Royaume-Uni : Le gouvernement à l’épreuve de la crise migratoire

Royaume-Uni : Le gouvernement à l’épreuve de la crise migratoire

Un manifestant porte un maquillage représentant la croix de Saint-Georges, jadis portée par les Croisés. Les marches à Londres portent aussi bien sur la ‘’liberté d’expression’’ que sur le premier ministre travailliste, Keir Starmer, appelé à démissionner. Mais l’immigration illégale restait au premier plan de ce rassemblement. (Photo de CARLOS JASSO / AFP)

1
Partager :

Par Soundousse Benaboud - MAP

 

La crise migratoire secoue le Royaume-Uni, mettant le gouvernement de Keir Starmer sous pression alors que les arrivées de migrants atteignent des records. La nomination de Shabana Mahmood au ministère de l’Intérieur s’accompagne d’une montée des tensions politiques et sociales, exacerbées par la progression fulgurante de l’extrême droite et par des manifestations massives à Londres.

Londres - Le Royaume-Uni ne cesse d’enregistrer des arrivées record de migrants clandestins, qui traversent la Manche pour atteindre les côtes anglaises sur de petites embarcations. Une situation qui met le gouvernement sous une énorme pression. La semaine dernière, quand le Premier ministre Keir Starmer a nommé Shabana Mahmood au poste de ministre de l’Intérieur, en charge entre autres du dossier de l’immigration, plus de 1.000 migrants ont réussi à fouler le sol britannique. Il s’agit d’un record après les 1.195 qui sont entrés en Grande-Bretagne le 31 mai dernier.

 Le défi est de taille pour la nouvelle titulaire du portefeuille du Home Office qui succède à Yvette Cooper, nommée au Foreign Office. Mme Mahmoud, qui occupait le poste de ministre de la Justice, hérite d’un dossier brûlant, devenu source de tension sociale dans un contexte de ralentissement économique alarmant. Depuis son retour au pouvoir en 2024, après quatorze années dans l’opposition, le Labour multiplie les initiatives pour contenir les flux migratoires. La semaine dernière, il a menacé de suspendre les visas pour les pays refusant le retour de leurs ressortissants en situation irrégulière en Grande-Bretagne. La ministre de l’Intérieur parle d’un grave phénomène. "Ces traversées sont totalement inacceptables et les passeurs sans scrupule qui les organisent causent des ravages à nos frontières", a-t-elle averti, rappelant que toute personne, arrivant illégalement pourra être expulsée conformément aux accords en vigueur. Ces traversées ont déjà coûté la vie à plusieurs migrants ces dernières semaines, dont des enfants, une tragédie qui rappelle les dangers mortels auxquels s’exposent les migrants et l’urgence de mesures de prévention renforcées.

Sur le plan politique, Reform UK, le parti d’extrême droite a fait de l’anti-immigration, son cheval de bataille. Une stratégie qui a valu à la formation de Nigel Farage une montée fulgurante dans les sondages d’opinion. Un récent sondage d’Ipsos crédite Reform UK de 34% des intentions de vote, un score qui le place en tête de toutes les formations, reléguant le Labour au deuxième rang avec 25%. Les conservateurs, accusés par leurs rivaux travaillistes de tous les maux dont souffre le pays actuellement, sont troisièmes avec 15% seulement. La progression de Reform UK est particulièrement remarquée dans les circonscriptions exposées aux flux migratoires, confirmant l’impact central de ce dossier sur le paysage politique britannique. Les discours de Reform sont de plus en plus présents dans le débat public et médiatique, accentuant le clivage sur les questions migratoires et influençant l’opinion publique dans certaines régions sensibles du pays.

Cet impact a été palpable samedi. Les rues du centre de Londres ont été envahies par des dizaines de milliers de Britanniques, venus protester, à l’appel de l’extrême droite, contre l’immigration. La mobilisation était tellement large qu’elle envoyé des ondes de choc non seulement en Grande-Bretagne mais à travers le continent européen. Arborant les drapeaux du Royaume-Uni et ceux des quatre pays qui le composent, les manifestants scandaient des slogans réclamant la fin des traversées clandestines et l’expulsion des demandeurs d’asile. Une contre-manifestation de défenseurs des droits de l’homme a été organisée simultanément, dénonçant la montée du discours xénophobe, illustrant la polarisation de la société britannique autour de la question migratoire

lire aussi