Marrakech à l’heure d’ INTERPOL : le Maroc et les enjeux d’une coopération internationale renouvelée

Marrakech à l’heure d’ INTERPOL : le Maroc et les enjeux d’une coopération internationale renouvelée

« L’accueil de cette Assemblée générale procède de l’engagement constant du Royaume en faveur d’un multilatéralisme sécuritaire solide. La sécurité y est envisagée comme un bien commun, reposant sur des partenariats institutionnels, sociétaux et internationaux » (Abdellatif Hammouchi)

1
Partager :

La 93e Assemblée générale d’INTERPOL, ouverte à Marrakech, réunit les représentants de 196 pays dans un contexte où les réseaux criminels transnationaux, la cybercriminalité et les nouvelles menaces hybrides redessinent les priorités sécuritaires mondiales. En accueillant cette session, le Maroc confirme son rôle central dans l’édification d’une coopération multilatérale fondée sur la solidarité, l’innovation et l’efficacité opérationnelle. Trois jours de débats qui éclairent, au-delà des symboles, les mutations profondes du travail policier international.

Interpol à Marrakech : une assemblée mondiale pour un contexte en mutation

La 93e session de l’Assemblée générale de l’Organisation internationale de police criminelle s’est ouverte lundi à Marrakech, réunissant hauts responsables, chefs de police et experts venus des 196 États membres. Instance dirigeante suprême d’INTERPOL, l’Assemblée générale constitue le plus grand rassemblement mondial des services chargés de l’application de la loi. Elle tire chaque année les lignes directrices de la coopération sécuritaire internationale et adopte les résolutions fixant les méthodes de travail, les priorités criminelles et les orientations stratégiques.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par les interventions du Directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, Abdellatif Hammouchi, et du Président d’INTERPOL, le Général-Major Ahmed Naser Al-Raisi. Plusieurs responsables marocains ont pris part à cette séance inaugurale, parmi lesquels le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, le Premier président de la Cour de Cassation, Président délégué du CSPJ Mohamed Abdennabaoui, le Président du Ministère public, Procureur général du Roi Hicham Balaoui, ainsi que les directeurs généraux de structures sécuritaires et administratives du Royaume.

Un film retraçant l’évolution de la police marocaine a introduit les travaux, donnant le ton d’une rencontre centrée autant sur les défis contemporains que sur les transformations internes des services de sécurité.

Le choix du Maroc comme pays hôte illustre la confiance internationale dans ses institutions sécuritaires, reconnues pour leur rôle dans la lutte contre le terrorisme, la gestion des menaces hybrides et le démantèlement de réseaux criminels transfrontaliers. La stature diplomatique du Royaume, portée par le Roi Mohammed VI, confère à cette session une dimension stratégique pour l’ensemble du continent africain et au-delà.

Coopération multilatérale : le Maroc plaide pour une sécurité partagée

Dans son discours, Abdellatif Hammouchi a rappelé que l’accueil de cette Assemblée générale procède de l’engagement constant du Royaume en faveur d’un multilatéralisme sécuritaire solide. La sécurité y est envisagée comme un bien commun, reposant sur des partenariats institutionnels, sociétaux et internationaux.

Il a souligné la stratégie intégrée adoptée par les services de sûreté marocains, combinant prévention, respect des droits humains et communication sécuritaire, tout en adaptant leurs mécanismes de travail aux nouvelles formes de criminalité. Les réseaux virtuels, l’interconnexion de groupements criminels ou la prolifération de pôles terroristes régionaux imposent une coopération étroite entre États et institutions multilatérales.

Pour répondre à ces défis, Hammouchi plaide pour la création de structures sécuritaires communes, capables d’agir collectivement face aux menaces globales. Il insiste sur la nécessité de moderniser les mécanismes nationaux de sécurité, de renforcer la gouvernance des systèmes policiers et d’unifier les efforts en matière de lutte contre la cybercriminalité.

Cette dernière occupe d’ailleurs une place centrale dans les débats. Les attaques informatiques, les escroqueries transnationales et les campagnes de déstabilisation numérique sont désormais considérées comme des formes de guerre hybride. Selon Hammouchi, seule une solidarité internationale accrue peut permettre de les endiguer.

La session de Marrakech aborde ainsi les nouveaux défis sécuritaires, le déploiement de capacités policières mondiales, la consolidation de la présence régionale d’INTERPOL, ou encore l’encouragement à ratifier la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité.

L’accent mis cette année sur le rôle des femmes dans le travail policier traduit également une évolution des pratiques. Hammouchi rappelle que les policières marocaines ont démontré leur professionnalisme y compris dans des contextes opérationnels sensibles.

Reconnaissance internationale : Interpol salue le rôle du Maroc

Le Président d’INTERPOL, Ahmed Naser Al-Raisi, a salué le soutien soutenu du Maroc à la sécurité internationale et son engagement constant dans l’action policière transnationale. Pour lui, le Royaume, sous la conduite du Roi Mohammed VI, constitue un modèle d’ouverture, de coopération et d’innovation sécuritaire.

Il a rappelé l’histoire plurielle du Maroc, à la croisée de l’amazighité, de l’arabité, de l’héritage andalou et des influences africaines, un positionnement qui en fait un pont naturel entre continents et cultures. Cette place singulière, ajoutée à la modernisation de ses institutions, explique selon lui la crédibilité du pays dans l’espace sécuritaire mondial.

Dans son exposé, Al-Raisi a présenté le bilan de son mandat à la tête d’INTERPOL. Il a insisté sur la modernisation des méthodes policières, le renforcement de l’échange d’informations et l’amélioration des mécanismes de confiance entre États membres. Ces avancées ont été rendues possibles notamment grâce au Centre d’innovation d’INTERPOL, dont on célèbre le dixième anniversaire. Ce centre a permis de développer des outils de cyberdéfense, d’analyse des risques et de soutien opérationnel.

Pour la première fois, l’Assemblée générale se tient intégralement en format numérique, symbole d’une organisation qui assume désormais une culture de l’innovation. Le Secrétaire général d’INTERPOL, Valdecy Urquiza, a lui aussi salué la contribution active du Maroc, qu’il décrit comme un pays membre engagé, moteur et essentiel dans la dynamique multilatérale.

Les participants examineront durant quatre jours les grandes tendances criminelles, du démantèlement des réseaux transfrontaliers à la lutte contre les escroqueries internationales, en passant par le renforcement des capacités policières et la promotion de la place des femmes dans la police.

Un moment stratégique pour l’avenir de l’action policière mondiale

Cette 93e Assemblée générale prend place dans un paysage sécuritaire en profonde mutation. Les nouvelles menaces, intensifiées par les technologies, les espaces numériques fluides et les réseaux criminels transnationaux, imposent de repenser le mode d’action des forces de l’ordre à l’échelle mondiale. Marrakech se présente ainsi comme un laboratoire de réflexion, où coopérations, stratégies et innovations s’articulent pour anticiper les risques de demain.

La session doit également élire les nouveaux membres du Comité exécutif, organe clé chargé de fixer les orientations d’INTERPOL entre deux assemblées. Les résolutions adoptées détermineront les ressources, les méthodes de travail et les programmes opérationnels des années à venir.

Pour le Maroc, cette présence de haut niveau constitue une occasion d’affirmer son positionnement au cœur des stratégies sécuritaires internationales. Elle confirme aussi le rôle qu’il entend jouer dans l’Afrique de demain : un espace de stabilité, de partenariat et d’innovation sécuritaire.

lire aussi