Réformes structurelles : les priorités du FMI pour une croissance plus résiliente

Réformes structurelles : les priorités du FMI pour une croissance plus résiliente

La DG du FMI, a Bulgare Kristalina Georgieva

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Face aux tensions commerciales, aux risques climatiques croissants et aux mutations technologiques, le FMI appelle les gouvernements à accélérer des réformes structurelles pour restaurer la stabilité macroéconomique et doper la productivité. L’institution recommande de simplifier l’environnement des affaires, de sécuriser l’investissement et l’emploi, de reconstruire des marges budgétaires, et de coopérer pour stabiliser le commerce et traiter les vulnérabilités de dette, dans un contexte de croissance affaiblie à moyen terme. Et s’il conseille de protéger l’investissement, il recommande de faire de même pour les plus vulnérables.

Contexte mondial et prévisions

Le Fonds monétaire international appelle à accélérer des réformes structurelles pour rétablir la stabilité macroéconomique et relever le potentiel de croissance dans un contexte mondial chahuté. Tensions commerciales récurrentes, chocs climatiques plus fréquents et mutations technologiques rapides entretiennent l’incertitude, tandis que des niveaux d’endettement élevés réduisent la capacité des États à amortir les chocs, surtout dans les pays à faible revenu. L’institution révise ses prévisions à 2,8 % pour cette année et 3 % pour 2026, avec des perspectives à cinq ans au plus bas depuis des décennies — d’où l’urgence d’engager des réformes crédibles et coordonnées : simplifier l’environnement des affaires, sécuriser l’investissement et l’emploi, reconstruire des margres budgétaires, coopérer pour stabiliser les règles du commerce et traiter les vulnérabilités de dette.

Le diagnostic du FMI est lucide : les chaînes de valeur restent exposées aux frictions, les aléas climatiques fragilisent les infrastructures et l’accélération technologique bouscule les marchés du travail. La marge de manœuvre budgétaire est limitée dans de nombreux pays dépendants des flux de capitaux et des matières premières. Retarder les correctifs accroît le risque d’ajustements ultérieurs plus brutaux et socialement coûteux. Le rapport plaide donc pour une action immédiate mais séquencée, combinant mesures à gains rapides et chantiers de fond.

Productivité et climat des affaires

La productivité est mise au cœur de la stratégie. Le Fonds recommande de simplifier les procédures administratives, réduire les coûts de conformité, rationaliser licences et autorisations, et calibrer des règles proportionnées qui facilitent l’entrée et la sortie des entreprises. Le renforcement de la concurrence — en combattant rentes et barrières à l’entrée — stimule l’innovation, abaisse les prix et améliore la qualité. Le soutien à l’entrepreneuriat passe par des régimes fiscaux stables, des guichets uniques numériques, des instruments de financement adaptés (capital-risque, garanties publiques ciblées) et la protection efficace de la propriété intellectuelle.

Fiscalité et administration numériques

Côté fiscalité, l’objectif est d’élargir l’assiette et de réduire les distorsions. La lutte contre l’érosion et l’optimisation, la simplification des barèmes et la numérisation de la collecte (e-facturation, identifiant fiscal unique, interconnexion de bases publiques) augmentent les recettes tout en allégeant la charge administrative. Les gains d’efficience doivent financer des priorités à fort rendement social — éducation, santé, infrastructures résilientes — et soutenir la transition bas carbone. Transparence et prévisibilité des politiques restent essentielles pour l’investissement privé.

Marché du travail et compétences

Les marchés du travail doivent devenir plus agiles face aux disruptions technologiques. Le FMI met l’accent sur les politiques actives d’emploi (formation initiale et continue, reconversion, mobilité), sur des dispositifs de protection sociale temporaires et ciblés, et sur un dialogue social prévisible. L’actualisation des référentiels de compétences, l’essor de l’apprentissage en alternance et l’inclusion des femmes, des jeunes et des territoires moins desservis constituent des leviers de croissance potentielle.

Marchés de capitaux et investissement de long terme

Pour financer l’investissement de long terme, l’institution préconise d’approfondir les marchés de capitaux domestiques : meilleure gouvernance des émetteurs, transparence accrue, développement des marchés obligataires et promotion de véhicules de financement patient (fonds d’infrastructure, obligations vertes et sociales lorsque pertinent). Cette profondeur financière améliore la capacité d’absorption des chocs, diversifie les risques et attire des capitaux privés vers des projets productifs (numérisation, logistique, énergie propre, réseaux de transport).

Finances publiques et qualité de la dépense

La reconstitution des marges budgétaires est jugée centrale. Elle doit s’inscrire dans un cadre crédible à moyen terme, appuyé sur des règles simples (plafonds de dépenses, trajectoires de dette), et sur une hiérarchisation des dépenses protégeant l’investissement public à fort multiplicateur et les plus vulnérables. Revues de dépenses, évaluations ex ante/ex post et contrôle de gestion sont recommandés pour améliorer l’efficience sans compromettre le potentiel de croissance.

Résilience climatique et transition énergétique

Le rapport insiste sur la résilience climatique : prévenir coûte moins cher que réparer. Investissements d’adaptation (infrastructures, gestion de l’eau, systèmes d’alerte), politiques de décarbonation à bénéfices démontrés et mobilisation de la finance climatique — publique et privée — sont encouragés, à condition de disposer de cadres de mesure robustes (reporting, taxonomies, garanties). L’intégration des risques climatiques dans la planification budgétaire et financière réduit l’exposition et les coûts futurs.

Transition numérique et inclusion

La transition numérique constitue un autre pilier. Généralisation du haut débit, cybersécurité, protection des données et adoption de solutions publiques numériques (identité, paiements, marchés publics, santé, éducation) promettent des gains d’efficience (délais réduits, traçabilité, concurrence accrue) avec des effets multiplicateurs sur la productivité. Encore faut-il investir simultanément dans les compétences numériques, le maillage territorial et l’inclusion financière pour éviter d’accentuer les fractures.

Gouvernance, État de droit et commerce

La qualité institutionnelle et l’État de droit sont traités comme des actifs économiques. Lutte anticorruption, prévisibilité réglementaire, justice commerciale rapide et impartiale, professionnalisation des administrations et publication d’indicateurs de gouvernance améliorent le climat des affaires et abaissent la prime de risque. Sur le front commercial, le FMI préconise d’éviter l’escalade protectionniste, de stabiliser l’environnement des échanges, de promouvoir la reconnaissance mutuelle des normes lorsqu’elle est possible et de réduire les frictions logistiques.

Dette, stabilité financière et filets de sécurité

Le traitement des vulnérabilités de dette est à accélérer. Lorsque la soutenabilité est compromise, des restructurations plus rapides, transparentes et coordonnées entre créanciers sont nécessaires, appuyées sur des cadres de politique économique crédibles. Parallèlement, des filets de sécurité financière et des cadres macroprudentiels solides aident à prévenir les crises systémiques et à limiter la procyclicité des flux de capitaux.

Pays à faible revenu : prioriser le capital humain

Les pays à faible revenu, plus exposés aux chocs exogènes, doivent calibrer les réformes en protégeant l’investissement humain (éducation, santé, nutrition) et les programmes sociaux ciblés. Des partenariats techniques et financiers, une meilleure mobilisation des ressources domestiques et des améliorations de gouvernance peuvent accélérer la transformation structurelle sans déstabiliser le tissu social.

Séquençage et appropriation des réformes

La question du séquençage est centrale pour gagner en traction sans perdre l’adhésion. Démarrer par des « quick wins » — réduction des délais administratifs, digitalisation de procédures, élargissement simple de l’assiette fiscale — permet de prouver les bénéfices, libérer des ressources et construire la confiance indispensable aux réformes plus sensibles (subventions, reconfiguration des dépenses, tarification carbone progressive). La concertation avec entreprises, syndicats, collectivités et société civile réduit le risque de revirements.

Politique macroéconomique et stabilité des anticipations

Avec des prévisions de croissance abaissées et des perspectives de moyen terme affaiblies, les politiques macroéconomiques doivent éviter les à-coups : ancrer l’inflation, stabiliser les anticipations et préserver l’investissement public et privé. Des gains de productivité issus de réformes bien conçues peuvent compenser une demande externe atone, soutenir l’emploi et faciliter la consolidation budgétaire. La durabilité politique des réformes passe par l’inclusion : dispositifs de compensation temporaires et ciblés pendant l’ajustement, et transparence sur objectifs, coûts, calendriers et résultats.

Infrastructures, innovation et diffusion technologique

Le FMI rappelle aussi l’importance d’un ancrage territorial des investissements : sélectionner rigoureusement les projets (analyses coût-bénéfice), professionnaliser la maîtrise d’ouvrage et utiliser les partenariats public-privé de façon transparente avec un partage des risques équilibré. L’innovation et la R&D doivent s’accompagner d’une diffusion rapide au sein du tissu productif : normalisation, interopérabilité, formation en entreprise, programmes de transformation des PME et plateformes de transfert technologique, le tout sous une politique de concurrence évitant les verrouillages.

Capital humain et capacités administratives

Le capital humain demeure un socle : améliorer les apprentissages fondamentaux, rapprocher les programmes des besoins du marché, valoriser les filières techniques et professionnelles, reconnaître les compétences acquises au travail et favoriser la formation tout au long de la vie. Pour exécuter les réformes, les capacités de l’État sont déterminantes : planification, suivi-évaluation, audit, attractivité pour des profils techniques, gestion de projet moderne, open data et budgétisation axée sur les résultats.

Coopération régionale et internationale

Enfin, la coordination régionale et internationale peut multiplier les effets d’échelle : harmonisation ciblée des règles, interconnexions énergétiques, corridors logistiques, cadres communs de cybersécurité, de sécurité sanitaire ou de réponse aux catastrophes. À l’échelle mondiale, améliorer les cadres de restructuration de dette, faciliter l’accès aux financements concessionnels pour l’adaptation climatique et stabiliser les règles du commerce sont des biens publics nécessitant une volonté collective.

Le fil conducteur du rapport est limpide : commencer maintenant, séquencer avec discernement, protéger l’investissement et les plus vulnérables, mesurer et publier les résultats, et coopérer pour réduire l’incertitude. L’inaction amplifierait les coûts ; un programme cohérent de réformes peut, au contraire, renforcer la résilience, restaurer la confiance et replacer l’investissement productif au cœur de la trajectoire. L’objectif n’est pas la réforme pour la réforme, mais la construction de marges de manœuvre budgétaires, productives et sociales capables d’absorber les chocs et d’orienter les économies vers une croissance plus inclusive et soutenable.

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