Mouvement Damir appelle à une refondation politique et morale du Maroc

Mouvement Damir appelle à une refondation politique et morale du Maroc

« Le Maroc ne souffre pas d’un manque de structures institutionnelles, mais d’un affaiblissement de l’esprit démocratique. Le déficit n’est pas juridique, mais moral et culturel. En d’autres termes, le pays dispose d’un cadre formel solide, mais celui-ci est vidé de son contenu civique. La dépolitisation des acteurs, entretenue par le désintérêt du citoyen, a installé une forme d’automatisme dans la vie publique. » (Damir)

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Dans son mémorandum intitulé « NMP & Élection » (Nouveau Modèle Politique), le Mouvement Damir livre une réflexion approfondie sur les dérives du champ politique marocain et les conditions d’une reconstruction démocratique authentique. Le texte, dense et analytique, aborde la déliquescence des partis, la marchandisation du jeu électoral et la crise morale de la gouvernance. Sans posture partisane, Damir propose une refondation fondée sur la conscience citoyenne, la responsabilité et l’éthique publique.

Le constat d’un système en perte de sens

Le Mouvement Damir, dont le président fondateur est le poète et ancien détenu politique Salah El Ouadie, et que préside actuellement l’économiste Mohamed Benmoussa, ouvre son mémorandum par un diagnostic sans concession du paysage politique national. Selon le collectif, le Maroc traverse une phase de profonde désorientation civique et morale, où la politique a perdu sa vocation première : servir le bien commun. Le pays, tout en consolidant ses institutions et ses infrastructures, voit son champ politique s’éroder sous l’effet d’une logique d’instrumentalisation et de court terme.

Pour Damir, la scène partisane s’est transformée en un théâtre de stratégies individuelles et clientélistes, où les convictions se dissolvent dans la quête d’intérêts immédiats. L’esprit civique s’affaiblit, la parole publique se délite, et la démocratie représentative s’en trouve menacée. Le mouvement décrit un processus de dérégulation politique comparable à une « perte de sens » : les mots de la démocratie, de la justice ou de la participation ne portent plus la même charge morale ni la même crédibilité qu’autrefois.

La société marocaine, longtemps portée par un idéal de progrès collectif, voit désormais émerger un sentiment de désenchantement. Les citoyens, notamment les jeunes, expriment leur désaffection vis-à-vis d’un système politique qu’ils perçoivent comme inefficace, verrouillé et détaché de leurs réalités. L’abstention grandissante traduit cette rupture entre l’État, les institutions et la population. Pour Damir, il ne s’agit pas d’un désintérêt pour la politique, mais d’une défiance envers sa pratique actuelle.

Dans cette perspective, le mouvement identifie une crise de la représentation démocratique. Les partis politiques, jadis porteurs de sens, se sont progressivement éloignés de leurs bases sociales. Le mémorandum évoque une « perte de substance » où les partis n’incarnent plus des projets collectifs, mais des instruments de gestion du pouvoir. Cette évolution, selon Damir, a favorisé la montée du cynisme et la réduction du politique à une fonction administrative.

Une démocratie fragilisée par la dépolitisation

Le Mouvement Damir insiste sur le fait que le Maroc ne souffre pas d’un manque de structures institutionnelles, mais d’un affaiblissement de l’esprit démocratique. Le déficit n’est pas juridique, mais moral et culturel. En d’autres termes, le pays dispose d’un cadre formel solide, mais celui-ci est vidé de son contenu civique. La dépolitisation des acteurs, entretenue par le désintérêt du citoyen, a installé une forme d’automatisme dans la vie publique.

Le texte évoque une « démocratie d’apparat », fondée sur des procédures plutôt que sur la participation effective. Les élections, loin de susciter un débat d’idées, se réduisent souvent à des compétitions d’influence ou de moyens. Le résultat en est une démobilisation générale où l’acte électoral cesse d’être un instrument de changement. Pour Damir, cette situation compromet la légitimité du système représentatif et fragilise le contrat social.

Le mémorandum souligne également que cette dépolitisation n’est pas seulement le fait des citoyens. Elle résulte d’un enchaînement de choix politiques qui ont favorisé la technocratie au détriment de la pensée. Les acteurs institutionnels se replient sur une logique gestionnaire, délaissant le débat public, la vision et la prospective. Dans ce contexte, les idées se raréfient, la créativité politique s’étiole, et la vie démocratique se réduit à un enchaînement d’événements administratifs sans horizon collectif.

Pour Damir, la démocratie ne peut être réduite à un rituel électoral. Elle suppose un esprit, une culture, un apprentissage permanent. Le mouvement appelle à redonner sens au politique, à recréer les conditions d’un dialogue entre les institutions et la société. Cela passe, selon lui, par un effort d’éducation civique, par la réhabilitation de la pensée critique et par la reconnaissance du rôle des intellectuels et de la société civile dans la formation de la conscience publique.

L’argent et la défiance électorale

L’un des chapitres centraux du mémorandum est consacré à la question de la corruption électorale et de la domination de l’argent dans la compétition politique. Le Mouvement Damir y voit un symptôme majeur de la dérive du système. L’argent, qui devait être un outil de développement, s’est transformé en instrument d’influence et de contrôle, dénaturant le processus électoral et discréditant les institutions issues des urnes.

Le mémorandum évoque une véritable « économie de l’élection » où la circulation de l’argent supplante celle des idées. Le vote, censé exprimer une conviction, devient parfois un acte transactionnel. Les candidatures s’achètent, les consciences se louent, et le résultat en est une représentation vidée de toute légitimité morale. Pour Damir, cette marchandisation du politique menace la stabilité même du système démocratique et alimente la désillusion populaire.

Le mouvement dénonce également la complicité tacite de certaines élites politiques et économiques dans cette dérive. L’absence de régulation efficace, la faiblesse des sanctions et la complaisance envers les pratiques d’achat de voix contribuent à ancrer cette culture de la rente et du privilège. Le citoyen finit par percevoir le champ politique non plus comme un espace de mérite, mais comme un marché fermé réservé à ceux qui disposent de moyens financiers considérables.

Cette situation nourrit une méfiance durable envers les institutions représentatives. Les électeurs ne croient plus à la sincérité du jeu démocratique, ce qui affaiblit la participation et renforce les discours de rejet. Damir alerte sur les conséquences sociales et morales de cette perte de confiance : elle ouvre la voie à l’abstention, à la radicalisation ou à la résignation civique. Pour y remédier, le mouvement plaide pour une transparence totale du financement politique, un contrôle renforcé des campagnes électorales et une réhabilitation du mérite comme principe fondateur de la vie publique.

Vers un nouveau modèle politique et moral

Au-delà de son constat, le Mouvement Damir propose une réflexion sur la reconstruction d’un modèle politique fondé sur l’éthique, la responsabilité et la participation. Pour le collectif, le Maroc a besoin d’une « révolution tranquille » des comportements et des mentalités. Le changement durable ne viendra pas d’une réforme institutionnelle isolée, mais d’un processus d’élévation morale et civique partagé.

Le mouvement appelle à la refondation d’un espace public fondé sur la confiance et la vérité. Cela implique une rupture avec la culture du mensonge, de l’opportunisme et de la duplicité politique. Damir plaide pour une parole publique sincère, une action politique mesurable et une responsabilité effective des élus. La transparence, selon le mouvement, n’est pas une exigence technique, mais un principe moral sans lequel aucune gouvernance ne peut être crédible.

Le mémorandum insiste sur le rôle de l’élite politique et intellectuelle dans cette transformation. Les partis, s’ils veulent reconquérir leur légitimité, doivent redevenir des écoles de pensée et de civisme. Les élus, eux, doivent incarner l’exemplarité et l’intégrité. Quant à l’État, il lui revient d’encourager les conditions d’une gouvernance éthique, en donnant la priorité à la compétence, à la probité et au service public.

Le Mouvement Damir développe également une réflexion sur la culture du pouvoir. Il observe que la concentration excessive des décisions, l’opacité des circuits d’influence et la faiblesse des contre-pouvoirs nourrissent le sentiment d’exclusion et la suspicion. Pour rompre avec cette logique, le mouvement préconise une gouvernance partagée, où les collectivités territoriales, la société civile et les citoyens participent pleinement à la définition des politiques publiques.

Le texte évoque la nécessité de revitaliser la société civile, non comme un substitut à la politique, mais comme un partenaire dans la construction démocratique. L’engagement citoyen, affirme Damir, ne doit pas être perçu comme une menace, mais comme une richesse. Le pluralisme, la liberté d’expression et la critique constructive sont autant de leviers pour renforcer la résilience du pays face aux défis économiques, sociaux et environnementaux.

Pour une refondation éthique et citoyenne

En conclusion, le Mouvement Damir trace les contours d’une refondation politique et morale du Maroc. Le collectif estime que le pays dispose des ressources humaines, culturelles et institutionnelles nécessaires pour surmonter ses contradictions, à condition de retrouver la cohérence entre les valeurs proclamées et les pratiques effectives. Cette refondation ne vise pas à reproduire les modèles existants, mais à réinventer un projet national fondé sur la dignité, la justice et la solidarité.

Damir rappelle que le Maroc a souvent su transformer ses crises en opportunités. L’histoire nationale, marquée par la capacité d’adaptation et la fidélité à des principes séculaires, constitue un socle pour affronter les défis contemporains. Le mouvement appelle à renouer avec cette tradition d’intelligence collective et de dépassement. Le futur, selon lui, ne se construira ni dans la nostalgie ni dans la rupture, mais dans une continuité réinventée.

La moralisation de la vie publique apparaît, dans cette perspective, comme le fil conducteur de toute renaissance politique. Damir insiste sur la primauté de l’éthique sur la stratégie, de la conscience sur le calcul, de la responsabilité sur la posture. Le mouvement ne propose pas un programme partisan, mais une approche : celle d’un Maroc où la citoyenneté retrouve son sens, où la politique redevient un service, et où la confiance remplace la peur.

À travers ce mémorandum, le Mouvement Damir veut réaffirmer sa vocation : être un espace de réflexion et de vigilance, indépendant des appareils partisans, mais profondément engagé dans le débat national. Sa démarche s’inscrit dans une logique de construction, non de dénonciation. Elle vise à réhabiliter le politique dans sa dimension morale, à rappeler que la démocratie n’est pas seulement un régime, mais une culture, un apprentissage et une foi collective dans la valeur de la vérité et de la justice.

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