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L’islamophobie en armes : Christophe B., miroir brisé d'une France fracturée
Hichem Miraoui, 45 ans, ressortissant tunisien, est mort de cinq balles. Un autre, de nationalité turque, a été blessé
Le meurtre de Hichem Miraoui, coiffeur dans le Var, fief de l’extrême droite, n’est pas un simple fait divers. Il est le symptôme tragique d’une haine alimentée depuis des années par les relents toxiques de la fachosphère. Pour la première fois, la justice antiterroriste se saisit d’un homicide inspiré par l’ultradroite, confirmant que le terrorisme ne parle pas toujours arabe.
Une radicalisation à ciel ouvert
Christophe B. n'était pas caché. Pas reclus dans les catacombes de Telegram. Pas fondu dans les ombres d'un darknet politique. Il était visible. Public. Son Facebook débordait d'insultes racistes, d'invectives contre les "bicots", les "gauchos", les "saloperies" venues d'ailleurs, et de fantasmes démocratiques dévoyés.
Ce crime ne vient pas de nulle part. Il est l’aboutissement de l’impunité. Les plateformes n’ont pas modéré. L’État n’a pas protégé. Et les services qui dénichent rapidement les pro Palestiniens, étaient visiblement très occupés ailleurs. Les mots ont librement flotté, les armes ont parlé.
Depuis 2015, le profil du tueur de Puget-sur-Argens offrait en vitrine un curriculum de haine. La fachosphère l’avait nourri. De Dreuz.info à Démocratie Participative, de "La Gauche m’a tuer" à Vigilance Halal, tout y était. L'antimusulman, le racisme crasse, l'homophobie viriliste, le révisionnisme historique. Tout y était. Il prévoyait, il prêchait, il annonçait. Il a tué.
De l'écran à la balle
Le samedi 31 mai, Christophe B. n’a pas explosé. Il a suivi le scénario préparé depuis longtemps. Il a filmé. Il a prêché. Il a tiré. Hichem Miraoui, 45 ans, ressortissant tunisien, est mort de cinq balles. Un autre, de nationalité turque, a été blessé. Le mobile ? La haine. L'idéologie ? L’ultradroite.
Ses vidéos, postées avant et après le crime, sont glaçantes. Il y appelle à "sortir les couilles", à "aller les chercher là où ils sont". Il parle d'« islamiques de mes deux », de "carton" à faire. Il filme ses armes, il revendique son "allégeance au bleu-blanc-rouge". Il prétend mourir "pour la France". Il espère être imité. Il s’auto-couronne martyr d’une patrie égarée.
Le Parquet national antiterroriste s’est saisi. C’est une première. Un homicide islamophobe enfin classé acte terroriste. La France reconnaît pour cette fois que le danger ne vient pas toujours de ceux qu’on surveille, mais aussi de ceux qu’on tolère.
Une haine algorithmique et politique
Christophe B. n’était pas un loup solitaire. Il était un fruit. Mûr. Pourri. Nourri par les algorithmes de Facebook et de X qui enferment dans des bulles d'opinion. Propos haineux non modérés. Pages racistes visibles. Contenus identitaires à portée de clic. Il y a dix ans, on y voyait une caricature. En 2025, c'est une matrice.
Il n'était pas non plus sans boussole politique. Christophe B. appelait à voter RN. Il croyait en Jordan Bardella. Il redoutait l'islam comme on hurlait au bolchevik autrefois. Il était convaincu qu'à défaut de voter bien, il faudrait tirer.
Et à ceux qui s'indignent de ce parallèle, rappelons que l'histoire juge moins les intentions que leurs conséquences. Quand un discours légitime l'élimination de l'autre, quand les termes d’"envahisseurs", de "substitution", de "défense de la civilisation" deviennent communs, l'idée de tuer n'est plus folie. Elle est logique.