Repositionnement algérien… à travers la Turquie - Par Khairallah Khairallah

Repositionnement algérien… à travers la Turquie - Par Khairallah Khairallah

Erdogan a reçu son homologue algérien Tebboune par une garde d’honneur en tenues militaires historiques ottomans. Un rappel d’une relation historique ou d’une longue domination qui se poursuivrait ?

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La visite du président algérien Abdelmadjid Tebboune en Turquie intervient dans un contexte régional bouleversé par la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Pour l’écrivain et journaliste libanais Khairallah Khairallah qui relève les incohérences de la politique extérieure algérienne, ce déplacement traduit une tentative de repositionnement diplomatique algérien, confronté aux recompositions géopolitiques du Moyen-Orient, à l’évolution du dossier du Sahara et à ses propres contradictions régionales.

Khairallah Khairallah

Un repositionnement sous contrainte régionale

La guerre actuellement en cours entre la « République islamique » d’Iran, d’un côté, et les États-Unis et Israël, de l’autre, a fait émerger une nouvelle configuration régionale. Cette situation a imposé à plusieurs États, dont l’Algérie, la nécessité de s’adapter à ces nouveaux équilibres, notamment après la sortie de la Syrie de la sphère d’influence iranienne.

Il apparaît clairement que la récente visite du président Abdelmadjid Tebboune à Ankara s’inscrit dans le cadre d’un repositionnement algérien. Mais e repositionnement ne peut s’effectuer correctement sans une évolution globale de la politique algérienne, qui doit encore démontrer sa capacité à se réconcilier avec son environnement immédiat avant même d’envisager une augmentation des échanges commerciaux avec la Turquie jusqu’à près de dix milliards de dollars par an.

L’Algérie se tourne ainsi vers la Turquie tout en maintenant fermée sa frontière avec le Maroc depuis 1994. Plus encore, Alger a choisi le moment de la visite de Tebboune en Turquie pour pousser le Front séparatiste « Polisario » à lancer une attaque contre la ville marocaine de Smara, située dans le Sahara. Il en découle une difficulté à concilier la volonté de la diplomatie algérienne d’apparaître comme ayant intégré les transformations régionales avec son incapacité à reconnaître la nouvelle réalité née de la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara et du fait que la principale partie prenante dans ce conflit, conformément à la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, demeure l’Algérie elle-même.

L’Algérie a-t-elle réellement changé ?

Tebboune a bénéficié à l’aéroport d’Ankara d’un accueil chaleureux et réconfortant de la part du président Recep Tayyip Erdoğan. Néanmoins une question continuera de se poser : l’Algérie est-elle réellement capable de saisir cette occasion pour démontrer qu’elle a réellement changé ?

Le régime algérien ne peut se tourner en effet vers la Turquie pour éviter de reconnaître ue réalité nouvelle : la réduction comme peau de sa marge de manœuvre dans l’utilisation du Front « Polisario ». Le monde, et en particulier les États du Conseil de coopération du Golfe, sait désormais que tout changement en Algérie commence par une nouvelle manière d’aborder la relation avec le Maroc, dont le roi Mohammed VI a multiplié les appels à des rencontres au plus haut niveau afin d’examiner, sans complexes, l’ensemble des différends entre les deux pays voisins.

Il est possible de mettre de côté la question du Sahara ainsi que l’obsession marocaine, ainsi que les relations historiques particulières qui ont longtemps uni le régime algérien au régime alouite en Syrie sans que le régime algérien puisse faire oublier qu’il n’a jamais pris ses distances avec le régime Assad, ni sous le père ni sous le fils. Les deux parties ont maintenu des échanges de services permanents, notamment lorsqu’il s’agissait de l’entraînement, par le Hezbollah, d’éléments du « Polisario » sur les territoires libanais et syrien.

La nature des relations algéro-iraniennes

Cependant, mettre cette question de côté ne dispense pas de s’interroger sur la nature des relations algéro-iraniennes. Ce n’est un secret pour personne que l’Algérie entretient des liens profonds avec la « République islamique » depuis sa création il y a quarante-sept ans.

Le rôle joué par l’Algérie dans les efforts visant à mettre fin à la crise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran est bien connu. Les autorités iraniennes avaient retenu ces otages pendant 444 jours à partir de novembre 1979. À cette époque, l’Algérie disposait à Téhéran d’un diplomate de premier plan, l’ambassadeur Abdelkrim Ghrib, qui fut ensuite transféré à Beyrouth après avoir réussi sa mission iranienne.

En 2026, beaucoup de choses ont changé tant sur le plan régional qu’international. Tebboune s’est rendu à Ankara pour une deuxième visite depuis qu’il a succédé à Abdelaziz Bouteflika à la fin de l’année 2019. Cette visite ne signifiera rien si elle vise uniquement, au final, à tirer profit de l’excellente relation entre Recep Tayyip Erdoğan et Donald Trump.

Ce qui pourrait réellement améliorer les relations entre l’Algérie et Washington serait une assimilation correcte, par le régime algérien, de la portée de la résolution 2797 relative au Sahara. Une assimilation qui implique de cesser d’exploiter les événements au Mali pour encourager les mouvements séparatistes dans la région du Sahel tant est intenable d’afficher officiellement un soutien à l’unité territoriale du Mali tout en soutenant par derrière des mouvements séparatistes dans ce pays.

Reste un point d’une importance capitale  à résoudre pour mettre de la cohérence dans la politique extérieure algérienne: les attaques iraniennes ayant visé les pays du Golfe arabe. Ces attaques ont concerné en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, mais aussi Bahreïn, le Qatar, le Koweït et même le Sultanat d’Oman.

Quelle est la position de l’Algérie face à ces attaques qui montrent que la sécurité arabe est indivisible et que la riposte aux États-Unis et à Israël ne peut passer par des menaces contre les États du Golfe ? Où se situe vraiment l’Algérie face à ces agressions ?

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