Politique
L’Afrique des minerais critiques : entre souveraineté, intégration et nouveaux corridors de valeur
Leila Benali à l’ouverture du Congrès, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable (Photo MAP)
Réunis à Marrakech lors du 2e Congrès international des mines, responsables africains et internationaux ont appelé à bâtir une stratégie continentale fondée sur la protection des ressources, l’intégration des chaînes de valeur et la transformation locale. Au cœur des débats : la nécessité d’une gouvernance minière harmonisée, l’émergence du corridor OTC et le rôle croissant du Maroc comme hub régional et passerelle vers l’économie mondiale des minerais stratégiques.
L’Afrique face à l’urgence de protéger et valoriser ses ressources
À l’ouverture du Congrès, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a rappelé que l’Afrique ne pouvait plus se contenter d’être un fournisseur brut de matières premières. Le continent abrite certaines des réserves géologiques les plus riches de la planète et dispose d’un atout démographique unique : la population jeune la plus dynamique au monde. Ces deux réalités, a-t-elle affirmé, font de l’Afrique un acteur géologique majeur, indispensable à toute transition énergétique mondiale.
Leila Benali a insisté sur l’importance d’une approche collective, afin d’aligner les standards, harmoniser les réglementations et tirer parti d’une intelligence régionale partagée. Le rythme fulgurant du changement technologique, combiné à la complexification des chaînes d’approvisionnement, impose désormais une coordination continentale capable d’assurer la souveraineté minière africaine.
Elle a également mis en avant les réformes engagées par le Maroc, devenu un hub technologique et industriel ouvert. Parmi ces avancées figurent la digitalisation complète du cadastre minier, la révision en cours de la loi sur les mines et carrières, ou encore la plateforme numérique dédiée à l’exploitation minière artisanale, fa7m.ma, en déploiement à Jerada.
Le Maroc, pivot régional et porte d’entrée vers les minerais critiques africains
Dans son intervention, le président de la Fédération de l’Industrie minérale du Maroc, Mohamed Cherrat, a souligné le rôle stratégique du secteur minier dans la construction d’un Maroc souverain et compétitif, conformément à la Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Selon lui, les ressources minérales nationales soutiennent directement plusieurs filières industrielles et renforcent la place du Royaume dans un contexte géopolitique mondial marqué par la quête de sécurité énergétique et technologique.
Mohamed Cherrat a également affirmé que le Maroc s’est imposé comme passage privilégié dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ses infrastructures, ses écosystèmes industriels émergents et les nombreux accords de libre-échange dont il bénéficie en font une plateforme incontournable pour connecter l’Afrique aux marchés internationaux.
Le Congrès, organisé avec le soutien de plusieurs institutions publiques et privées, positionne ainsi le pays au centre de la transformation industrielle du XXIe siècle. Il met en lumière le rôle du Royaume dans la transition mondiale vers les minerais stratégiques, essentiels pour les technologies vertes, les batteries, l’électronique et les industries du futur.
Outre les panels ministériels, les séances plénières abordent des thèmes structurants tels que les chaînes de valeur durables, la souveraineté minière, la géométallurgie, la gestion de l’eau, les compétences, les corridors logistiques ou encore la place des femmes dans les métiers des mines. L’édition est également marquée par le lancement des Prix d’Excellence Minière IMC, destinés à valoriser les initiatives responsables et innovantes du secteur.
Le corridor OTC : un levier pour intégrer l’Afrique dans la chaîne de valeur mondiale
Le second texte au programme du Congrès porte sur un enjeu central : le développement du corridor OTC, acronyme d’Origine, Transit et Certification. Selon les intervenants, ce dispositif représente une opportunité stratégique pour ancrer durablement l’Afrique dans les chaînes de valeur minières mondiales.
Le panel ministériel consacré à ce sujet a souligné que la compétitivité du secteur minier africain dépend de corridors transcontinentaux modernes, transparents et intégrés. Ces corridors doivent permettre au continent de capter davantage de valeur ajoutée, dans un marché mondial qui connaît une demande croissante en minerais critiques nécessaires à la transition énergétique.
Leila Benali, intervenant à nouveau, a rappelé que l’intégration ne peut réussir sans une clarification des procédures, une normalisation des pratiques et une responsabilisation effective des opérateurs, qu’ils soient issus du secteur artisanal ou formel. Elle a insisté sur l’importance de la gouvernance et de la protection sociale dans les territoires miniers, soulignant que les ressources humaines et les communautés locales doivent être au cœur du développement du secteur.
La ministre a également mis en avant la nécessité d’une exploitation responsable, inclusive et tournée vers l’avenir, un point régulièrement repris dans les débats autour de l’émergence d’un cadre africain en matière d’ESG (Environnement, Social, Gouvernance).
Une vision africaine unifiée : sécurité, attractivité et transformation locale
Le ministre gambien du Pétrole, de l’Énergie et des Mines, Nani Juwara, a rappelé que l’Afrique dispose d’un potentiel considérable qu’elle doit transformer en moteur de prospérité collective. La réalisation de cette ambition exige des financements adaptés, une coordination régionale solide et une capacité accrue à faire face aux enjeux de durabilité.
Selon lui, seule une action concertée permettra de sécuriser les ressources, renforcer l’attractivité du continent et bâtir des partenariats équilibrés avec les acteurs internationaux.
Abdulrahman AlBelushi, vice-ministre saoudien en charge des ressources minérales, a pour sa part insisté sur l’importance stratégique des corridors miniers pour la stabilité des approvisionnements mondiaux. Il a rappelé que les pays africains ont devant eux une occasion unique de renforcer leur position dans l’économie mondiale, à condition de disposer d’infrastructures robustes et d’un cadre réglementaire transparent.
Les intervenants ont également souligné la nécessité d’investir dans les infrastructures de transport, les hubs industriels, les corridors logistiques et les plateformes numériques qui garantiront la sécurité des flux et permettront une meilleure intégration régionale.
Un congrès tourné vers l’avenir du secteur minier africain
En rassemblant décideurs, experts, acteurs industriels et représentants institutionnels, cette deuxième édition du Congrès international des mines du Maroc conforte Marrakech comme un lieu de réflexion stratégique sur l’avenir du secteur minier africain. Les débats, les projets présentés et les visions partagées traduisent une volonté commune : faire du continent un acteur central et souverain dans l’économie mondiale des minerais critiques.