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(Y)our Mother de Samira El Mouzghibati, un regard intime, récompensé à Amman
Le documentaire (Y)our Mother n’est pas un simple film, mais un processus de réparation. Samira El Mouzghibati y explore une faille intime : la fracture entre ses sœurs et leur mère, reléguée dans le silence après un drame familial.
Le documentaire marocain (Y)our Mother, de Samira El Mouzghibati, a été couronné Meilleur long métrage documentaire arabe lors du Festival international du film d’Amman. Dans cette œuvre personnelle et sensible, la réalisatrice interroge la mémoire familiale et les silences d’une génération, révélant un pan douloureux de l’histoire intime à travers l’objectif de sa caméra. Une consécration émouvante pour un film qui conjugue pudeur et vérité, au cœur d’une édition riche en regards engagés.
Un récit de rupture et de réconciliation
Le documentaire (Y)our Mother n’est pas un simple film, mais un processus de réparation. Samira El Mouzghibati y explore une faille intime : la fracture entre ses sœurs et leur mère, reléguée dans le silence après un drame familial. L’abandon des mots – passer de "notre mère" à "ta mère" – devient la métaphore d’une exclusion sourde. En réunissant sa famille devant la caméra, la réalisatrice propose non pas un jugement, mais un espace d’écoute.
La caméra devient témoin de l’indicible, et la parole, longtemps étouffée, tente une percée. Pour la première fois, leur mère prend le temps de raconter sa propre version des faits. Le film navigue entre douleur contenue et tentative de réappropriation affective. Ce n’est pas seulement un portrait, c’est une quête de vérité et de dignité.
Une réalisatrice au parcours européen et méditerranéen
Née en Belgique, Samira El Mouzghibati incarne cette génération binationale qui pense le monde en mosaïque. Formée à l’INSAS à Bruxelles, elle s’est spécialisée dans le montage et l’écriture, avant de multiplier les collaborations dans des villes où les identités s’enchevêtrent : Genève, Marrakech, Marseille, Bruxelles. Sa sensibilité est façonnée par cet entre-deux, à la fois européen et maghrébin, fictionnel et documentaire.
Avec (Y)our Mother, elle signe une œuvre d’auteur, portée par un regard féminin lucide, à la croisée du cinéma familial et du documentaire d’investigation intérieure.
Une édition entre récits personnels et regards engagés
La 6e édition du Festival international du film d’Amman-Awal Film a mis à l’honneur les premières œuvres, plaçant la caméra au service des récits non scénarisés. Outre le prix attribué à Samira El Mouzghibati, le film tunisien Les enfants rouges de Lotfi Achour a remporté le prestigieux Grand Prix Black Iris du meilleur long métrage de fiction.
To a Land Unknown du réalisateur dano-palestinien Mahdi Fleifel a su séduire le jury et le public, tandis que Simsim a valu à Saja Kilani le prix de la meilleure interprétation féminine.
Les films courts ont également trouvé leur place, avec Un jour ordinaire de la Syrienne Racha Chahine, et Les derniers jours d’été du Liban. Dans la section internationale, les œuvres venues des États-Unis, de Suisse et de République tchèque ont également été distinguées.