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Cinéma, mon amour de Driss Chouika : SALAM BOMBAY !, UN FILM NÉORÉALISTE D‘UNE AUTHENTICITÉ FRAPPANTE
Capture d’écran - Lorsque Salaam Bombay ! est présenté pour la première fois au Festival de Cannes en 1988, il crée l'événement. Premier long-métrage de fiction de Mira Nair, alors connue pour ses documentaires, le film devient un véritable phénomène. Bien plus qu'un simple succès critique, « Salaam Bombay! » devient vite une expérience cinématographique qui marque un tournant dans la représentation de l'Inde à l'écran
Avec Salaam Bombay !, Mira Nair, mère de l’actuel maire de New York, signe en 1988 un film-manifeste qui bouleverse la représentation de l’Inde à l’écran. Entre documentaire et fiction, son regard s’attache au quotidien des enfants des rues de Bombay, avec une authenticité frappante et une mise en scène nourrie de néoréalisme. Driss Chouika revient ici sur cette œuvre fondatrice qui a ouvert une brèche dans le cinéma mondial et demeure, près de quarante ans plus tard, un repère esthétique et social majeur.

Driss Chouika
« La vérité est plus étrange que la fiction. La vie est vraiment un endroit surprenant ».
Mira Nair.
Une coproduction britannico-franco-indienne, sorti en 1988, Caméra d’Or au Festival de Cannes 1988, Prix New Generation Award à Los Angeles Meilleur film en langue étrangère à Los Angeles Films Critics Association, 2ème film indien à être nommé à l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère dans l’histoire du cinéma indien, “Salaam Bombay !“ de la réalisatrice Mira Nair, mère du nouveau maire de New York, a constitué un événement cinématigraphique d’une grande portée mondiale, qui avait offert une nouvelle vision de l’Inde peu connue des Occidentaux, d’un réalisme saisissant, abordant abordant le quotidien des enfants de la rue à Bombay, faite de drogue, prostitution et proxéténisme. A Propos de sa démarche de réalisation de ce film, Mira Nair reconnaît que « La vérité est plus étrange que la fiction. La vie est vraiment un endroit surprenant », ajoutant que « Chaque film est un acte politique ; c'est votre façon de voir le monde ».
Le film raconte l’histoire d’un un garçon d'une dizaine d'années, employé comme homme à tout faire dans un cirque itinérant. Après avoir été abandonné par le cirque, il se rend à Bombay avec pour seul objectif de gagner 500 roupies qu’il doit rembourser à sa mère. Dès son arrivée, il est dépouillé de ses maigres possessions et se retrouve plongé dans le bourdonnement incessant de la ville. Il trouve un emploi de livreur de thé dans une échoppe, ce qui lui vaut le surnom de « Chaipau » (porteur de thé), un symbole puissant de l'effacement de son identité au profit d'une fonction.
UN NÉORÉALISME D’UNE AUTHENTICITÉ FRAPPANTE
Lorsque Salaam Bombay ! est présenté pour la première fois au Festival de Cannes en 1988, il crée l'événement. Premier long-métrage de fiction de Mira Nair, alors connue pour ses documentaires, le film devient un véritable phénomène. Bien plus qu'un simple succès critique, « Salaam Bombay! » devient vite une expérience cinématographique qui marque un tournant dans la représentation de l'Inde à l'écran. Avec une démarche néoréaliste, loin des fastes de Bollywood, Nair plonge son objectif dans le quartier rouge de Kamathipura à Bombay pour raconter l'histoire des enfants des rues avec une authenticité frappante par sa justesse et son absence de misérabilisme. Ce film dresse le portrait d'une enfance volée, mais aussi d'une incroyable résilience. Près de quatre décennies plus tard, il reste une œuvre phare, dont la puissance narrative et l'impact social continuent de résonner.
Un film-manifeste, entre documentaire et fiction, l'inspiration du film paraît être née de l'observation directe des faits de la rue. Alors qu'elle tournait un documentaire en 1984, Mira Nair a été frappée par le sort des jeunes garçons travaillant dans les échoppes à thé de Bombay. « Leur physicalité, leurs visages et leurs corps étaient comme une carte du voyage qu'ils avaient dû entreprendre pour venir à Bombay », avait-elle confié. Cette immersion dans le monde des marginaux a convaincu la réalisatrice de la nécessité de raconter leur histoire. Ainsi, avec la scénariste Sooni Taraporevala, Nair a choisi une approche radicale : caster les acteurs parmi les enfants des rues. Pendant des mois, elles ont mené un travail de recherche et organisé un atelier avec une centaine d'enfants, sous la supervision d'une psychologue. De cette méthode est née une distribution où la frontière entre l'acteur et le personnage devient poreuse. Shafiq Syed, qui incarne le protagoniste Krishna, est lui-même un jeune garçon ayant fui son foyer pour Bombay.
L'approche de Mira Nair dans ce film semble tirée de l’héritage direct du néo-réalisme italien et du cinéma-vérité. Le film utilise la fiction pour ouvrir une fenêtre sur la réalité avec tous ses rythmes authentiques. Tourné dans un grand nombre de lieux différents, principalement dans un quartier populaire de Bombay, le film pulse d'une énergie organique. Le directeur de la photographie capture des images saturées de couleurs qui, loin d'embellir la pauvreté, en restituent la texture et la vitalité chaotique. L'utilisation des bruits diégétiques – le vacarme constant de la circulation, les appels des marchands, la cacophonie de la ville – est aussi un personnage à part entière, ancrant constamment le récit dans un lieu tangible. La caméra n'hésite pas à garder ses distances, filmant parfois les scènes en plan large, comme pour respecter l'intimité des personnages et laisser le spectateur dans la position d'un témoin. Cette esthétique est au service de la performance remarquable des enfants, dont le jeu d'une naturalité confondante donne l'impression de regarder un documentaire.
Le film se distingue également par son refus de tout manichéisme. Les personnages ne sont ni entièrement bons ni entièrement mauvais ; ils sont complexes, produits et victimes de leur environnement. Et, au-delà de son réalisme brut, « Salaam Bombay! » est porteur d'une riche symbolique. La force de son symbolisme représente une dénonciation sociale en filigrane.
FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE MIRA NAIR (LM)
« Salaam Bombay » (1981) ; « Mississippi Masala » (1991) ; « La famille Perez » (1995) ; « Kama Sutra » (1996) ; « Le Mariage des moussons » (2001) ; « Vanity Fair » (2004) ; « Un nom pour un autre » (2006) ; « Amelia » (2009) ; « L'Intégriste malgré lui » (2013) ; « La Dame de Katwe » (2016).