Masse monétaire, crédit bancaire, créances en souffrance : les signaux croisés de la finance marocaine en mai 2025

Masse monétaire, crédit bancaire, créances en souffrance : les signaux croisés de la finance marocaine en mai 2025

Le bulletin de BAM esquisse un tableau nuancé. L’abondance de liquidités dans l’économie marocaine est indéniable, et les indicateurs monétaires témoignent d’une confiance relative des agents privés

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Bank Al-Maghrib dresse, dans son bulletin monétaire de mai 2025, une photographie détaillée des dynamiques financières du Royaume. Hausse soutenue de la masse monétaire, ralentissement du crédit bancaire au secteur non financier, envolée des prêts à l’équipement, stagnation du crédit immobilier : un paysage contrasté, entre liquidité abondante et prudence de l’investissement. Une lecture à plusieurs vitesses des équilibres économiques en mutation.

Une masse monétaire en expansion soutenue

Au mois de mai 2025, la masse monétaire (agrégat M3) a connu un bond annuel de 7,8%, atteignant 1.918,6 milliards de dirhams, selon Bank Al-Maghrib. Une progression significative par rapport aux 6,9%  enregistrés en avril. Derrière cette croissance, plusieurs moteurs : la circulation fiduciaire s’est intensifiée de 8,9%, les dépôts à vue ont grimpé de 10,2%, et les dépôts à terme ont progressé de 7,5%. En revanche, les titres d’OPCVM monétaires – placements collectifs de trésorerie – affichent un léger essoufflement, avec une baisse de croissance de 15% à 13,9%**.

Cette évolution, d’apparence dynamique, masque des réalités contrastées. D’un côté, les ménages ont renforcé leurs actifs monétaires (+6,5%), stimulés notamment par l’augmentation de leurs dépôts à vue. De l’autre, leurs dépôts à terme poursuivent leur recul. Les sociétés non financières privées, quant à elles, affichent une croissance vigoureuse de leurs avoirs monétaires, passée de 13,9% à 15,6%.

Crédit bancaire : le secteur non financier freine l’allure

Le crédit bancaire globalement adressé au secteur non financier affiche une décélération, passant de 4,2% en avril à 3,4% en mai. Ce ralentissement est particulièrement marqué dans les concours au secteur public, qui se contractent de 0,4%, après avoir connu une flambée de 7,3% le mois précédent. Les prêts aux sociétés non financières publiques chutent brutalement : leur croissance passe de 10,5% à seulement 0,6%.

Le secteur privé, quant à lui, conserve un rythme plus stable. Les crédits aux sociétés non financières privées progressent de 2,8% (contre 2,3% en avril), et les prêts aux ménages se maintiennent à 2,4%. Des niveaux timides qui traduisent un contexte encore empreint de prudence, malgré l’abondance de liquidités.

Des prêts à l’équipement en forte accélération

Lorsque l’on examine la nature des crédits accordés, un fait majeur retient l’attention : la hausse des prêts à l’équipement, en glissement annuel, atteint 11,8%, après 11,3% en avril. Ce dynamisme contraste fortement avec le repli des facilités de trésorerie, qui passent de +2,1% à -2%, et avec la quasi-stagnation des crédits immobiliers (+3,2%) et des prêts à la consommation (+2,5%).

Cette dichotomie entre financement productif (équipement) et financement domestique (consommation, habitat) traduit une tendance encourageante en matière d’investissement, mais aussi une hésitation persistante des ménages à s’endetter dans un contexte économique marqué par l’inflation, la prudence bancaire et les incertitudes géopolitiques.

Créances en souffrance : une stabilité fragile

Du côté des créances en souffrance, la situation reste sous contrôle mais demeure préoccupante. Leur taux de progression se stabilise autour de 4,6%, tandis que le ratio au crédit atteint 8,8%, contre 8,7% le mois précédent. Un niveau qui, s’il ne dérape pas, continue de peser sur les bilans bancaires et la capacité du système financier à irriguer pleinement l’économie réelle.

Cette tendance incite à la vigilance, d’autant plus que le ralentissement des prêts au secteur non financier, conjugué à une augmentation modérée de la masse monétaire, peut indiquer une réallocation prudente du capital, où les agents économiques préfèrent la liquidité à l’engagement.

Une croissance monétaire à surveiller

Le bulletin de BAM esquisse un tableau nuancé. L’abondance de liquidités dans l’économie marocaine est indéniable, et les indicateurs monétaires témoignent d’une confiance relative des agents privés. Mais la frilosité du crédit en particulier au profit des ménages, et la persistance de créances en souffrance invitent à ne pas céder à l’euphorie monéta.

Entre investissements ciblés, prudence bancaire, arbitrages des ménages et réajustements sectoriels, le paysage financier marocain de mai 2025 s’apparente à un équilibriste sur une ligne de crédit, oscillant entre expansion maîtrisée et vigilance économique.

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