Moussem d’Assilah : entre mémoire et transmission, une édition marquée par l’hommage et la littérature

Moussem d’Assilah : entre mémoire et transmission, une édition marquée par l’hommage et la littérature

Cet ouvrage de mémoire et d’hommage à Mohammed Benaissa a pris au nouveau secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assulah, et Noure Hatem El-Batyoui et à Abdalilah Attahani, coordinateur du séminaire « Khaimat Al Ibda’ » quatre mois de travail quotidien ininterrompu, rassemblant des témoignages, des impressions, des réflexions et des entretiens fraternels sur la vie et les œuvres du ministre émérite, de l’ambassadeur avisé et de l’intellectuel brillant que fut le professeur Mohamed Ben Aïs

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La ville d’Assilah vit, depuis fin septembre, au rythme de la 46e édition de son Moussem culturel international. La manifestation s’est ouverte par un hommage solennel à feu Mohamed Benaissa, diplomate chevronné, homme d’État et fondateur de ce forum devenu, au fil des décennies, une référence mondiale. Entre célébrations de la mémoire et découvertes littéraires, cette édition illustre une fois encore le rôle central d’Assilah comme passerelle entre cultures et générations.

Un hommage à la mesure d’un bâtisseur

Vendredi soir, la cité blanche a vibré d’émotion lors de la cérémonie dédiée à Mohamed Benaissa. Amis, collègues, responsables politiques, chercheurs, écrivains et journalistes venus des quatre coins du monde ont salué la mémoire de celui qui fit d’Assilah un centre de dialogue interculturel et une vitrine du génie marocain.

Dans la "Tente de la créativité", les interventions se sont succédé, chacune rappelant un pan de l’héritage laissé par le fondateur du Moussem. L’ancien président sénégalais Macky Sall, par message vidéo, a souligné le rôle de Benaissa comme artisan de la paix et de la fraternité. Selon lui, le Forum d’Assilah incarne "une plateforme d’excellence" qui a rapproché des peuples et fait rayonner le Maroc bien au-delà de ses frontières.

Le conseiller aux affaires médiatiques du roi de Bahreïn, Nabeel Al Hamer, a insisté sur l’empreinte indélébile de Benaissa dans le paysage culturel arabe. Il a rappelé son soutien constant aux jeunes talents, son engagement pour la diversité et sa conviction que la culture constitue une expérience humaine universelle.

De son côté, Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue arabe, a mis en avant la double appartenance culturelle du défunt, profondément enraciné dans la tradition arabe et ouvert à l’Occident. Cette alchimie, a-t-il noté, a façonné un esprit unique, sensible aux dialogues entre civilisations.

La diplomatie au service de la culture

Ana Palacio, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, a rendu un hommage particulièrement personnel à Mohamed Benaissa. Elle a évoqué un homme élégant, rigoureux, attaché au protocole mais toujours tourné vers l’autre. Pour elle, le Moussem d’Assilah est devenu, grâce à son fondateur, bien plus qu’un festival : un laboratoire culturel où se construisent des ponts entre politique et culture.

Luis Amado, ex-chef de la diplomatie portugaise, a insisté sur la capacité rare de Benaissa à concilier vision stratégique internationale et action locale. Il voyait en lui un homme capable d’humaniser la diplomatie et de rapprocher les peuples par l’art et la réflexion. Quant à Victor Borges, ancien ministre cap-verdien, il a rappelé le rôle central du regretté dans la fondation de la plateforme qui a fait d’Assilah un haut lieu d’échanges entre intellectuels et décideurs du monde entier.

À travers ces témoignages, une constante s’impose : Mohamed Benaissa ne fut pas seulement un diplomate ou un maire emblématique. Il incarna une philosophie où la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité politique et un vecteur de paix.

La disparition d’un pilier, la continuité d’une vision

Pour de nombreux intervenants, la mort de Mohamed Benaissa constitue une perte immense pour les mondes arabe et africain. Mais tous s’accordent sur l’importance de poursuivre son œuvre. Le Moussem, ont-ils affirmé, doit continuer à être ce rendez-vous incontournable où se croisent intellectuels, artistes et chercheurs, et où se réfléchissent les grandes questions de notre temps.

La 46e édition, qui se tient jusqu’au 12 octobre, s’annonce ainsi comme un temps fort de mémoire et de transmission. Au programme : colloques, ateliers, expositions, signatures d’ouvrages et autres activités artistiques, confirmant la vitalité d’un événement qui refuse de s’enfermer dans la nostalgie et préfère porter vers l’avenir l’héritage de son fondateur.

Littérature de voyage : une mémoire revisitée

Parmi les temps forts de cette session d’automne, la signature du livre "Le pèlerinage sur les traces du grand-père" de l’écrivain mauritanien Abdallah Ould Mohamedi a attiré l’attention. Présenté à la Galerie Mohamed Benaissan des Beaux-Arts, l’ouvrage plonge dans le voyage entrepris en 1889 par l’érudit mauritanien Mohammed Fall Ben Bab El-Alawi, aïeul de l’auteur, lors de son Hajj.

Ce récit de 240 pages, publié par le Centre culturel du livre et de l’édition à Casablanca, est à la fois une chronique spirituelle et une fresque historique. Le lecteur y découvre les réalités du XIXe siècle, les escales marocaines du pèlerin — notamment à Meknès, où il fut reçu par le sultan Moulay Hassan Ier, à Fès et à Rabat, où il rencontra le cheikh soufi Sidi Larbi Ben Sayah — et les multiples péripéties d’un voyage maritime empreint de ferveur.

L’auteur, en retraçant ce parcours, a cherché à conjuguer le vécu familial et la rigueur historique, fruit de trois années de recherches. Ahmed El Madini, romancier marocain, a salué cette démarche, relevant la triple dimension de l’ouvrage : littérature de voyage, témoignage biographique et narration personnelle.

L’esprit d’Assilah : une ouverture continue

Au-delà de ce livre, d’autres signatures sont prévues durant cette édition, parmi lesquelles "Le rêve dans le ventre de la baleine" de Mohamed Saâd Alami et "Le début de l’oubli" de Mohamed Maazou. Ces rendez-vous littéraires confirment la vocation du Moussem : être un espace de rencontre entre générations et entre styles, où se côtoient récits historiques, fictions contemporaines et réflexions anthropologiques.

La ville blanche, pour reprendre l’expression d’Ana Palacio, est devenue "un véritable épicentre du dialogue", et cette édition le démontre une nouvelle fois. L’art, la parole et la mémoire y sont considérés comme des instruments essentiels pour bâtir des ponts entre les peuples.

Héritage et modernité

Le Moussem d’Assilah n’est pas seulement une commémoration. Il est aussi un projet vivant, porté par une vision où mémoire et modernité s’entrelacent. En rendant hommage à Mohamed Benaissa et en accueillant les écrivains de demain, il illustre l’idée que la culture, loin d’être un luxe, reste un levier de développement, de diplomatie et de paix.

Au-delà des hommages et des livres, le message est clair, a affirmé son nouveau sectaire général Hatim Betioyi, Assilah doit continuer à incarner un Maroc ouvert sur le monde, fier de son patrimoine et soucieux d’éclairer les débats contemporains.

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