Les femmes ne meurent plus d'amour d'Ahlam Moustaghanemi - Par Samir Belahsen

Les femmes ne meurent plus d'amour d'Ahlam Moustaghanemi - Par Samir Belahsen

Dans les femmes ne meurent pas d’amour, Ahlam Moustaghanemi propose une plongée dans la vie de femmes face à des réalités sociales et personnelles complexes. Un combat pour la dignité et l’intégrité dans un environnement hostile.

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Avec "Les femmes ne meurent plus d’amour", Ahlam Moustaghanemi offre un roman à la fois intime et politique, où la douleur individuelle devient une métaphore de la résilience collective. Vingt-cinq ans après "Mémoire de la chair", l’auteure algérienne (et avec elle Samir Belahsen), revient sur les cicatrices visibles et invisibles d’une société post-guerre civile, à travers le destin de Hâla, chanteuse en exil. Dans une prose poétique et lucide, Moustaghanemi célèbre la dignité féminine face à la domination patriarcale et à la marchandisation des sentiments

Samir Belahsen

« La lumière et l'ombre sont les faces opposées d'une même pièce. Nous pouvons éclairer nos chemins ou assombrir notre chemin. C'est une question de choix. » Maya Angelou

« La dignité humaine est un combat quotidien, une révolution silencieuse. »  Malala Yousafzai 

Dans la chronique précédente, on avait présenté Mémoire de la chair », roman publié en 1993 par cette icône de la littérature arabe. Les femmes ne meurent plus d'amour a été publié en 2018, soit un quart de siècle après.

Lire aussi : Mémoire de la chair de Ahlam Moustaghanemi - Par Samir Belahsen

Ce quart de siècle a induit des transformations significatives à la fois sur le plan littéraire pur et en résonance avec les mutations profondes de la société algérienne entre l’avant et l’après-guerre civile.

On avait vu que le premier roman s’ancrait dans la mémoire collective des héros de l’indépendance.  Il révèle la désillusion d’une génération sacrifiée : corruption, exil, les questions identitaires et la perte d’idéaux. Moustaghanemi y décrit le traumatisme entre la nostalgie d’une nation rêvée et la réalité. Une sorte d’élégie critique et résistante.

Dans ce roman, la guerre civile est passée mais la violence persiste sous d’autres formes.

Moustaghanemi s’attaque à des thématiques nouvelles : l’exil, la résilience, le deuil, l’affirmation féminine à la domination patriarcale et la confrontation à la mondialisation et au pouvoir de l’argent. C’est le récit d’une Algérie désenchantée, d’une génération de femmes engagées, lucides, prêtes à résister autrement. C’est, du moins, le point de vue de l’auteure dans ce roman.

L’histoire 

Ahlam Moustaghanemi propose une plongée dans la vie de femmes face à des réalités sociales et personnelles complexes. Un combat pour la dignité et l’intégrité dans un environnement hostile.

Moustaghanemi révèle la présence silencieuse d’une génération de femmes marginalisée, qui cherche à s’affranchir des limites imposées. Elle souligne la richesse de ces voix féminines en quête d’autonomie.

Ahlam Moustaghanemi nous conte le parcours de Hâla, une chanteuse algérienne dont la destinée capotera après l’assassinat de son père, chanteur connu, par des intégristes durant la décennie noire.

Après la perte de son père, Hâla s’oppose à la peur et à la société patriarcale en chantant lors des funérailles.

Réfugiée à l’étranger, elle devient célèbre grâce à sa voix.

Elle choisit de se vêtir de noir, signe de deuil pour son père, qui incarne la mémoire nationale, mais aussi pour la perte de ses idéaux et de son pays.

Un homme d’affaires libanais, séducteur et riche, tombe sous son charme lors d’un passage télévisé. Il use de sa fortune, de son influence et de stratagèmes pour la séduire et l’entraîner dans une relation tourmentée.

Ils sont dans un duel permanent entre la force froide de la richesse, entre la séduction du pouvoir et la dignité farouche.

L’auteure parle aussi des contradictions de la passion, des douleurs de l’exil et de la force des femmes. Elle traite le sujet du deuil et de la perte dans une société où la mémoire collective, pleine de chagrins, pèse sur les destins particuliers.

Le roman garde une écriture claire et poétique en mettant en tension le passé et le présent, une Algérie blessée et un orient mondialisé, la condition de la femme et sa capacité à se relever.

Le récit se distingue par une narration riche en voix intérieures qui met en relief la pluralité des vécus et des aspirations.

Ces aspirations sont traduites par des cris de résistance contre les normes établies sur le chemin vers la liberté. La multiplicité des voix narratrices enrichit le récit d’une profondeur saisissante. Chaque parcours unique incarne une facette des luttes féminines révélant ainsi la diversité des parcours. Le choix de la narration multicouche en première personne permet aux lecteurs de partager les ressentis des personnages.

Le tissu des voix crée une tension entre l’intime et le collectif révèle que les luttes individuelles s'inscrivent dans une lutte collective pour la dignité.

Moustaghanemi interroge les normes traditionnelles et milite pour une redéfinition des rapports de pouvoir nécessitant une solidarité féminine. Les souffrances individuelles se muent en revendications communes puis en un mouvement collectif.

Les femmes ne meurent plus d'amour prend une dimension universelle en traitant de problématiques liées à la condition féminine au XXème siècle.

La fiction un espace de résistance féminine

Les femmes ne meurent plus d'amour d'Ahlam Moustaghanemi s’inscrit dans une littérature maghrébine militante qui utilise la fiction comme un espace de résistance féminine.

Trois femmes écrivaines Algériennes se sont distinguées dans ce registre.

Assia Djebar (1936-2015), traite les questions de la mémoire collective, de l’histoire, de condition féminine et du métissage linguistique culturel.

Dans Femmes d’Alger dans leur appartement, Ombre sultane, Loin de Médine et Vaste est la prison, elle dénonce patriarcat et célèbre la conquête femmes pour l’indépendance.

Malika Mokeddem (1949) défie la violence patriarcale dans Les hommes qui marchent, N’Zid et La Transe des insoumis. Face à la violence, ses héroïnes s’inventent autres possibles.

Maïssa Bey (1950), dans Cette fille-là et Bleu blanc vert nous révèle des femmes résilientes de différentes générations cherchant à s’imposer en dehors des cadres sociaux oppressants et qui prennent leurs destins en main.