la fiabilité de l’information. La plus grande menace reste l’addiction aliénante à l’outil et la dépendance des générateurs humais de l’Intelligence générative.

Par Siham Taoufiki - MAP

Rabat - Une course effrénée est en cours pour façonner l’avenir de la communication et des médias. ChatGPT, Gemini, DeepSeek, Claude ou encore Grok, autant de modèles de l’Intelligence artificielle (IA) conçus par les géants de la technologie, qui, parfois, suscitent l’étonnement, mais, le plus souvent, soulèvent une avalanche de questions quant à leurs limites, leur rôle et les défis qu’elles posent.

Les technologies d’IA sont désormais capables d’exécuter une multitude de tâches, des plus simples aux plus complexes. En quelques secondes et d’un simple clic, il est par exemple possible de générer des contenus d’actualité qui exigeaient auparavant des heures de recherche, de synthèse, de rédaction et de mise en forme, mais aussi de suivre et d’analyser les tendances mondiales en temps réel. Ces atouts impressionnants ont ouvert l’appétit de grands groupes médiatiques, désireux d’expérimenter la production de contenus journalistiques (articles, analyses, visuels) présentés sous une forme plus attractive.

Une intégration de l’IA est complexe

L’objectif est d’explorer concrètement l’usage de cette technologie, d’en mesurer les limites et d’identifier les opportunités qu’elle offre. Les expériences des journaux internationaux, prémices des apports positifs de l’IA. Si des médias britanniques et américains, tels que "The Independent" et "Washington Post", ont intégré certains aspects de l’IA dans leur production journalistique, le quotidien italien "Il Foglio" n’a pas hésité à lancer un numéro entièrement généré par cette technologie. Selon Claudio Cerasa, responsable au sein du journal, cette expérience vise à revitaliser le journalisme plutôt que de le remplacer. "Les employés ont apprécié cette expérience qui a permis au journal d’élargir son lectorat, avec une hausse des ventes de 60 % dès le premier jour", s’est-il félicité.

Face au tumulte mondial suscité par les modèles d’IA, une étude menée par le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA), intitulée "Intelligence artificielle et production audiovisuelle et numérique au Maroc", révèle que la plupart des professionnels de l’audiovisuel jugent "limité" leur niveau de préparation à l’utilisation des outils de l’IA, malgré une conscience accrue des mutations profondes qu’entraîne cette technologie sur leurs méthodes de travail.

Dans une déclaration à la MAP, Narjis Rerhaye, membre du Conseil, souligne que cette étude, qui a été menée auprès d’un large échantillon de journalistes et d’experts, révèle que l’intégration de l’IA dans la pratique journalistique reste complexe en l’absence d’un cadre institutionnel adapté et d’une formation approfondie à l’usage des outils numériques modernes.

Obstacles et défis

L’intégration effective de l’IA dans les médias au Maroc se heurte à plusieurs obstacles, à savoir l’absence d’un cadre juridique clair encadrant l’usage de cette technologie et la faiblesse des investissements financiers et institutionnels pour accompagner la transition numérique, relève Mme Rerhaye. Il s’agit également du risque d’une dépendance excessive aux outils d’IA sans validation humaine suffisante, outre le "fléau" du deepfake, qui favorise la prolifération de fausses informations à travers la diffusion de vidéos fabriquées de toutes pièces et dénuées de fondement.

Pour le rédacteur en chef du site d’actualité "Le360", Tarik Qattab, l’utilisation de l’IA demeure "très réduite", puisqu’elle se limite à certains outils liés à l’écriture, à l’image et parfois à la vidéo, mais de manière superficielle. "L’IA ne peut en aucun cas remplacer le journaliste, ce dernier restant maître de son travail dans tous ses détails", souligne M. Qattab, ajoutant que cette technologie peut toutefois être perçue comme un assistant "hors pair", capable d’optimiser l’organisation du travail journalistique et d’en améliorer les résultats avec moins d’efforts, à condition que la formation à ces nouveaux outils soit assurée, aussi bien individuellement que collectivement au sein des rédactions, afin non seulement d’en maîtriser l’usage, mais aussi d’en définir clairement les limites.

L’indépendance des médias face à l’influence de l’IA

Le consultant en IA et président de l’Observatoire marocain de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle, Kamal Kouhli, estime que le journaliste risque de perdre une partie de son indépendance face à l’influence de l’IA s’il devenait totalement dépendant des algorithmes des grandes plateformes, mettant l’accent sur la nécessité d’instaurer des règles législatives et éthiques claires et la mise en place de chartes professionnelles afin de faire de l’IA un outil au service de la liberté des journalistes.

Le défi à relever reste donc à trouver un modèle numérique capable d’incarner une utilisation responsable et équilibrée de la technologie, pour concilier innovation technique et sagesse humaine, tant il est important que l’opportunité technologique qu’offre l’IA est à saisir de manière réfléchie. Est-ce possible, quand on voit comment depuis l’avènement de l’Internet, les différentes plateformes dont il a accouché, échappent au contrôle.  (MAP avec Quid)

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