Routes, énergie et numérique : les clés d’une intégration africaine réussie

Routes, énergie et numérique : les clés d’une intégration africaine réussie

Dans le domaine énergétique, plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Les réseaux nationaux, faiblement interconnectés, réduisent la sécurité énergétique et ralentissent l’industrialisation

1
Partager :

New York – Moins de 17 % des échanges commerciaux africains ont lieu entre pays du continent. Un chiffre qui suffit à lui seul pour dire combien, le Side-Event de haut niveau consacré à la connectivité africaine, en partenariat entre le Maroc, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et le Bureau de la coopération Sud-Sud, en marge de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies, est un événement majeur. Il a réuni ministres, responsables d’agences internationales et experts autour d’un constat partagé : sans infrastructures modernes et interconnectées, l’intégration du continent restera un objectif inachevé.

La connectivité, clé de l’intégration

La rencontre s’est tenue sous le thème « La connectivité africaine : la voie pour l’intégration du continent ». Elle a permis de replacer cette thématique au centre des discussions multilatérales et d’alimenter le plaidoyer pour une Afrique résiliente et prospère.

Les participants ont rappelé que le continent connaît une transformation économique et sociale profonde, portée par des initiatives comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Mais ils ont souligné qu’un déficit persistant en matière de connectivité freine le potentiel d’intégration et limite les bénéfices attendus de cette dynamique.

Moins de 17 % des échanges commerciaux africains ont lieu entre pays du continent, un chiffre révélateur des obstacles logistiques et infrastructurels qui entravent le commerce intra-africain. Les coûts de transport figurent parmi les plus élevés au monde, pénalisant la compétitivité des entreprises et freinant la croissance.

Des défis multiples à relever

Le déficit de connectivité se manifeste dans plusieurs secteurs stratégiques.

Sur le plan des infrastructures physiques, routes, chemins de fer, ports et aéroports modernes demeurent insuffisants, limitant la fluidité des échanges. Seuls sept pays africains sont reliés par des lignes ferroviaires transfrontalières opérationnelles, une fragilité qui fragmente les marchés.

Dans le domaine énergétique, plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Les réseaux nationaux, faiblement interconnectés, réduisent la sécurité énergétique et ralentissent l’industrialisation. Pourtant, le continent dispose d’un potentiel considérable, notamment dans les énergies renouvelables, offrant l’opportunité de bâtir une intégration énergétique durable.

Enfin, le fossé numérique demeure préoccupant. Selon l’Union internationale des télécommunications, seulement 38 % des Africains étaient connectés à Internet en 2024, contre une moyenne mondiale de 68 %. Cette fracture digitale creuse les inégalités, prive la jeunesse d’opportunités d’innovation, d’éducation et d’emploi, et ralentit la transformation numérique des économies.

Bourita : « Il n’y aura pas d’intégration sans connectivité »

Présidant la rencontre, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a réaffirmé l’engagement du Royaume pour le développement de la connectivité africaine. Dans son intervention, il a décrit la connectivité comme un « moteur indispensable » de l’intégration des marchés africains, mais aussi comme un « instrument de souveraineté, de paix et d’unité pour le continent ».

« Si l’Afrique ne manque pas de potentiel, elle manque de connexions », a-t-il déclaré, déplorant que les ambitions africaines demeurent en deçà des objectifs fixés collectivement. Selon lui, relier routes, réseaux électriques, ports, corridors logistiques et fibres numériques est la condition pour créer un marché continental dynamique, stimuler l’innovation et asseoir une croissance durable.

Nasser Bourita a rappelé que le Maroc a investi massivement dans des infrastructures de classe mondiale au service d’une ambition africaine. Tanger-Med, premier port à conteneurs du continent, illustre cette stratégie, aux côtés des projets structurants tels que Nador West-Med, le futur port Dakhla-Atlantique, le réseau ferroviaire à grande vitesse ou encore les interconnexions électriques et numériques.

Ces acquis, a-t-il souligné, s’inscrivent dans une vision panafricaine. Ils visent à relier le Maroc à son environnement continental et à soutenir des initiatives comme le gazoduc Afrique-Atlantique ou l’Initiative Royale pour faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique. Le Processus des États africains riverains de l’Atlantique, lancé par le Royaume et fédérant aujourd’hui 23 pays, reflète cette même volonté de bâtir une façade atlantique africaine fondée sur la sécurité, la stabilité et la prospérité partagées.

Une mobilisation continentale

La participation de ministres africains et de responsables internationaux à ce Side-Event témoigne d’un intérêt croissant pour cette question stratégique. Tous ont insisté sur l’urgence de combler les retards afin de tirer parti du potentiel de la ZLECAf et de faire de la connectivité un levier d’inclusion et de compétitivité.

Pour le Maroc, ce plaidoyer s’inscrit dans une conviction : l’avenir du continent dépend de sa capacité à s’interconnecter, à mutualiser ses ressources et à bâtir des infrastructures régionales solides. Le Royaume entend y jouer un rôle moteur, en capitalisant sur ses réalisations et en partageant son expérience avec ses partenaires africains.

lire aussi