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Maroc, trois ans de flammes : sensibilisation urgente face aux incendies de forêts
Regard d’impuissance sur les feux de forêt dans la région de Chefchaouen, dans le nord du Maroc, le 15 août 2021. (Photo par FADEL SENNA / AFP)
Face à la recrudescence des incendies de forêts au Maroc ces dernières années, les autorités intensifient les campagnes de sensibilisation et de prévention. De Rabat à Taounate, de Tanger à Taroudant, le Royaume s'organise pour préserver un patrimoine naturel en danger. Retour sur trois années de luttes contre le feu et les actions engagées pour 2025.
L’impact des incendies de forêts de 2022 à 2024 : un bilan alarmant
Au Maroc, les années 2022 à 2024 ont été marquées par une recrudescence des incendies de forêts. L'année 2022 a été la plus dramatique avec plus de 26 incendies enregistrés rien qu'à Taounate, détruisant 300 hectares. À l'échelle nationale, plusieurs milliers d'hectares de couvert forestier ont été consumés, affectant gravement la biodiversité, les écosystèmes et les activités économiques locales.
Dans les zones boisées reculées dans le nord, la moitié des quelque 4.660 hectares touchés par les sinistres est partie en fumée dans la province de Larache, où était localisé en juillet 2022 le foyer le plus important et où une personne est décédée. Un total de 1.325 familles originaires de 19 douars (villages) avait été évacué dans cette région.
En 2024, si les chiffres ont légèrement diminué, des foyers importants ont été enregistrés à Nador, Bni Chiker, Taroudant, Taounate ou encore dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Plus de 134 incendies ont été dénombrés à Taounate entre 2015 et 2024, détruisant au total 851 hectares.
2025 : mobilisation générale pour la prévention et l’éducation
Afin de lutter contre ce fléau, l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) a lancé des campagnes de sensibilisation sur tout le territoire. Le 21 mai, une journée nationale de sensibilisation a mobilisé écoles, institutions, société civile et médias.
À Rabat, les élèves du collège Abi Dar El Ghifari ont participé à des ateliers interactifs animés par des cadres de l'ANEF et de la protection civile. À Casablanca, plus de 500 élèves ont été sensibilisés lors de campagnes éducatives et de visites de terrain dans les forêts de Bouskoura et Ech-challalate.
Dans le nord, à Tanger, une campagne à la forêt de Perdicaris a ciblé les usagers des forêts, les agriculteurs, les habitants des villages avoisinants et les chasseurs. Le message est clair : responsabilité individuelle et mobilisation collective sont les clés de la préservation du patrimoine forestier.
Actions régionales et mesures préventives : Taroudant, Taounate, Nador en alerte
Dans les provinces fortement touchées, les autorités se mobilisent. À Taroudant, où l’arganeraie couvre 33% de la superficie, le gouverneur a réuni les différents acteurs pour définir un plan d’action anticipatif. Surveillance renforcée, optimisation du système de détection, préparation logistique et aménagement de pare-feux sont au programme.
À Taounate, le patrimoine forestier de 42.000 hectares est menacé par le feu mais aussi par le pastoralisme intensif et les coupes illégales. La province, qui représente le plus grand réservoir d'eau du pays, a réduit en 2024 les superficies touchées, passant de 300 hectares (2022) à 57 hectares. Un succès lié à une meilleure préparation : 35 gardes forestiers mobilisés, des points d’eau entretenus, et une base opérationnelle pour les avions anti-incendie.
À Nador, la commune de Bni Chiker concentre à elle seule 13 des 39 incendies enregistrés en 2024. Le gouverneur y a appelé à une mobilisation renforcée et à des plans d’intervention préventifs, en impliquant notamment les communautés locales.
Des approches originales : chefs cuisiniers et clubs UNESCO à Ifrane
À Ifrane, des chefs marocains ont participé à une opération de plantation d’arbres sur le plateau de Ghabat Al Bahr, combinée à une campagne de sensibilisation autour du thème « Nous cuisinons avec amour... et semons l’espoir ». Une initiative menée avec le club UNESCO Atlas Maroc, qui a associé professionnels, élèves et société civile pour mettre en avant la forêt comme ressource vitale et vecteur d’identité.