L'Iran dans la ligne de mire américaine : démantèlement ou asymétrisation améliorée ? – Par Hicham BERJAOUI

L'Iran dans la ligne de mire américaine : démantèlement ou asymétrisation améliorée ? – Par Hicham BERJAOUI

Le vice-président américain JD Vance (à gauche) s'entretient avec le chef des forces armées et chef d'état-major de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir (à droite), et le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Mohammad Ishaq Dar (au centre), après avoir assisté à des pourparlers sur l'Iran à Islamabad, le 12 avril 2026. (Photo AFP)

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Dans une lecture géopolitique du conflit irano-américain, Hicham Berjaoui analyse les scénarios susceptibles de redessiner les rapports de force au Moyen-Orient après la guerre. Entre l’hypothèse d’un démantèlement du régime iranien et celle d’une « asymétrisation améliorée » au profit des alliés régionaux des États-Unis, le texte interroge les limites de la stratégie américaine, le rôle des monarchies du Golfe, les équilibres nucléaires et la capacité de résilience de Téhéran dans un contexte marqué par une trêve fragile et des rivalités persistantes.

Hicham BERJAOUI

Professeur de relations internationales

Université Mohammed V de Rabat

En principe, le passage des belligérants irano-américains à la négociation, sous l’égide d’une trêve fragile, constitue un signe avant-coureur annonçant la fin du chapitre des hostilités asymétriques et le commencement de celui de clôture.

En l’état actuel de la guerre, il serait particulièrement difficile de penser que Washington et ses alliés locaux accepteraient de revenir au carré de départ.

En d’autres termes, le rétablissement de la situation antérieure à la guerre constituerait un résultat davantage profitable aux iraniens qu’aux américains.

Le retour à la configuration d'avant-guerre pourrait même transformer cette opération armée en une sorte de « guerre vaccinale », porteuse d’effets temporaires sur l’équilibre des forces au Moyen-Orient, dont la trame de fond demeure la rivalité israélo-iranienne.

Dans ce sens, on constate que Donald Trump a, à plusieurs reprises, déclaré que plusieurs États arabes de la région lui avaient recommandé la fragilisation de la théocratie iranienne, voire son démantèlement.

Récemment, le président américain a également appelé les monarchies arabes du Golfe à adhérer aux accords d’Abraham afin d’en élargir le périmètre et de renforcer leur rôle en tant que dispositif référentiel d’administration des rapports de force et de coopération dans les espaces moyen-oriental et nord-africain, lesquels demeurent, en dépit des tentatives de pacification et de maîtrise, une aire géopolitique à la fois lucrative et inflammable.

Mais que se passerait-il si la guerre cessait alors que le syndrome de paix armée continuait de façonner le Moyen-Orient ?

Avec l’appui de l’axe sino-russe, l’Iran pourrait poursuivre le développement de capacités nucléaires militaires et constituer, à terme, un rival redoutable aussi bien pour Israël que pour les monarchies arabes du Golfe.

Au fond, ce n’est pas uniquement l’éventuelle détention d’une arme atomique par l’Iran qui nourrit les inquiétudes israélo-américaines, mais également la permanence du régime politique actuel à Téhéran.

Dans la logique de Washington et de Tel-Aviv, un État musulman peut accéder à une capacité nucléaire militaire à condition d’être dirigé par un régime maîtrisable, prévisible et stratégiquement intégrable dans les équilibres internationaux dominants. C’est, en tout cas, l’une des conclusions que l’on peut tirer de l’existence et surtout de la permanence de la bombe atomique pakistanaise.

Le Pakistan présente, à cet égard, l’originalité géopolitique d’être un État musulman détenteur de l’arme nucléaire tout en entretenant une coopération sécuritaire structurelle avec les États-Unis, particulièrement à travers ses institutions militaires.

La profondeur des relations entre Washington et les dignitaires militaires pakistanais se vérifie dans le rôle attribué au maréchal Asim Munir, chef d’état-major de l’armée pakistanaise, dans la fluidification des négociations entre les responsables américains et iraniens.

Une série d’observations peut être tirée de cette médiation pakistanaise

Washington demeure largement plus enclin à s’appuyer sur les canaux militaires pakistanais que sur les autorités civiles d’Islamabad. Le rôle d’Asim Munir semble se limiter à la facilitation des échanges irano-américains, sans pour autant garantir la préservation d’un cessez-le-feu dont la fragilité reste manifeste. Et la technique de « l’anéantissement par le haut » produit, jusqu’à présent, des résultats limités en Iran. Malgré l’élimination de plusieurs figures emblématiques, Téhéran continue de mobiliser ses capacités de nuisance régionale, notamment à travers des frappes indirectes, des relais paramilitaires et des perturbations affectant le trafic énergétique international au détroit d’Hormuz.

Les circonstances entourant la médiation pakistanaise nourrissent ainsi l’hypothèse selon laquelle une modification substantielle des rapports de force au Moyen-Orient nécessiterait, aux yeux de certains cercles stratégiques occidentaux et régionaux, non pas un simple affaiblissement capacitaire de l’Iran, mais un véritable démantèlement du régime.

Outre son coût financier, la guerre contre l’Iran comporte un coût politique particulièrement élevé pour Donald Trump, confronté à l’approche des élections de mi-mandat et à l’érosion progressive de sa popularité.

L’opération militaire, pensée initialement comme rapide et expéditive, tend progressivement à se transformer en un bourbier susceptible de renforcer, paradoxalement, la résilience du régime iranien.

Concrètement, l’issue de la guerre semble désormais prise en tenailles entre deux options stratégiques : soit le démantèlement du régime iranien ; soit une asymétrisation renforcée des rapports de force au profit des alliés locaux des États-Unis.

Cette « asymétrisation améliorée » reposerait notamment sur le renforcement de la supériorité technologique et antimissile israélo-arabe ; l’élargissement des accords d’Abraham ; l’isolement diplomatique et financier de Téhéran ; la fragmentation progressive des relais régionaux iraniens ainsi que la consolidation d’une architecture sécuritaire régionale placée sous surveillance américaine.

Si Washington privilégiait cette seconde formule sans parvenir à accentuer simultanément l’isolement de l’Iran, la guerre risquerait alors d’entraîner une érosion significative du capital symbolique américain et une revitalisation des équilibres qui prévalaient avant la guerre.

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