Robots humanoïdes : l’autre front de la rivalité technologique sino-américaine

Robots humanoïdes : l’autre front de la rivalité technologique sino-américaine

Le concept d’"intelligence incarnée" désigne l’intégration de l’intelligence artificielle dans des dispositifs physiques comme les robots. Érigé en "priorité nationale" par les autorités centrales, il a fait son apparition pour la première fois dans le rapport d’activité gouvernemental présenté par le Premier ministre Li Qiang en mars dernier

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Entre ambitions industrielles, compétitions sportives futuristes et rivalités géopolitiques, la Chine mise sur les robots humanoïdes comme nouveau pilier de sa stratégie technologique nationale. À l’aube des premiers Jeux mondiaux de robots humanoïdes, Beijing affiche, souligne Al Mustapha Sguenfle duBureau de MAP à Pékin ; une détermination sans faille pour dominer ce secteur émergent, symbole d’un basculement global de la puissance vers l’« intelligence incarnée ».


Par Al Mustapha Sguenfle – Bureau de MAP à Pékin



Beijing - La capitale chinoise Beijing accueillera, en août prochain, la première édition des Jeux mondiaux de robots humanoïdes, une compétition inédite qui mettra en lumière les capacités techniques de ces machines en athlétisme, football et danse, entre autres disciplines.

L’organisation de cette manifestation fera écho à un événement similaire qui s’est déroulé en avril dernier, lorsque des robots humanoïdes ont pris part, aux côtés de participants humains, au semi-marathon de 21 kilomètres de Yizhuang à Beijing. Une première mondiale.

Ces deux événements illustrent l’essor du secteur des robots humanoïdes dans l’Empire du Milieu. Selon une étude présentée lors de la dernière édition de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (4-6 juillet 2024 à Shanghai), le marché chinois des robots humanoïdes devrait presque doubler entre 2024 et 2025, progressant de 2,76 milliards de yuans (384 millions de dollars américains) à 5,3 milliards de yuans (737 millions USD), avant de cumuler à 75 milliards de yuans (10,4 milliards USD) à l’horizon 2029, soit près du tiers du marché mondial.

Le Centre chinois pour le développement de l’industrie de l’information anticipe, quant à lui, que le secteur national de l’"intelligence incarnée" dépassera le seuil des 20 milliards de yuans (2,7 milliards USD) d’ici 2026.

Le concept d’"intelligence incarnée" désigne l’intégration de l’intelligence artificielle dans des dispositifs physiques comme les robots. Érigé en "priorité nationale" par les autorités centrales, il a fait son apparition pour la première fois dans le rapport d’activité gouvernemental présenté par le Premier ministre Li Qiang en mars dernier, lors des "Deux Sessions" parlementaires, événement politique majeur de l’année.

Cette reconnaissance officielle marque un tournant dans la stratégie technologique chinoise, positionnant les robots humanoïdes au cœur des ambitions d’innovation du pays.

De l’avis de plusieurs observateurs, l’organisation institutionnelle de la Chine, structurée autour de centres d’innovation soutenus financièrement par l’État, devra être déterminante dans les premières phases de développement de cette industrie qui est encore à ses premiers balbutiements.

Le Conseil d’État (gouvernement central) a ainsi annoncé, en mars dernier, la création d’un fonds de capital-risque de 1.000 milliards de yuans (139 milliards de dollars) destiné à soutenir la robotique et d’autres industries de haute technologie.

Les autorités locales contribuent également à cette dynamique par des investissements substantiels. La capitale Beijing, la métropole Shanghai, ainsi que les provinces du Zhejiang, Jiangsu, Shandong et Anhui ont lancé des programmes importants pour développer leurs filières de robotique humanoïde, assortis d’objectifs précis pour la période 2025-2027.

S’y ajoutent des investissements considérables des grandes entreprises chinoises, notamment les constructeurs automobiles tels que BYD et les géants du numérique JD.com, Ant et Tencent.

Les investissements totaux consacrés par Beijing aux robots humanoïdes ont d’ores et déjà dépassé cette année l’ensemble des financements accordés en 2024, atteignant plus de 6,1 milliards de yuans contre 5,89 milliards l’année précédente, d’après les données d’IT Juzi, principal fournisseur d’informations sur le capital-risque en Chine.

Les décideurs chinois estiment que le développement de la robotique humanoïde devra permettre au géant asiatique de préserver sa prééminence manufacturière, engageant par ricochet un nouveau front de rivalité avec les États-Unis qui s’est manifesté cette année de part et d’autre à l’occasion d’événements médiatiques de portée internationale.

Lors du Consumer Electronics Show (CES), tenu en janvier dernier à Las Vegas, le dirigeant de l’Américain Nvidia, Jensen Huang, a prononcé un discours entouré de quatorze robots humanoïdes, dont six conçus par des entreprises chinoises et quatre par des sociétés américaines.

Quelques semaines plus tard, lors du Gala du Festival du Printemps à Beijing, l’émission télévisée annuelle la plus suivie au monde, l’entreprise chinoise Unitree Robotics a captivé l’attention en présentant seize robots H1 exécutant une chorégraphie traditionnelle parfaitement synchronisée devant plus d’un milliard de téléspectateurs.

Cette compétition technologique sino-américaine trouve son prolongement naturel dans la sphère commerciale, avec une concurrence des prix déjà en cours.

Les professionnels du secteur reconnaissent, à cet égard, que le défi principal de la robotique humanoïde consiste à convertir ses prouesses techniques en solutions commercialement viables capables de réduire les coûts et d’améliorer l’efficacité.

L’Américain Tesla prévoit, dans ce sens, que le coût de fabrication de son robot Optimus descendra sous la barre des 20.000 dollars. Pour sa part, l’entreprise chinoise Unitree a commencé à commercialiser son modèle G1 à 99.000 yuans (environ 13.800 dollars), un prix nettement réduit par rapport aux 500.000 yuans précédemment en vigueur.

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