Cinéma, mon amour de Driss Chouika: ROBERT REDFORD UNE QUÊTE CONSTANTE DE SENS ET D'AUTHENTICITÉ

Cinéma, mon amour de Driss Chouika: ROBERT REDFORD UNE QUÊTE CONSTANTE DE SENS ET D'AUTHENTICITÉ

Paul Newman (assis), Katharine Ross et Robert Redford dans Butch Cassidy et le Sundance Kid (1969), réalisé par George Roy Hill.

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Robert Redford, disparu le 16 septembre 2025, laisse derrière lui l’image d’une légende de Hollywood mais aussi d’un infatigable défenseur du cinéma indépendant. Acteur iconique et réalisateur sensible, il a marqué l’histoire du septième art par une filmographie qui mêle, explique Driss Chouika, glamour, profondeur psychologique et engagement citoyen.

Par Driss Chouika

« En tant que réalisateur, je ne m'aimerais pas en tant qu'acteur. En tant qu'acteur, je ne m'aimerais pas en tant que réalisateur ». Robert Redford.

Le 16 septembre 2025, le monde du cinéma perd Robert Redford, comédien et réalisateur américain disparu à l’âge de 89 ans. Son parcours incarne parfaitement l’évolution du cinéma américain, entre les blockbusters hollywoodiens et les productions indépendantes. Redford, c’est d’abord une photogénie légendaire : blondeur saisissante, regard clair et perçant, flegme à toute épreuve. Mais au-delà de l’image, son héritage réside dans son engagement pour un cinéma humaniste et politiquement conscient des enjeux de l’humanité, ainsi que dans sa conception originale du cinéma indépendant, mise en pratique à travers la création de l’Institut et du Festival de Sundance. Son parcours, marqué par des succès populaires et des choix artistiques audacieux, révèle une quête constante de sens et d’authenticité.

Après des débuts prometteurs, il a assez vite atteint une consécration internationale, devenant l’une des icônes aux multiples facettes du cinéma international. Il a débuté au théâtre à Broadway dans les années 1950 avant de percer au cinéma avec War Hunt (1962) de Denis Sanders. Mais, c’est son rôle dans « Butch Cassidy and the Kid » (1969) aux côtés de Paul Newman qui le propulse au rang de star internationale. Ce film, représentant un moment d’une grande intensité dans l’histoire du cinéma américain, a forgé son image d’aventurier séduisant et scellé sa grande amitié avec Newman. Dans les années 1970, il enchaîne les succès à la fois critiques et commerciaux : « L’arnaque » de George Roy Hill, où son jeu lui vaut une première nomination aux Oscars, « Nos plus belles années » de Sydney Pollack, aux côtés de Barbra Streisand, et « Les hommes du Président » de Alan J. Pakula, thriller politique salué pour son portrait de la presse comme rempart de la démocratie. Ces films ont su exploiter son charisme tout en explorant des thèmes sociopolitiques, comme la corruption (« Le candidat » de Michael Ritchie) ou la paranoïa post-Watergate « Les trois jours du condor » de Sydney Pollack.

UNE QUÊTE CONSTANTE DE SENS ET D'AUTHENTICITÉ

Redford a toujours choisi des rôles reflétant ses convictions. Il a tenu à respecter un strict engagement pour un cinéma indépendant, dans une constante quête de sens et d'authenticité. Dans « Les hommes du Président », il incarne le journaliste Bob Woodward, symbolisant le pouvoir de la presse face aux abus politiques. « Des lions pour des agneaux », qu’il réalise et interprète, questionne l’engagement militaire en Afghanistan et les dilemmes moraux de la guerre contre le terrorisme. Même dans des films grand public comme « Captain America: The Winter Soldier » de Anthony et  Joe Russo, il joue un politicien corrompu, rappelant que le pouvoir peut corrompre. Son physique de séducteur n’a jamais éclipsé sa volonté de casser cette image stéréotypée, comme en témoigne son refus de rôles dans Barry Lyndon ou Superman pour privilégier des projets plus près de son engagement et son indépendance.

Puis, à partir de 1980, sentant aussi une sensibilité de réalisateur, Redford passe à la réalisation avec « Des gens comme les autres », un drame familial sur le deuil et la culpabilité. Le film est un coup de maître : il remporte l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur film. Redford y fait des choix audacieux, comme confier le rôle d’une mère froide et distante à Mary Tyler Moore, alors symbole de la femme idéale américaine. Ce succès révèle sa sensibilité de cinéaste pour les récits intimes et les tensions psychologiques. Il poursuit avec « Et au milieu coule une rivière », ode poétique à la nature, et « Quiz Show », dénonciation des manipulations médiatiques. Sa réalisation, souvent décrite comme « chirurgicale », privilégie la sobriété et la profondeur des personnages.

Redford ne se contente pas de briller devant et derrière la caméra. Confirmant son quete et ses convictions d’indépendance, il fonde en 1981 le Sundance Institute et son festival dédié au cinéma indépendant. Cette initiative a contribué à transformer le paysage cinématographique en offrant une plateforme à des voix marginalisées. Des réalisateurs comme Steven Soderbergh, « Sex, Lies, and Videotape », ou Quentin Tarantino, « Reservoir Dogs », y ont lancé leur carrière. Pour Redford, Sundance incarne une philosophie : défendre la liberté artistique contre la standardisation hollywoodienne. Comme il le disait lui-même : « L’art n’était pas seulement une pratique, mais une manière de vivre » . Son engagement reflète une vision utopique du cinéma, où la diversité des récits prime sur les logiques commerciales.

Dans les dernières décennies de sa carrière, Redford explore des registres plus expérimentaux. « All Is Lost » de J. C. Chandor est un tour de force : il y joue un marin solitaire en lutte pour sa survie, sans presque aucun dialogue. Les critiques saluent une performance « d’une intensité rare »  et « un testament de sa capacité à capturer l’écran ». « The Old Man & the Gun »  clôt sa carrière sur une note élégante, où il incarne un braqueur charmeur, comme un clin d’œil à six décennies de cinéma. Ces films montrent un artiste toujours en quête de renouveau, capable de se réinventer constamment.

Robert Redford restera ainsi comme une figure paradoxale : icône de glamour devenue chantre du cinéma indépendant, star hollywoodienne engagée pour la diversité artistique. Son parcours illustre bien la constante tension entre le commerce et l’art, entre l' image publique et les convictions intimes.

FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE ROBERT REDFORD (LM)

En tant qu’acteur : « War Hunt » de Denis Sanders (1962) ; « La Poursuite impitoyable » de Arthur Penn (1966) ; « Butch Cassidy et le Kid » de George Roy Hill (1069) ; « Le candidat » de Michael Ritchie (1972) ; « Jeremiah Johnson » de Sydney Pollack » (1972) ; « Nos plus belles années » de Sydney Pollack (1973) ; « L’arnaque » de George Roy Hill (1973) ; « Les Trois Jours du Condor » de Sydney Pollack (1975) ; « Les Hommes du président » de Alan J. Pakula (1976) : « Un pont trop loin » de Richard Attenborough (1977) ;  « Out of Africa » de Sydney Pollack» (1985) ; « Le Petit Monde de Charlotte » de Gary Winick (2006) ; « All is Lost » de J. C. Chandor (2013) ; « Captain America: The Winter Soldier » de Antony et Joe Russo (2014) ; « Truth : Le Prix de la vérité » de James Vanderbilt (2015) ; « Nos âmes la nuit » de Ritesh Batra (2017) ; « The Old Man and the Gun » de David Lowery (2018) ;  

En tant que réalisateur : « Des gens comme les autres » (1980) ; « Et au milieu coule une rivière » (1992) ; «  Show Quiz» (1994) ;  « L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux » (1998) ; « Des lions pour des agneaux » (2007) ; « Sous surveillance » (2013).