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L’ère de la gestion de la coexistence – Par Dr Samir Belahsen
Le président américain Donald Trump (2e à droite) marche aux côtés du président chinois Xi Jinping (à gauche) au complexe présidentiel de Zhongnanhai, à Pékin, le 15 mai 2026. (Photo AFP)
Dans cette chronique, Samir Belahsen, à travers la présence des principaux dirigeants des grandes entreprises américaines, met en évidence l’ampleur de l’interdépendance économique entre les deux puissances et le recul progressif de la logique de “découplage” au profit d’une stratégie de gestion de la rivalité, fondée sur la stabilité commerciale, les intérêts industriels et la coexistence géopolitique.

Samir Belahsen
« Exister, c'est coexister. »
Gabriel Honré Marcel (1889-1973).
« La Chine et les États-Unis devraient être partenaires et amis. C'est ce que l'histoire nous a enseigné et ce que la réalité exige. »
Xi Jinping
Le découplage tant promis, depuis son premier mandat par Trump parait, après sa visite à Pékin, s'éloigner plutôt que se concrétiser.
Le 15 Mai, la délégation Américaine comprenait en plus des membres de l’administration Trump (Rubio et Pete Hegseth), pas moins de 17 PDG dont : Elon Musk de Tesla, Tim Cook pour Apple, Jenseng Huang de Nvidia, David Solomon de Goldman Sachs, Fraser de Citigroup, Kelly Ortberg de Boeing…
Une délégation, certes resserrée par rapport à celle de 2017, mais qui représente l’ampleur de l’exposition mutuelle des économies Chinoise et Américaine. A elle seule, cette composition révèle les limites du découplage. Voyons 4 cas de 4 membres de la délégation qui ont des intérêts majeurs sinon vitaux à une gestion de la coexistence.
- Kelly Ortberg Boeing
Bloquées depuis 2019, les livraisons des 737 MAX et les commandes des autres types d’avions est une garantie pour maintenir la position de Boeing face à Airbus et Comac.
- Jensen Huang et Nvidia
Pékin n’a toujours pas validé le dispositif Américain de contrôle et de taxation des fameux H200 ( des puces haut de gamme utilisées par l’intelligence artificielle).
Chaque H200 doit passer par les États-Unis pour inspection et Nvidia doit reverser 25% du prix au Trésor américain.
- Elon Musk et Tesla
La Chine reste le deuxième marché de Tesla et son site de production de Shanghai est crucial pour sa production mondiale. Il fournit le marché Chinois, une partie du marché Asiatique et exporte une partie en Europe.
Pour affronter la concurrence locale Tesla cherche à homologuer son système de conduite autonome intégrale en Chine.
Tesla avait en plus souffert des restrictions sur l’exportation d’équipements de fabrication solaire depuis la Chine vers les autres usines Tesla.
- Tim Cook et Apple
Malgré les nouveaux sites d’assemblage, notamment en Inde, Apple dépend encore largement de la Chine pour l’assemblage. Une escalade sur les droits de douane menace directement ses marges.
Le second enjeu pour Apple est de stabiliser l’accès au marché chinois. Pour ce faire, il faut éviter toute friction réglementaire.
Une interdépendance profonde
L’interdépendance des deux économies est devenue trop profonde pour qu’on puisse parler de découplage. C’est le constat de tous les comptes-rendus de la visite.
On est passé de "découplage" à "stabilité stratégique constructive", alors que la ligne officielle Américaine parlait de séparation économique, de restriction technologique, de réduction de la dépendance aux chaînes d’approvisionnement chinoises.
C’est la terminologie de Xi qui s’est imposée : "stabilité stratégique constructive".
Le président Trump ne l’a jamais contredit. Dorénavant l’objectif annoncé est de "gérer la rivalité sans la laisser dégénérer", on admet la nécessité d’une rivalité apaisée.
La Chine reste le principal fournisseur des terres rares (70% des importations américaines de terres rares et 90% du gallium et germanium).
Les chaînes de production, d’assemblage, les composants de plusieurs secteurs stratégiques, passent par la Chine. Les couper "proprement et rapidement" est souvent impossible. On l’a vu pour nos 4 cas, il en est de même pour plusieurs secteurs clés des deux économies.
Personne n’est venu pour "découpler". Ils voulaient tous l’inverse. L’objectif était plutôt de sécuriser l’accès aux intrants critiques, aux marchés, et éviter que la rivalité géopolitique ne déborde et se transforme en arme commerciale.
A pékin, on a donc eu droit à du marchandage classique, pas au découplage.
Xi voulait plus de prévisibilité sur les tarifs et les contrôles technologiques pour affiner sa politique industrielle.
Le sommet s’est terminé sans annonce triomphale, sans accord majeur, sans même une déclaration conjointe… On a juste mis en place des mécanismes incrémentaux pour stabiliser les échanges.
La visite aura acté une réalité, les USA ne peuvent plus imposer l’ordre unipolaire. On est rentré dans l’ère de la gestion de la coexistence politique et de la stabilité du commerce.
Tous ceux qui en espéraient plus auront compris que le temps géopolitique prend son