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RETOUR DANS LE GOLFE – Par Mustapha Sehimi
Une guerre dans le Golfe ? Et ce sont toutes les chaînes d'approvisionnement qui sont touchées.. Et pourtant, en dépit des blocages d'Ormuz et des contraintes de logistique, le monde tourne encore
Dans cette chronique, Mustapha Sehimi analyse le retour des tensions dans le Golfe persique à travers leurs dimensions géopolitiques, économiques et stratégiques. Il revient sur les conséquences régionales et mondiales d’un conflit qui affecte les chaînes d’approvisionnement, les équilibres militaires et les dynamiques sécuritaires internationales, tout en soulignant la capacité des économies et des entreprises à s’adapter aux crises contemporaines.

Par Mustapha Sehimi
Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue
L'histoire des dernières décennies revient sans cesse au même endroit : le Moyen-Orient et le golfe persique. Révolution iranienne de 1979, guerre civile au Liban, guerres en Irak en 1991 et 2003, Afghanistan, incessantes intifadas, espoirs de paix et permanence de la guerre. La guerre dans le golfe persique rappelle qu'il ne faut pas regarder le monde sous l'angle des risques, mais sous celui des opportunités.
Coup de tête
Une histoire dont les dirigeants semblent ne pas comprendre les leçons. Comment croire qu'en décapitant le régime iranien, on allait pouvoir provoquer un effondrement de celui-ci et la floraison presque miraculeuse de la démocratie et de la laïcité ? Comment croire qu'en s'engageant dans une guerre, celle-ci serait courte et terminée en quelques heures ou quelques jours ? Ce qui n'était pas prévu par les stratèges est pourtant arrivé. L’Iran touché, la guerre locale a fait sentir ses effets à l'échelle mondiale : par les restrictions du détroit d'Ormuz, par les bombardements sur les pays arabes, par les attaques des proxys iraniens. La guerre, avec ses drones et ses armes modernes, conserve le fond classique que l'on retrouve à toutes les périodes de l'histoire. Cette guerre semble être déclenchée sur un coup de tête, mais elle provoque un coup de boutoir dans un Golfe qui était déjà en ébullition.
Coup de chaud
Une guerre dans cette région ? Et ce sont toutes les chaînes d'approvisionnement qui sont touchées. Le gaz et le pétrole, bien sûr, et donc tous les produits dérivés - engrais, pétrochimie, cosmétique, industrie lourde et légère. À quoi s'ajoutent les assurances, le transport maritime et aérien, les industries de l'agroalimentaire. Et pourtant, en dépit des blocages d'Ormuz et des contraintes de logistique, le monde tourne encore. Les navires continuent de livrer ; les usines parviennent à contourner les manques de stock et donc à s'approvisionner ailleurs ; et, si les prix augmentent, il n'y a pas de rupture dans les chaînes d'approvisionnement. Le mérite ? Pas au hasard, mais au travail humain. Et à toutes les entreprises de logistiques et d'approvisionnement, qui parviennent à s'adapter aux évolutions du monde et aux contraintes contemporaines. La guerre dans le golfe persique rappelle qu'il ne faut pas regarder le monde sous l'angle des risques mais sous celui des opportunités. Toute situation, même défavorable, crée des opportunités humaines et économiques à saisir ; elle ouvre des pistes aux entreprises qui sont engagées sur les marchés mondiaux. De ce point de vue, le passage du risque à l'opportunité oblige à une modification complète du regard porté sur le monde.
Image du monde
L'image dit beaucoup du monde en cours : le porte- avions Charles-de-Gaulle, qui était déployé en mer Baltique, opéré un demi-tour pour se rendre près des côtes chypriotes. Du front de l'Est au front d'Orient, les coups de feu ont réorienté le déploiement des armées et le regard stratégique.
C'est bien ce flanc sud qui demeure essentiel : celui du Proche et du Moyen-Orient, compte tenu des liens historiques et des enjeux économiques ; celui de l'Afrique, à cause de l'explosion démographique, celui des réseaux et des relais de drogue qui, de Téhéran à Damas en passant par l'Afrique de l'Ouest et le Paraguay, tissent des chaînes mondiales qui déstabilisent et détruisent de l'intérieur nos sociétés. Fallait-il cette nouvelle guerre dans le Golfe pour que chacun comprenne que les conflits sont une réalité ? Que ceux-ci ne sont pas que militaires, mais aussi économiques, cognitifs et communicationnels, qu'ils ne concernent pas que les États, mais aussi les économies et les entreprises, quelles que soient leur taille, et les personnes ? Le retour de la guerre dans le Golfe est un retour aux réalités humaines et historiques.