Déficits jumeaux et politique économique : arbitrages difficiles pour le gouvernement marocain - Par Hamid Fayou

Déficits jumeaux et politique économique : arbitrages difficiles pour le gouvernement marocain - Par Hamid Fayou

D’un point de vue théorique, les déficits jumeaux traduisent un déséquilibre entre l’épargne nationale et l’investissement. Un déficit budgétaire élevé stimule la demande interne, ce qui peut entraîner une hausse des importations et, par conséquent, une dégradation du solde extérieur.

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Portée par des ambitions élevées en matière d’investissement public et confrontée à un environnement économique international incertain, la question des déficits jumeaux revient au cœur du débat au Maroc. Pour Hamid Fayou, l’amélioration relative des équilibres budgétaires et extérieurs et persistance de fragilités structurelles, mettent en évidence les arbitrages complexes auxquels fait face le gouvernement : soutenir la croissance, financer les priorités stratégiques et préserver la stabilité macroéconomique, tout en orientant ces déséquilibres vers un modèle de développement plus durable et inclusif.

Hamid Fayou*

Au Maroc, la question des déficits jumeaux ; déficit budgétaire et déficit du compte courant ; s’impose à nouveau avec force dans un contexte caractérisé par des ambitions élevées en matière d’investissement public et un environnement économique international incertain. Bien que ces déséquilibres restent globalement contenus à des niveaux jugés soutenables, ils reflètent une tension structurelle entre le soutien à la croissance et la préservation des équilibres macroéconomiques. Pour les autorités, le défi est donc de taille : financer les priorités d’aujourd’hui sans fragiliser la stabilité financière de demain.

Sur le plan des finances publiques, les données du ministère de l’Économie et des Finances montrent une relative amélioration du déficit budgétaire, qui s’est établi autour de 3,5 % du PIB en 2025, contre près de 3,8 % en 2024. Cette évolution reflète un effort de consolidation budgétaire, soutenu notamment par une progression des recettes fiscales et une gestion plus rigoureuse des dépenses. Toutefois, cette trajectoire reste fragile. Les besoins de financement demeurent élevés, en raison notamment des investissements massifs liés aux infrastructures, à la généralisation de la protection sociale et à la préparation de la Coupe du Monde 2030.

Parallèlement, le solde extérieur a connu une amélioration notable ces dernières années. Le déficit du compte courant a été ramené à des niveaux proches de 1 % du PIB, grâce à la bonne tenue des exportations industrielles, à la reprise du secteur touristique et à la solidité des transferts des Marocains résidant à l’étranger. Néanmoins, cette performance reste vulnérable aux chocs externes, en particulier à la volatilité des prix énergétiques, à la conjoncture européenne, principal partenaire commercial du Royaume , et aux fluctuations des flux touristiques.

D’un point de vue théorique, les déficits jumeaux traduisent un déséquilibre entre l’épargne nationale et l’investissement. Un déficit budgétaire élevé stimule la demande interne, ce qui peut entraîner une hausse des importations et, par conséquent, une dégradation du solde extérieur. Dans le cas marocain, cette dynamique est amplifiée par le rôle central de l’investissement public dans la croissance économique. Si cette stratégie permet de soutenir l’activité à court terme, elle peut également accentuer la dépendance vis-à-vis du financement extérieur.

Face à cette situation, le gouvernement est confronté à des arbitrages stratégiques majeurs. Le premier consiste à maintenir un niveau élevé d’investissement public pour soutenir la croissance et attirer les investissements directs étrangers, tout en évitant une dérive de l’endettement. Le second concerne la politique fiscale : accroître les recettes sans freiner l’initiative privée ni peser excessivement sur le pouvoir d’achat. Le troisième arbitrage touche à la gestion des équilibres extérieurs, dans un contexte mondial incertain marqué par des tensions géopolitiques et des cycles économiques instables.

Malgré ces contraintes, les fondamentaux macroéconomiques du Maroc demeurent globalement solides. La dette publique se situe autour de 67 % du PIB, un niveau jugé soutenable pour une économie émergente. L’inflation reste contenue, tandis que les perspectives de croissance se maintiennent autour de 3 à 4 % à moyen terme. Toutefois, ces indicateurs ne doivent pas masquer les fragilités structurelles, notamment en matière de productivité, de diversification économique et de dépendance énergétique.

En définitive, la question des déficits jumeaux ne se résume pas à une simple problématique de déséquilibre budgétaire ou externe. Elle renvoie à un choix de modèle de développement. Pour le Maroc, l’enjeu est désormais de transformer les déficits en leviers de transformation structurelle, en orientant les ressources vers des investissements à forte valeur ajoutée. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de réduire les déficits, mais de s’assurer qu’ils financent une croissance durable, inclusive et résiliente.

* Hamid Fayou est docteur en   économie et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégique

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