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Sénégal : Une ancienne ministre écrouée dans l’affaire du fonds anti-Covid, d’autres risquent de suivre
L’ancienne ministre des Mines et de la Géologie, Aïssatou Sophie Gladima
L’ancienne ministre des Mines et de la Géologie, Aïssatou Sophie Gladima, a été incarcérée dans le cadre d’une vaste enquête sur la gestion du fonds d’aide Covid-19. Elle devient la première ancienne ministre de l’ère Macky Sall à être placée sous mandat de dépôt par la Haute Cour de justice, dans une affaire qui ébranle la classe politique sénégalaise.
Par Hassan Zakariaa (avec MAP)
Une incarcération emblématique
Mercredi à Dakar, l’ancienne ministre sénégalaise des Mines et de la Géologie, Aïssatou Sophie Gladima, a été placée sous mandat de dépôt par la Haute Cour de justice. Cette décision judiciaire intervient après sa comparution dans une affaire de détournement présumé de deniers publics, en lien avec la gestion du fonds spécial anti-Covid mis en place pendant la pandémie.
Selon les médias locaux, l’affaire porte sur un montant d’un milliard de francs CFA, qui aurait été mal utilisé sous sa tutelle. Cette somme relevait du budget du ministère qu’elle dirigeait dans le cadre du fonds Force Covid-19, créé pour amortir les effets socio-économiques de la crise sanitaire.
Son directeur de l’administration générale et de l’équipement, Alassane Diallo, a également été interrogé dans le cadre de la même procédure, indiquant que l’enquête pourrait s’étendre à d’autres cadres administratifs.
Une série d’inculpations dans le sillage du rapport de la Cour des comptes
L’affaire s’inscrit dans un vaste processus judiciaire lancé après la publication du rapport d’audit de la Cour des comptes en décembre 2022. Ce rapport accablant avait révélé de nombreuses ‘’irrégularités’’ dans la gestion des fonds alloués à la lutte contre le Covid-19 : ‘’surfacturations, absences de pièces justificatives, gestion opaque, etc’’.
Sur la base de ces observations, cinq anciens ministres ont été mis en accusation le 8 mai dernier par l’Assemblée nationale sénégalaise, avant d’être renvoyés devant la Haute Cour de justice, une juridiction compétente pour juger les membres de l’exécutif.
Outre Mme Gladima, plusieurs autres anciens membres du gouvernement ont déjà été entendus ou placés sous surveillance judiciaire :
Ndèye Sali Diop, ex-ministre de la Femme et de la Famille, a été placée sous contrôle judiciaire lundi, après avoir versé une caution de 57 millions de francs CFA. Ismaila Madior Fall, ancien ministre de la Justice, a été inculpé mardi et assigné à domicile sous bracelet électronique, dans une affaire distincte mais liée à des soupçons de corruption et de détournement.
Une tempête judiciaire aux allures de symbole
Aïssatou Sophie Gladima est ainsi la première personnalité de l’ancien gouvernement à être placée en détention dans le cadre de cette opération judiciaire. Ce tournant marque un signal fort envoyé par les autorités judiciaires, dans un pays où l’impunité supposée des élites a souvent nourri la défiance de l’opinion publique.
Le fonds Force Covid-19, doté de 1.000 milliards de francs CFA, avait été lancé en 2020 par l’État du Sénégal pour soutenir les ménages, entreprises et secteurs vulnérables pendant le confinement. Mais les soupçons de mauvaise gestion, d’enrichissement illégal et de favoritisme sont venus ternir cette initiative saluée à l’origine comme salutaire.
Ces derniers jours, plusieurs personnalités publiques, dont des artistes, des animateurs et des hauts fonctionnaires, ont été entendus dans le cadre de la même affaire, montrant l’ampleur de l’investigation.
Une justice sous pression, un pouvoir sous observation
Un peu plus d’une année après l’élection de Bassirou Diomaye Faye président du Sénégal (mars 2024), l’atmosphère politique reste marquée par une volonté de rupture, les nouvelles autorités sénégalaises étant attendues au tournant. L’opération judiciaire en cours est perçue par beaucoup comme un test de crédibilité pour l’indépendance de la justice, et une opportunité pour restaurer la confiance citoyenne dans les institutions, tandis que du côté de l’opposition on y voit une chasse aux sorcières.
Si la procédure judiciaire suit son cours, elle pourrait déboucher sur des condamnations inédites pour des anciens membres de l’exécutif. Une situation sans précédent dans l’histoire récente du Sénégal, qui pourrait faire jurisprudence en matière de redevabilité publique.