Actu
Psychotropes, nouvelles routes et réponse scientifique: la DGSN durcit sa riposte contre les drogues de synthèse
Face aux réseaux exploitant des circuits de contrebande de plus en plus complexes , le Maroc a adopté une approche globale combinant répression ciblée, prévention sanitaire et coopération internationale. Cette stratégie est régulièrement alignée sur les résolutions des organes des Nations Unies et repose sur trois axes majeurs : réduction de l’offre, prévention de la consommation et lutte contre les circuits illicites.
Avec plus de 4 millions de comprimés psychotropes saisis en trois ans, dont 1,6 million pour la seule année 2025, le Maroc intensifie sa lutte contre un trafic en mutation rapide. Entre coopération internationale, modernisation des outils forensiques et stratégie de santé publique, les autorités affichent une réponse multidimensionnelle face à un fléau qui menace à la fois la sécurité, l’économie et la cohésion sociale, indique la DGSN en marge des travaux du 5ème Symposium International des Directeurs des laboratoires d’analyse médico-légale des drogues se sont ouverts lundi 19 janvier 2026 à Casablanca avec la participation de 80 experts internationaux dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogues.
Une menace sanitaire et sécuritaire en expansion
Les chiffres communiqués à Casablanca par le préfet de police Taoufik Sayerh, chef de l’Institut des sciences forensiques (analyse des indices matériels) de la sûreté nationale, traduisent l’ampleur du phénomène. La consommation de drogues et la toxicomanie sont désormais reconnues comme un problème majeur de santé publique, tandis que le trafic de psychotropes s’impose comme une priorité nationale en matière de sécurité. L’augmentation de 10 % des saisies en 2025 par rapport à l’année précédente confirme une tendance lourde, portée par l’apparition de nouvelles substances psychoactives et par la sophistication croissante des réseaux criminels.
Ces réseaux exploitent des circuits de contrebande de plus en plus complexes, utilisent des itinéraires transfrontaliers diversifiés et ciblent une population de consommateurs de plus en plus jeune. Cette banalisation progressive de l’usage des drogues de synthèse accentue la pression sur les systèmes de santé, fragilise l’ordre public et alimente une économie souterraine aux conséquences durables sur le développement.
Une stratégie nationale à plusieurs niveaux
Face à cette réalité, le Maroc a adopté une approche globale combinant répression ciblée, prévention sanitaire et coopération internationale. Cette stratégie est régulièrement alignée sur les résolutions des organes des Nations Unies et repose sur trois axes majeurs : réduction de l’offre, prévention de la consommation et lutte contre les circuits illicites.
Selon les responsables sécuritaires, la lutte contre les psychotropes ne peut se limiter à des opérations ponctuelles. Elle implique un travail de fond sur les causes sociales et sanitaires de la consommation, tout en renforçant les capacités d’intervention des forces de l’ordre. Cette approche intégrée vise à traiter le problème à la racine, en tenant compte de ses dimensions économiques, sociales et géopolitiques.
Trafic et instabilité régionale
Les autorités marocaines soulignent également les liens avérés entre certains réseaux de drogue et des acteurs non étatiques, notamment des groupes terroristes et séparatistes. Les profits générés par le trafic servent parfois à financer des activités déstabilisatrices dans la région, transformant les drogues de synthèse en un enjeu de sécurité stratégique.
Dans ce contexte, le Royaume s’est engagé activement dans des initiatives internationales. Depuis 2023, le Maroc est membre de la Coalition mondiale contre les menaces liées aux drogues de synthèse, lancée sous l’égide des États-Unis. Cette plateforme permet de coordonner les efforts, d’échanger des informations opérationnelles et d’anticiper l’émergence de nouveaux produits.
Ports, aéroports et contrôles renforcés
La lutte contre la contrebande passe également par un contrôle accru des flux de passagers et de marchandises. Les ports et les aéroports figurent parmi les principaux points de vigilance, en raison de leur exposition aux trafics transnationaux. Les autorités ont multiplié les opérations ciblées, s’appuyant sur des dispositifs de surveillance modernisés et sur le renseignement opérationnel.
Cette mobilisation a permis d’enregistrer des saisies record de substances synthétiques en 2025, illustrant l’efficacité d’une stratégie fondée sur l’anticipation et la coordination interservices. Elle montre aussi la capacité du Maroc à adapter ses dispositifs face à des réseaux criminels de plus en plus mobiles et innovants.
La science au cœur de la riposte
Un autre pilier essentiel de la lutte anti-drogue repose sur l’expertise scientifique. En 2022, la Direction Générale de la Sûreté Nationale a procédé à une mise à niveau complète du laboratoire national de police scientifique. Doté d’équipements de pointe et conforme aux standards internationaux, ce laboratoire joue désormais un rôle central dans l’identification des substances saisies, l’établissement des preuves judiciaires et l’analyse des tendances émergentes.
Certifié ISO 17025 par l’organisme américain ANAB, cet outil permet d’apporter aux enquêteurs et à la justice des données fiables et exploitables, renforçant la crédibilité des procédures et la qualité des poursuites judiciaires. Il constitue également une base technique indispensable pour orienter les politiques publiques de prévention et de sécurité.
Un sommet international pour renforcer la coopération
L’ouverture à Casablanca du 5e Symposium international des directeurs des laboratoires d’analyse médico-légale des drogues illustre la dimension internationale de cette lutte. Réunissant 80 experts issus de plus de 40 pays, ce rendez-vous vise à partager les meilleures pratiques et à renforcer la collaboration entre laboratoires criminels.
Organisé conjointement par la DGSN et le Plan Colombo pour le Développement économique et social, le symposium aborde les dernières tendances mondiales en matière de drogues illicites, avec un accent particulier sur les nouveaux psychotropes et les substances synthétiques. Dans un contexte de propagation rapide de ces produits, l’échange d’expertise apparaît comme un levier essentiel pour anticiper les menaces et harmoniser les réponses.
Vers une approche durable et coordonnée
Au-delà des chiffres impressionnants de saisies, la stratégie marocaine vise à installer une réponse durable, capable de s’adapter aux évolutions du trafic. La combinaison entre action sécuritaire, coopération internationale, innovation scientifique et prévention sanitaire constitue désormais l’ossature de cette politique publique.
Dans un environnement régional et mondial marqué par la montée des drogues de synthèse, le Maroc entend consolider son rôle d’acteur engagé dans la lutte contre ce fléau, en misant sur la rigueur scientifique, la coordination institutionnelle et la mobilisation de l’ensemble des partenaires nationaux et internationaux.