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Secrétaire d’État du Vatican, le Cardinal Pietro Parolin, diplomate de la paix, rejoint l’Académie du Royaume
Dans le cadre prestigieux de l'Académie du Royaume du Maroc, une cérémonie d'investiture a réuni deux figures du dialogue interreligieux et culturel, devant la splendeur d'une fontaine aux mosaïques andalouses, un haut représentant du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du pape Léon XIV et Abdeljelil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc
Rabat -L’Académie du Royaume du Maroc a vécu, mardi à Rabat, un rare moment solennel avec l’investiture du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du pape Léon XIV, en qualité de membre d’honneur. Cette cérémonie solennelle est revenue sur cinquante années de relations diplomatiques entre le Maroc et le Saint-Siège, ainsi que leur engagement commun en faveur du dialogue, de la paix et de la fraternité humaine. Présidée par André Azoulay, conseiller du Roi Mohammed VI et membre de l’Académie, la cérémonie a réuni académiciens, diplomates et personnalités de premier plan. Le secrétaire perpétuel de l’Académie, Abdeljalil Lahjomri, a salué le parcours du cardinal Parolin, figure majeure de la diplomatie vaticane, dont l’action est guidée par la recherche de la paix et le respect de valeurs universelles transcendant les frontières et les époques. L’investiture a ainsi donné lieu à une réflexion de fond sur la paix, le dialogue interreligieux et les relations exemplaires entre le Royaume du Maroc et le Saint-Siège. À travers l’hommage au parcours du secrétaire d’État du pape Léon XIV, Abdeljalil Lahjomri a évoqué la visite historique du pape François au Maroc en 2019, marquée par la signature de l’Appel d’Al-Qods avec le Roi Mohammed VI, ce texte demeurant une référence en faveur de la préservation de Jérusalem comme espace de coexistence, de respect mutuel et de rencontre entre les religions monothéistes.
Cinquante ans de relations diplomatiques exemplaires – Par Abdeljelil Lahjomri

Le secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, Abdeljalil Lahjomri
Une vocation partagée
Accueillir aujourd’hui Son Éminence le cardinal Pietro Parolin comme membre de l’Académie du Royaume du Maroc dépasse le simple cadre des honneurs protocolaires. C’est recevoir parmi nous une personnalité qui, depuis plus d’une décennie, se trouve au cœur des grands équilibres du monde et qui porte, dans l’exercice quotidien de ses responsabilités, une conviction devenue rare : celle selon laquelle la paix est à portée de main dès lors que les peuples acceptent encore de se parler.
Notre Académie est particulièrement heureuse de vous accueillir, car votre présence nous conduit aussi à revisiter une histoire qui nous est chère comme on feuillette les pages d’un précieux album.
En vous recevant aujourd’hui, nous nous souvenons de celui qui vous précéda dans notre Compagnie : le cardinal Bernardin Gantin. Cet immense serviteur de l’Église universelle, fils du Bénin, occupa de hautes fonctions à la Curie romaine. Il fut Préfet de la Congrégation pour les Évêques (1984-1998) et il repose désormais au Grand Séminaire Saint-Gall de Ouidah, où il fut lui-même enseignant. Lors de son investiture à l’Académie du Royaume, il évoqua avec émotion la mémoire du regretté Norbert Calmels, artisan discret, mais décisif du rapprochement entre le Maroc et le Saint-Siège.
Ainsi les générations se répondent. Les responsabilités peuvent changer de visage, quand les exigences de paix et de dialogue, elles, demeurent identiques.
Votre parcours est celui d’un diplomate, mais il est d’abord celui d’un homme de fidélité.
À l’occasion du 325e anniversaire de l’Académie pontificale ecclésiastique, vous rappeliez en avril dernier (dans le magazine Vatican News) que cette institution tricentenaire ne forme pas seulement des diplomates, mais “des serviteurs du discernement, du dialogue et de la paix”. Vous souligniez que les défis contemporains exigent des hommes capables de comprendre les transformations du monde, d’écouter les sociétés, de dialoguer avec les cultures et de contribuer à l’édification d’un ordre international fondé sur la justice, le droit et la dignité humaine.
Cette vision rejoint profondément la vocation de notre Académie.
Car penser le monde ne consiste pas seulement à observer ses fractures ; c’est rechercher les conditions de leur règlement, de leur discret dépassement.
À une époque où l’urgence tend à remplacer la réflexion, où le vacarme des armes prétend parfois se substituer à la force des arguments, où les technologies les plus sophistiquées côtoient les formes les plus anciennes de la violence humaine, où les anciennes conflictualités côtoient de nouvelles menaces, votre présence parmi nous rappelle que la diplomatie est un solide axe, un atout, une pédagogie de la paix.
La Livre en commun
Vous appartenez ainsi à cette tradition de serviteurs de l’universel qui savent que les crises du monde ne sont jamais éternelles et que les civilisations ne survivent que lorsqu’elles préservent les ponts visibles et indestructibles qui relient les êtres humains, maintiennent les circulations à l’abri des cataclysmes.
Depuis Rabat, Capitale mondiale du Livre, cette présence prend une résonance particulière.
Le Livre est mémoire. Le Livre est transmission. Le Livre est aussi responsabilité.
Or les grandes traditions spirituelles de l’humanité nous enseignent que toute civilisation durable repose sur une exigence morale antérieure à la puissance.
Derrière l’action diplomatique que vous conduisez, derrière les médiations que vous accompagnez, derrière les efforts constants en faveur de la paix, se manifeste cette référence fondamentale à une loi morale qui transcende les frontières, les statuts et les époques.
Permettez-moi de le dire ainsi : nous recevons aujourd’hui un homme dont l’action s’inscrit dans l’héritage des Dix Commandements.
Non comme affirmation exclusive d’une tradition particulière, mais comme rappel de principes universels qui continuent d’éclairer la conscience humaine : le respect de la vie, la dignité de la personne, la vérité, la justice, la fidélité à la parole donnée, le refus de l’appropriation de ce qui appartient à autrui, l’acceptation de faire le don de soi.
Dans un monde où les performances technologiques atteignent des sommets inédits, ces exigences demeurent d’une actualité saisissante. Car aucune innovation ne dispense de la responsabilité morale ; aucune puissance ne peut durablement remplacer la conscience.
Cette conviction éclaire également les relations exemplaires qui unissent le Royaume du Maroc et le Saint-Siège.
La dialogue, de la visite de Jean-Paul II à ce jour
Qu’il me soit aussi permis de noter, par les hasards de l’histoire, que cette cérémonie qui se tient en cette année 2026 marque le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux États. Relations qui font partie de l’histoire méditerranéenne où les cultures et les spiritualités n’ont jamais cessé de chercher les chemins de la rencontre. Cette commémoration célébrée à Rome en 2026 a marqué l’aboutissement d’un demi-siècle de dialogue singulier.
Il s’agit alors, à travers cette histoire, de se remémorer des moments qui ont marqué les consciences comme les Etats. Je pense naturellement à la visite historique de Sa Sainteté Jean-Paul II à Casablanca, le 19 août 1985. Devant près de quatre-vingt mille jeunes Marocains réunis au stade, le Pape prononça l’un des discours fondateurs du dialogue islamo-chrétien contemporain. Il déclara :
« Je rencontre souvent des jeunes, en général des catholiques. C’est la première fois que je me trouve avec des jeunes musulmans. Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes. Nous vivons dans le même monde, marqué par de nombreux signes d’espérance, mais aussi par de multiples signes d’angoisse. Abraham est pour nous un même modèle de foi en Dieu, de soumission à sa volonté et de confiance en sa bonté. Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection ».
Cette affirmation, déjà considérable, était accompagnée d’une autre qui demeure aujourd’hui d’une force remarquable :
« Le respect et le dialogue exigent la réciprocité dans tous les domaines, surtout en ce qui concerne les libertés fondamentales et plus particulièrement la liberté religieuse. Ils favorisent la paix et l’entente entre les peuples ».
Puis il adressa aux jeunes un appel dont la portée dépasse largement les circonstances de l’époque :
« Dieu ne veut pas que les hommes restent passifs. Il leur a confié la terre pour qu’ils la maîtrisent, la cultivent et la fassent fructifier ensemble. Vous êtes responsables du monde de demain ». »
Ces paroles continuent de nous accompagner. Elles rappellent que les religions, lorsqu’elles demeurent fidèles à leur vocation première, ne sont pas des facteurs de division, elles sont des écoles de responsabilité.
Cette même intuition inspira la visite du pape François à Rabat en 2019.
Accueilli par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, dont la légitimité spirituelle s’enracine dans la tradition chérifienne tout en trouvant son expression institutionnelle dans la Constitution du Royaume, le Pape François vint prolonger cette œuvre de dialogue.
La Déclaration de Jérusalem, signée à cette occasion à Rabat le 30 mars 2019 par Sa Majesté le Roi du Maroc et par le Pape François, rappela au monde que les lieux saints doivent demeurer des espaces de rencontre, de respect mutuel et d’espérance partagée : (je cite) : “Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.
Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multireligieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.
Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».
La dialogue une nécessité pour la paix
Vous êtes l’un des artisans de cette continuité. Votre action au service du Saint-Siège, de l’Amérique latine au Moyen-Orient, de l’Afrique à l’Europe orientale, sur le terrain spirituel comme sur celui de l’arrêt de la prolifération nucléaire, témoigne d’une même fidélité : aucune paix durable ne peut être fondée ni sur l’humiliation de l’autre, et encore moins sur la course vers l’abîme.
Cette profonde conviction rejoint celle qui anime notre Académie.
En 2017, lors de la Journée d’études organisée avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux autour du thème « Croyants et citoyens dans un monde qui change », je me souviens que nous avions réuni dans ces lieux le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde, le professeur Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita Mohammadia des Oulémas, Patrick Valdrini, professeur à l’Université pontificale du Latran, ainsi que le professeur Mohamed Sghir Janjar, directeur de la Fondation du Roi Abdul Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines, membre de notre académie.
Tous avaient rappelé une évidence que notre époque tend parfois à oublier : le dialogue entre musulmans et chrétiens n’est pas facultatif. Il constitue une nécessité pour la paix civile, pour la stabilité des sociétés et pour la concorde entre les peuples.
Aujourd’hui, cependant, de nouvelles questions se présentent à nous.
Les conflits anciens tardent à s’estomper. Les radicalités persistent. De Nouvelles mésententes affleurent même dans les stades, autour ou en dehors. L’inventivité humaine, déployant son génie, met en œuvre l’arrêt des pandémies. Néanmoins, sous nos yeux, les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle ouvrent un autre champ d’interrogation : celui de la préservation de l’humain lui-même.
Préserver la dignité humaine à l’ère technologique
Notre Académie a consacré sa cinquante-et-unième session à ces enjeux. Nous partageons avec le Saint-Siège une même préoccupation : les technologies doivent demeurer au service de la personne humaine, un « assistant », selon la formule de notre confrère François-Xavier Fauvelle, Professeur au Collège de France. Nous pouvons déléguer aux machines des tâches de calcul, d’analyse ou d’assistance ; nous ne pouvons leur abandonner ni le discernement moral ni la responsabilité ultime du bien commun.
Le pape Léon XIV, dans son encyclique “Magnifica humanitas” sur les multimédia, rendue publique le 25 mai dernier et portant sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’Intelligence Artificielle, y réclame que l’humain soit au centre et non à la marge. Son introduction est instructive : « La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque : faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste ». Il critique les “algorithmes opaques” aux mains de manufactures privées et qui, gouvernées par une science sans conscience, accélèreraient de “Nouvelles formes de déshumanisation”.
La question demeure donc la même qu’hier : comment préserver l’homme au cœur de ses propres créations ?
C’est à cette interrogation fondamentale que l’encyclique papale du 25 mai et votre présence parmi nous apportent une réponse.
Par votre propre parcours, vous nous rappelez que la dignité humaine demeure la mesure ultime de toute politique, de toute diplomatie et de tout progrès.
C’est pourquoi votre investiture au sein de notre Académie possède et procède d’une signification qui dépasse un statut, un ordre, une vocation.
En vous accueillant aujourd’hui, nous accueillons une personnalité des plus imminente. Nous recevons l’incarnation d’une idée précise de l’humanité : une humanité qui préfère le dialogue à l’affrontement, la médiation à la rupture, la sagesse à la précipitation et la fraternité à l’exclusion.
Au nom de tous les membres de l’Académie du Royaume du Maroc, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue parmi nous.
Que votre présence enrichisse nos travaux, que votre engagement dans la consolidation de la paix continue d'inspirer davantage nos contemporains. Ils comprendront alors que la recherche de l’harmonie entre les hommes, entre les nations et avec l'immensité de la Création constitue peut-être la plus haute forme d'intelligence à laquelle l'humanité puisse prétendre : une intelligence à la fois politique, scientifique, culturelle, intellectuelle, artistique et spirituelle.