Un vœu pour 2026 : une nouvelle page de la Santé à écrire par Tahraoui - Par Dr Anwar Cherkaoui

Un vœu pour 2026 : une nouvelle page de la Santé à écrire par Tahraoui - Par Dr Anwar Cherkaoui

Il est des moments où une fonction ministérielle dépasse la gestion du quotidien pour entrer dans le champ de l’histoire. La santé marocaine vit précisément l’un de ces moments charnières.

1
Partager :

À un moment charnière de l’histoire sanitaire du Royaume, où la généralisation de la couverture médicale, la transition épidémiologique et les attentes sociales redessinent les priorités publiques, le ministère de la Santé se trouve face à une opportunité rare : transformer durablement le système de soins marocain. À travers des leviers concrets, immédiatement actionnables et politiquement assumés, le ministre Amine Tahraoui dispose des outils nécessaires pour dépasser la gestion du quotidien et inscrire son action dans le temps long. Une séquence décisive où la vision, le courage réformateur et la capacité à fédérer pourraient, en effet, écrire, selon Dr Anwar Cherkaoui, de nouvelles pages de la médecine marocaine.

Dr Anwar Cherkaoui

Expert en communication médicale et journalisme de santé

 Mettre en place une agence nationale dédiée au don et à la greffe d’organes et de tissus, institutionnaliser l’obligation de la formation médicale continue, instaurer une reconnaissance explicite du secteur médical libéral au sein de l’organigramme du ministère de la Santé, intégrer l’ensemble des composantes de la médecine marocaine — militaires, libéraux, services d’hygiène municipale, protection civile — dans les Groupements Sanitaires Territoriaux, et enfin activer la réactualisation du tarif national des actes médicaux, sont autant de chantiers concrets, réalistes et immédiatement actionnables.

Ces leviers ne relèvent ni de l’utopie ni du long terme.  Ils sont identifiés, concrets et immédiatement activables. En les actionnant le ministre de la Santé va transformer le paysage sanitaire marocain.

Il est des moments où une fonction ministérielle dépasse la gestion du quotidien pour entrer dans le champ de l’histoire. La santé marocaine vit précisément l’un de ces moments charnières. Réformes structurelles engagées, généralisation de la couverture médicale, pression démographique, transition épidémiologique, attentes sociales fortes.

Dans ce contexte, le ministre de la Santé dispose de leviers concrets, réalistes et rapidement actionnables pour marquer durablement la médecine marocaine. Parmi les chantiers emblématiques figure la création d’une agence nationale dédiée au don et à la greffe d’organes.

Le Maroc dispose de compétences médicales reconnues, d’équipes formées, de blocs opératoires performants, mais reste en retard sur l’organisation institutionnelle du don. Une agence indépendante, dotée d’une gouvernance claire, d’un registre national, de protocoles éthiques transparents et d’une communication pédagogique, pourrait sauver des milliers de vies, restaurer la confiance du public et inscrire le Royaume dans les standards internationaux de solidarité sanitaire.

Autre levier majeur, souvent évoqué mais encore insuffisamment structuré : la formation médicale continue. Légiférer clairement sur son cadre, son obligation, son financement et sa validation serait un signal fort envoyé à l’ensemble du corps médical.

Garantir une formation continue crédible, indépendante et équitable, c’est protéger le patient, valoriser le médecin et renforcer la qualité globale du système de soins.

Le secteur médical libéral, qui prend en charge une part croissante des soins, mérite également une reconnaissance institutionnelle claire. La création d’un département dédié au secteur libéral au sein de l’organigramme du ministère permettrait de sortir d’une relation souvent réduite à la régulation ou à la suspicion.

Cela assurera un dialogue permanent, des données partagées et une concertation sur l’offre de soins. Un État stratège ne peut piloter efficacement la santé sans intégrer pleinement tous ses acteurs.

Dans le même esprit d’ouverture, l’intégration de la médecine militaire et de la médecine libérale dans les Groupements Sanitaires Territoriaux constitue une évidence sanitaire.

Les crises récentes ont démontré que cloisonner les compétences affaiblit la réponse collective. Mutualiser les ressources humaines, les plateaux techniques et l’expertise organisationnelle, dans le respect des statuts et des missions de chacun, renforcerait la résilience du système de santé national.

Il existe aussi des domaines où le ministre peut jouer un rôle d’impulsion morale, sans empiéter sur l’autonomie des institutions.  Favoriser l’émergence d’un ordre des médecins fort, légitime et respecté, à la hauteur de la noblesse de la profession, relève de cette responsabilité éthique.

De même, encourager l’union des syndicats médicaux, publics et privés, autour de priorités nationales de santé publique, serait un acte politique au sens noble du terme.

Il est évident que pour ces deux derniers points (ordre des médecins et unions des syndicats), cela ne relève nullement de la compétence du ministre de la Santé. Mais, qui sais !  

Divisé, le corps médical s’affaiblit. Uni, il devient une force de proposition et de stabilité pour le système de santé national. Enfin, la réactualisation du tarif national de référence des actes médicaux reste un chantier incontournable. Un tarif figé dans le temps finit par devenir injuste, inefficace et générateur de tensions.  Le réviser de manière transparente, progressive et concertée, en tenant compte des réalités économiques, technologiques et sociales, permettrait de restaurer la confiance entre l’État, les professionnels de santé et les citoyens.

La santé n’est pas un terrain de slogans. C’est un champ de décisions courageuses.

En actionnant ces leviers avec méthode, écoute et vision, le ministre de la Santé peut réellement inscrire son nom parmi ceux qui auront consolidé, modernisé et humanisé le secteur de la santé du Royaume.