Politique
IA Made in Morocco : La souveraineté numérique comme projet de développement et de rayonnement international
Forum « AI Made in Morocco », sous le thème : « L’IA au cœur de la transition numérique et des services publics ». 12/01/2026-Rabat
Le Maroc engage une nouvelle étape stratégique en plaçant l’intelligence artificielle au cœur de sa transformation numérique, de son développement inclusif et de son positionnement international. Portée par une vision articulant souveraineté, équité territoriale, innovation endogène et coopération Sud-Sud, l’initiative « IA Made in Morocco » ambitionne de faire de l’IA un levier structurant de modernisation de l’État, de compétitivité économique et de soft power diplomatique.
Une ambition nationale fondée sur la souveraineté et l’inclusion
Le Maroc entend faire de l’intelligence artificielle bien plus qu’un outil technologique. Il s’agit désormais d’un levier stratégique de souveraineté numérique, d’équité territoriale et de développement inclusif. C’est le message central porté à Rabat par la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, à l’occasion d’une journée nationale placée sous le thème « AI Made in Morocco : l’IA au cœur de la transformation numérique et des services publics ».
Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement des Assises nationales de l’intelligence artificielle, organisées en juillet dernier sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Ces assises ont permis d’établir un diagnostic précis de l’écosystème national de l’IA et de consacrer cette technologie comme un facteur déterminant des équilibres économiques, institutionnels et géopolitiques du Royaume.
Cinq piliers pour bâtir une IA marocaine
L’ambition marocaine en matière d’intelligence artificielle repose sur cinq piliers structurants. Le premier concerne la souveraineté technologique, condition essentielle pour garantir la maîtrise des données et des infrastructures critiques. Le deuxième pilier est celui de la confiance des citoyens, qui implique transparence, sécurité et respect des droits fondamentaux dans l’usage des technologies.
Le développement massif des compétences constitue le troisième axe, avec l’objectif de former une nouvelle génération de talents capables de concevoir, déployer et gouverner l’IA. Le quatrième pilier porte sur la promotion d’une innovation endogène, fondée sur la recherche nationale, les start-up et les PME. Enfin, l’équité territoriale vise à faire de l’IA un outil de réduction des fractures régionales, en assurant un accès équilibré aux technologies avancées sur l’ensemble du territoire.
Pour la ministre, la réussite de cette stratégie suppose l’implication coordonnée de l’ensemble des acteurs publics, privés, académiques et internationaux afin de forger une souveraineté numérique marocaine crédible et durable.
Le réseau Jazari, socle territorial de l’écosystème IA
Parmi les annonces phares figure la mise en place du réseau des instituts Jazari. Cette plateforme d’instituts d’excellence sera déployée dans les douze régions du Royaume, en résonance avec les dynamiques locales et selon une gouvernance articulée entre niveaux national et régional.
Ces centres ont vocation à structurer un écosystème national de l’IA fondé sur l’excellence scientifique, la recherche appliquée et l’innovation. Ils accompagneront la montée en puissance des start-up technologiques, favoriseront l’adoption du numérique par les PME et renforceront les capacités nationales en matière de développement, d’attraction et de rétention des talents.
Le noyau technique et stratégique du dispositif repose sur l’institut central JAZARI ROOT, structuré autour de trois thématiques prioritaires : la transformation numérique de l’administration et des services publics, le développement de zones rurales et montagneuses intelligentes, et l’optimisation des grands événements sportifs, notamment en matière de gestion, de sécurité et d’expérience utilisateur.
Une IA responsable au cœur des valeurs
La question de l’éthique et de la protection des données a occupé une place centrale lors de cette journée. Le président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel, Omar Seghrouchni, a insisté sur la nécessité d’un cadre de gouvernance responsable de l’IA.
Selon lui, la donnée personnelle est devenue un enjeu de gouvernance à dimension géopolitique. L’instauration d’un framework d’IA responsable permet non seulement de protéger les droits des citoyens, mais aussi d’assurer un usage loyal des technologies, respectueux de la dignité humaine et des valeurs fondamentales de la société.
Ce cadre, qui nécessite une implication collective, vise à éviter toute rupture entre innovation technologique et système de valeurs, en instaurant des passerelles durables entre le monde numérique et la société.
Partenariats stratégiques et coopération internationale
La dynamique « IA Made in Morocco » s’appuie également sur une coopération internationale ciblée. La journée a été marquée par la signature de huit conventions réunissant les parties prenantes du programme Jazari, ainsi que par le lancement officiel du laboratoire de recherche et développement en intelligence artificielle Mistral AI et MTNRA.
Ce laboratoire s’inscrit dans le cadre d’un mémorandum d’entente entre le ministère de la Transition numérique et l’entreprise Mistral AI, acteur mondial de l’IA générative. Le ministère assure le pilotage stratégique de cette coopération et son intégration dans la stratégie nationale Maroc Digital 2030, en identifiant les cas d’usage prioritaires et en mobilisant l’écosystème national autour de projets concrets.
IA Made in Morocco, un soft power numérique
Au-delà de la dimension nationale, le projet « IA Made in Morocco » est appelé à devenir un instrument de rayonnement international et de coopération Sud-Sud. C’est ce qu’a souligné l’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies, Omar Hilale, lors du lancement officiel du projet.
Selon lui, cette initiative constitue une réponse audacieuse aux déséquilibres du paysage technologique mondial. Elle repose sur trois axes majeurs. Le premier est celui d’une IA souveraine, appuyée sur un cloud national opérationnel depuis 2025, garantissant que les données stratégiques restent sous contrôle marocain. Cette approche offre aux pays africains une alternative crédible à la dépendance vis-à-vis des grandes firmes étrangères.
Le deuxième axe concerne la coopération solidaire, dans le cadre de la Vision Royale de la coopération Sud-Sud. Le Maroc propose des solutions technologiques adaptées aux réalités locales, afin d’accélérer l’atteinte des Objectifs de développement durable. Cette dynamique s’inscrit également dans des partenariats Nord-Sud et triangulaires, associant expertises internationales et compétences marocaines au bénéfice des pays du Sud.
Diplomatie, leadership et vision continentale
Le troisième volet mobilise la diplomatie marocaine. Le label « IA Made in Morocco » devient un marqueur de présence dans les instances multilatérales. Le Royaume copréside le Groupe des Amis de l’ONU sur l’IA pour le développement durable et joue un rôle actif au sein des coalitions africaines dédiées à la science et à l’innovation.
Dans un contexte mondial marqué par une industrialisation rapide de l’IA, dominée par quelques puissances, le Maroc cherche à tracer une voie originale. Alors que l’Afrique demeure marginalisée dans les investissements et les infrastructures numériques, le modèle marocain se veut éthique, inclusif et souverain.
En articulant innovation, valeurs humaines et solidarité internationale, le Maroc ambitionne de faire de l’intelligence artificielle un instrument de justice, de développement et de coopération au service du continent africain et du Sud global.