Actu
Maroc : une croissance portée par la demande intérieure, sur fond de déséquilibres extérieurs persistants
Malgré la bonne performance prévue de certaines filières exportatrices, le déficit commercial devrait s’aggraver, passant de 19,1% du PIB en 2024 à 19,8% en 2025, puis 20,1% en 2026.
Le Haut-Commissariat au Plan livre ses projections économiques pour 2025 et 2026, mettant en lumière une dynamique de croissance soutenue par la demande intérieure, une progression continue de l’investissement, un allègement du déficit budgétaire, mais aussi un creusement des déséquilibres extérieurs.
Une demande intérieure robuste, pilier de la croissance
Selon le Budget économique exploratoire 2026 du Haut-Commissariat au Plan (HCP), la demande intérieure poursuivra sa trajectoire haussière avec une progression attendue de 5,4% en 2025 et de 4,6% en 2026. Ce levier de croissance devrait contribuer à hauteur de 5,8 points et 5 points à la croissance du PIB au cours de ces deux années, confirmant sa place de moteur principal de l’économie nationale.
La consommation des ménages progresserait de 3,6% en 2025 et de 3,4% en 2026, soutenue par l’amélioration des revenus agricoles, les hausses salariales issues du dialogue social, la décrue des tensions inflationnistes et les transferts sociaux directs. Sa contribution au PIB serait de 2,1 points chaque année.
De leur côté, les dépenses de consommation publique devraient croître de 4,1% en 2025 et de 3,7% en 2026. Globalement, la consommation finale nationale atteindrait 3,7% en 2025 et 3,5% en 2026, contribuant pour 2,9 et 2,7 points respectivement à la croissance économique.
L’investissement reprend de la vigueur
Après une hausse estimée à 10,9% en 2024, l’investissement brut poursuivrait sa dynamique avec une croissance de 9,8% en 2025 et de 7,2% en 2026. Cette reprise est portée par les grands chantiers d’infrastructure, l’application de la nouvelle Charte de l’investissement et des conditions de financement plus favorables.
L’investissement contribuerait ainsi à hauteur de 3 points à la croissance du PIB en 2025 et de 2,3 points en 2026. Le taux d’investissement brut atteindrait 31,2% du PIB en 2025 et 31,6% en 2026, consolidant le rôle de l’investissement comme levier stratégique du développement économique.
L’épargne intérieure, quant à elle, progresserait pour atteindre 22,6% du PIB en 2025 et 23,1% en 2026, dopée par la croissance du PIB nominal et la modération des dépenses de consommation. L’épargne nationale avoisinerait 29,8% du PIB en 2026.
Le commerce extérieur face à un déséquilibre croissant
Malgré la bonne performance prévue de certaines filières exportatrices, le déficit commercial devrait s’aggraver, passant de 19,1% du PIB en 2024 à 19,8% en 2025, puis 20,1% en 2026. Le ralentissement attendu en Europe et la vigueur de la demande intérieure devraient jouer en défaveur de la balance commerciale.
Les exportations de phosphates poursuivraient leur progression grâce à une demande soutenue, notamment en Amérique latine, Europe et Asie, et au maintien des restrictions sur les concurrents chinois et russes. L’agroalimentaire profiterait également des retombées positives du secteur agricole.
En revanche, les secteurs du textile et de l’automobile devraient faire face à des vents contraires. La demande modeste sur les marchés européens et la transition vers les véhicules électriques pèseraient sur leurs exportations. Le volume global des exportations de biens progresserait de 5,8% en 2025 et de 6,3% en 2026.
Côté importations, la dynamique serait plus marquée : +8,8% en 2025 et +7,9% en 2026. Les achats de biens d’équipement, de semi-produits et de produits finis devraient augmenter fortement, alimentés par l’investissement. Les importations de produits alimentaires ralentiraient légèrement, mais celles des animaux vivants poursuivraient leur hausse.
Le commerce des services, quant à lui, devrait bénéficier de l’essor touristique, avec une progression soutenue des exportations de services en 2025 (+6,7%) et 2026 (+7%). Toutefois, la demande extérieure nette resterait négative, grevant la croissance du PIB de 1,4 point en 2025 et 0,9 point en 2026.
Déficit budgétaire en repli, recettes en progression
Le HCP prévoit un allègement progressif du déficit budgétaire, qui devrait passer de 4% en 2024 à 3,6% du PIB en 2025, puis 3,4% en 2026. Cette amélioration résulterait de la reprise économique, du redressement agricole et de la maîtrise relative des dépenses.
Les recettes fiscales progresseraient pour atteindre 19,3% du PIB en 2025, puis 19,4% en 2026. Les impôts directs représenteraient 8,8% du PIB, et les impôts indirects environ 8,1%. Les recettes non fiscales suivraient la même tendance, soutenues par les revenus des établissements publics et les nouveaux mécanismes de financement.
Les dépenses globales resteraient élevées, à près de 27,8% du PIB en 2025 puis 27,3% en 2026. Les dépenses ordinaires représenteraient 21,1% du PIB en 2025, principalement tirées par la masse salariale et les transferts sociaux. Les dépenses de compensation reculeraient sous la barre de 1% du PIB.
Les investissements publics devraient se maintenir à des niveaux soutenus, représentant 6,8% du PIB en 2025 et 6,6% en 2026.
Dette publique : stabilisation puis légère décrue
La dette du Trésor est appelée à se stabiliser autour de 67,1% du PIB en 2025, avant de diminuer légèrement à 66,7% en 2026. La composante intérieure de la dette reculerait à 47,8% du PIB en 2026, tandis que la dette extérieure atteindrait 18,9%.
En incluant la dette extérieure garantie, la dette publique globale passerait de 79,2% du PIB en 2025 à 78,9% en 2026. Une trajectoire légèrement descendante, rendue possible par la relance de l’économie et une gestion prudente de l’endettement.
Côté monétaire, la masse monétaire progresserait de 7,1% en 2025, puis de 6,2% en 2026. Les crédits bancaires au secteur non financier poursuivraient leur croissance (+7% en 2025, +6,8% en 2026), soutenus par la demande d’équipement et la reprise immobilière. Les réserves officielles couvriraient environ 5 mois d’importations.