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Méditerranée : la plus grande base de données sur les arbres enfin disponible
Trente chercheurs basés en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Europe méridionale ont uni leurs efforts pour combler un manque criant de connaissances sur les arbres de la région méditerranéenne.
Un réseau international de trente scientifiques vient de mettre à disposition, en libre accès, un inventaire inédit des arbres méditerranéens. Ce travail colossal recense près de 500 espèces et constitue une avancée majeure pour la conservation et la gestion durable des forêts de la région.
Un inventaire sans précédent
Pendant plusieurs années, trente chercheurs basés en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Europe méridionale ont uni leurs efforts pour combler un manque criant de connaissances sur les arbres de la région méditerranéenne. Coordonné par l’Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et l’Institut européen des forêts (EFI), ce projet a permis de réunir et d’analyser un vaste ensemble de données couvrant l’ensemble des territoires à climat méditerranéen en Afrique, Asie et Europe.
Résultat : 496 espèces et 147 sous-espèces recensées, réparties dans 111 genres. Parmi elles, 48 espèces et 8 sous-espèces longtemps considérées comme de simples arbustes se révèlent être, dans leur état naturel, de véritables arbres méditerranéens. Cette mise au point scientifique contribue à mieux cerner la richesse de la flore régionale et ses spécificités.
Des données vitales pour la conservation
L’inventaire ne se limite pas à dresser une liste. Il fournit des informations précieuses sur le risque d’extinction des espèces et sur leur diversité génétique. Or, près de la moitié des espèces méditerranéennes identifiées ne figurent pas encore sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ce qui souligne l’urgence de poursuivre les évaluations.
La diversité génétique, quant à elle, n’est documentée que pour un tiers des espèces répertoriées, avec une prédominance pour celles ayant un usage économique direct, que ce soit en matière d’alimentation ou de ressources en bois. Sur les 169 espèces analysées, 43 % présentent un intérêt avéré pour ces usages. Les données ainsi collectées se veulent un outil au service des scientifiques, des gestionnaires forestiers, mais aussi des décideurs publics, dans la perspective d’élaborer des politiques de conservation et de gestion durable des forêts.
Des disparités territoriales marquées
Ce travail de recensement met aussi en évidence une forte disparité dans la répartition des espèces endémiques. Certaines zones méditerranéennes se distinguent par une richesse exceptionnelle : 277 espèces endémiques en Turquie, 150 en Espagne, 139 en France continentale et 102 en Sicile. Ces chiffres démontrent que la biodiversité méditerranéenne ne peut être appréhendée qu’à travers une approche fine, territoire par territoire.
Le communiqué de l’INRAE précise que la richesse en espèces est positivement corrélée à la superficie des territoires botaniques et à leur diversité géomorphologique, confirmant que la variété des reliefs et des paysages favorise la diversification des arbres.
Un outil scientifique et politique
En rendant accessibles ces données, les chercheurs offrent un levier essentiel pour la protection des forêts méditerranéennes. Ces informations pourront être mobilisées dans le cadre de programmes de restauration écologique, de gestion durable des forêts ou encore de préservation des ressources génétiques forestières. Les institutions impliquées – parmi lesquelles Aix-Marseille Université, l’Université de Montpellier, l’Office national des forêts (ONF) et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) – voient dans ce projet un outil de coopération scientifique au service d’enjeux mondiaux : sauvegarder la biodiversité et renforcer la résilience écologique face au changement climatique.
Avec cette base de données, la Méditerranée se dote enfin d’un outil à la hauteur de ses richesses naturelles.