Fès, Marrakech, Casablanca, Larache, Taounate et Azemmour : Patrimoine, création et traditions

Fès, Marrakech, Casablanca, Larache, Taounate et Azemmour : Patrimoine, création et traditions

« Souffle ancestral, mémoire vivante » de l’artiste plasticienne Loubna Benchekroun, une proposition artistique qui explore les liens entre héritage marocain, mémoire collective et transmission des symboles identitaires à travers une démarche qui associe matière, texture et transformation. L’artiste s’intéresse particulièrement à la figure de la femme marocaine et aux objets qui incarnent son histoire.

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Fès, Marrakech, Casablanca, Larache, Taounate et Azemmour au rythme d’une intense activité culturelle marquée par des expositions d’art contemporain, des festivals patrimoniaux et des rencontres dédiées à la transmission des héritages marocains. De la mémoire vestimentaire féminine aux arts de la lettre arabe, en passant par les traditions équestres des Jbala et les expressions musicales populaires, ces manifestations témoignent de la vitalité d’une scène culturelle soucieuse de préserver ses racines tout en s’ouvrant aux formes contemporaines de création.

L’art contemporain à la rencontre de la mémoire collective

À Fès, la galerie Kassimi accueille jusqu’au 24 juin l’exposition « Souffle ancestral, mémoire vivante » de l’artiste plasticienne Loubna Benchekroun. Cette proposition artistique explore les liens entre héritage marocain, mémoire collective et transmission des symboles identitaires à travers une démarche qui associe matière, texture et transformation.

L’artiste s’intéresse particulièrement à la figure de la femme marocaine et aux objets qui incarnent son histoire. Le haïk, vêtement emblématique du patrimoine féminin, occupe ainsi une place centrale dans plusieurs œuvres présentées. Sculptures et installations évoquent la transmission des traditions, la continuité des gestes et la préservation d’une mémoire familiale qui traverse les générations.

Parmi les créations exposées figurent notamment « Fillette en haïk », sculpture en aluminium consacrée à l’enfance et à l’apprentissage des codes culturels, ainsi que « Les femmes en haïk », un ensemble sculptural célébrant la place de la femme dans l’histoire sociale du Royaume. À travers cette exposition, Loubna Benchekroun affirme sa volonté de mettre en valeur la richesse du patrimoine marocain tout en soulignant l’importance de sa transmission aux générations futures.

À Marrakech, le Musée du Patrimoine Immatériel Jamaâ El Fna a inauguré sa programmation estivale avec l’exposition « Nabili : La Mémoire des Signes », consacrée à Mohamed Nabili, figure majeure de l’art moderne marocain. Organisée en partenariat avec Marsam Art Gallery, cette rétrospective met en lumière un parcours artistique marqué par une profonde réflexion sur les symboles culturels marocains.

Peintre, céramiste, graphiste et plasticien, Mohamed Nabili a développé un langage visuel original puisant dans les tatouages traditionnels, les signes amazighs, l’alphabet tifinagh et les traces laissées par la mémoire populaire. Ses œuvres montrent comment les références patrimoniales peuvent être réinterprétées à travers une esthétique contemporaine sans perdre leur force symbolique.

Quand la lettre devient matière artistique

À Casablanca, l’exposition « Au-delà des lettres » du plasticien Hachem Amzil propose une autre forme de dialogue entre patrimoine et modernité. Présentée jusqu’au 19 juin, elle invite le public à découvrir les multiples dimensions esthétiques de la lettre arabe.

Dans cette démarche inspirée de la hurufiyya contemporaine, la lettre cesse d’être un simple signe linguistique pour devenir un élément plastique autonome. Les œuvres exposées mêlent abstraction, calligraphie et recherche chromatique afin de créer un univers visuel où l’écriture se transforme en espace de contemplation.

Les toiles de Hachem Amzil explorent les rapports entre couleur, mouvement et symbole. L’artiste y développe une réflexion sur les dimensions spirituelles de la calligraphie tout en intégrant les apports des pratiques artistiques contemporaines.

Cette recherche est également nourrie par son expérience dans le domaine de l’art-thérapie. Selon lui, chaque création constitue une expérience humaine singulière capable de traduire émotions, souvenirs et questionnements intérieurs. L’exposition offre ainsi au visiteur une immersion dans un univers où héritage arabo-islamique et modernité artistique dialoguent en permanence.

Le Festival Mata, célébration d’un patrimoine vivant

Dans la province de Larache, la commune de Larbaa de Ayacha accueille la 14e édition du Festival international Mata, rendez-vous désormais incontournable du patrimoine immatériel marocain. Organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette manifestation réunit personnalités politiques, diplomates, chercheurs et acteurs culturels venus de plusieurs pays.

Le festival met à l’honneur le célèbre jeu équestre Mata, profondément enraciné dans les traditions des tribus Jbala. Héritée de pratiques ancestrales liées à la célébration du printemps, cette compétition repose sur des valeurs de courage, d’adresse, de solidarité et d’honneur.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par l’inauguration d’une vaste exposition de produits du terroir réunissant des coopératives venues des provinces du Sud, d’autres régions du Royaume ainsi que de plusieurs pays africains. L’événement offre ainsi une vitrine exceptionnelle aux savoir-faire locaux et aux échanges culturels entre le Maroc et le continent.

Cette édition se distingue également par l’organisation de la première édition du Forum « ELI Morocco 2026 », consacré aux opportunités offertes par la Vision Maroc 2030 et au renforcement des partenariats économiques et culturels avec l’Afrique. Plusieurs artistes de renom participent également à la programmation, contribuant à faire du festival un espace de rencontre entre patrimoine, création et développement.

Aïta Jabaliya et héritage ghiwani : les musiques de la mémoire

À Taounate, la 14e édition du Festival national des arts de l’Aïta Jabaliya met à l’honneur l’un des répertoires les plus emblématiques du patrimoine musical marocain. Placée sous le thème « L’Aïta Jabaliya, musique de la terre et de l’Homme », cette manifestation rend hommage aux artistes qui ont contribué à préserver et transmettre cet art ancestral.

La soirée inaugurale a réuni plusieurs formations musicales issues des régions de Jbala, notamment de Taounate, Chefchaouen, Tétouan, Larache, Ouazzane et Ksar El Kébir. Une symphonie collective a permis de mettre en lumière la richesse et la diversité des expressions musicales de cette région du nord du Royaume.

Des hommages ont été rendus à plusieurs figures marquantes de l’Aïta Jabaliya, dont Ahmed El Attar, Mehdi Sennhaji, Batoul El Hassnaoui Srifia et Bouchta El Abadi, en reconnaissance de leur contribution à la sauvegarde de ce patrimoine immatériel.

Le festival se distingue également par son ouverture aux répertoires amazigh et hassani, illustrant la volonté des organisateurs de promouvoir le dialogue entre les différentes composantes culturelles du Royaume.

À Azemmour, enfin, le Festival « Arwah Ghiwania » a clôturé sa troisième édition consacrée aux voix féminines de l’expérience ghiwanie. Les groupes « Bnat Lemchaheb » et « Tagada » ont revisité plusieurs œuvres emblématiques du répertoire ghiwani, suscitant l’adhésion d’un public nombreux.

La manifestation a également rendu hommage à Mohamed Sousdi, figure fondatrice du groupe Lemchaheb, tout en mettant en lumière le rôle essentiel joué par les femmes dans la transmission et le renouvellement de cet héritage musical. Une conférence consacrée à la présence féminine dans l’expérience ghiwanie a permis d’explorer les multiples contributions des artistes femmes à cette aventure culturelle qui continue d’inspirer de nouvelles générations.

À travers ces manifestations organisées aux quatre coins du Royaume, le Maroc confirme la place centrale qu’occupe la culture dans son développement. Entre sauvegarde des traditions, valorisation du patrimoine et encouragement à la création contemporaine, ces rendez-vous illustrent la capacité des expressions artistiques marocaines à faire dialoguer mémoire et modernité, enracinement et ouverture sur le monde.

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