PME, investissement et territoires : la stratégie économique du gouvernement à l’épreuve des chiffres et des réformes

PME, investissement et territoires : la stratégie économique du gouvernement à l’épreuve des chiffres et des réformes

Pour le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, la nouvelle Charte de l’investissement constitue l’une des réformes emblématiques du mandat actuel

1
Partager :

 

Devant la Chambre des représentants, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a défendu une série de réformes présentées comme majeures, allant de la nouvelle Charte de l’investissement aux mécanismes de soutien aux zones rurales, en passant par l’amélioration du climat entrepreneurial et le règlement massif des arriérés de TVA. Ensemble, ces mesures dessinent une stratégie visant à renforcer la résilience économique, stimuler l’emploi et ancrer le développement dans les territoires.

La Charte de l’investissement, pilier d’une nouvelle dynamique économique

Pour le Chef du gouvernement, la nouvelle Charte de l’investissement constitue l’une des réformes emblématiques du mandat actuel. Adoptée dans le sillage des Hautes Orientations Royales, elle s’inscrit dans une vision globale visant à faire de l’investissement un moteur central de la croissance, de l’emploi et de la justice territoriale. Aziz Akhannouch a insisté sur le caractère structurant de ce cadre législatif, conçu pour moderniser les mécanismes de soutien, améliorer la transparence et offrir aux investisseurs une visibilité accrue.

Selon les données présentées, l’entrée en vigueur de la Charte en mars 2023 a déjà produit des effets tangibles. La Commission nationale des investissements a tenu neuf réunions, validant 250 projets pour un volume global de 414 milliards de dirhams. Ces projets devraient générer près de 179.000 emplois directs et indirects, répartis sur l’ensemble des régions du Royaume. Le gouvernement met en avant cette couverture territoriale élargie, qui concerne 49 provinces et préfectures et touche 34 secteurs économiques, du tourisme à l’agroalimentaire, de l’automobile au textile, en passant par l’énergie, la pharmacie, la chimie, la santé ou encore les transports.

Justice territoriale et décentralisation de la décision

Au-delà des volumes d’investissement, l’exécutif insiste sur la dimension sociale et territoriale de la Charte. Celle-ci est présentée comme un outil de réduction des disparités spatiales, en favorisant une répartition plus équitable des projets et des retombées économiques. La décentralisation de la décision d’investissement constitue, à cet égard, une innovation majeure. Pour la première fois, l’approbation et la signature des projets d’un montant inférieur à 250 millions de dirhams ont été confiées aux Centres régionaux d’investissement et aux Commissions régionales unifiées.

Cette régionalisation de la décision vise à raccourcir les délais, rapprocher l’administration des investisseurs et renforcer le rôle des territoires dans la dynamique économique. À ce niveau, 103 projets ont déjà été examinés, pour un volume d’investissement estimé à 10 milliards de dirhams. Parmi eux, 55 projets ont été approuvés, représentant 5,8 milliards de dirhams et environ 10.000 emplois attendus. Le gouvernement y voit la preuve d’un changement de paradigme dans la gouvernance de l’investissement.

Climat des affaires et simplification administrative

Cette dynamique est accompagnée d’une feuille de route dédiée à l’amélioration du climat des affaires. Selon Aziz Akhannouch, 98 pour cent des initiatives prévues ont été lancées, avec un taux d’achèvement de 63 pour cent, les chantiers restants devant être finalisés à l’horizon 2026. La simplification des procédures, la convergence des efforts administratifs et la digitalisation figurent parmi les priorités affichées.

La création électronique d’entreprises, via des guichets uniques et des systèmes informatisés, est citée comme un levier important. En 2025, plus de 81.000 entreprises ont été créées jusqu’à fin septembre, contre 95.000 sur l’ensemble de l’année précédente. Ces chiffres traduisent, selon l’exécutif, une dynamique entrepreneuriale soutenue, malgré un contexte international incertain.

Zones rurales et montagneuses : un enjeu de cohésion sociale

La politique d’investissement ne se limite pas aux pôles urbains. Le gouvernement affirme avoir déployé de nouveaux mécanismes ciblant spécifiquement les zones rurales et montagneuses, longtemps confrontées à un déficit d’opportunités économiques. L’accompagnement des jeunes porteurs de projets agricoles constitue l’un des axes majeurs de cette stratégie.

La création des Centres régionaux des jeunes entrepreneurs agricoles et agroalimentaires vise à structurer cet accompagnement au niveau territorial. Parallèlement, les coopératives de jeunes bénéficient d’un soutien technique et financier renforcé dans le cadre des projets d’agriculture solidaire. Près de 13.800 jeunes sont concernés par ces dispositifs, couvrant 5.200 projets répartis sur plusieurs programmes.

Intertitre Foncier agricole et mobilisation des terres

L’exploitation optimale du foncier agricole est présentée comme un levier clé de développement et d’emploi. Le gouvernement a mobilisé 121.000 hectares de terres domaniales au profit de 1.700 projets, pour un investissement global de 24 milliards de dirhams et la création de 69.000 emplois. À cela s’ajoute la mobilisation d’environ un million d’hectares de terres soulaliyates, accompagnée de la mise en place de dispositifs de gouvernance et d’accompagnement adaptés.

Dans le même esprit, 324.000 hectares de terres en jachère ont fait l’objet d’une évaluation de potentiel agricole. Plus de 3.000 projets de location ont été approuvés, et des accords de partenariat ont été signés pour 35.000 hectares de terres collectives. Ces chiffres traduisent, selon le Chef du gouvernement, une volonté de transformer le foncier en moteur d’inclusion économique et sociale.

Entrepreneuriat et soutien aux très petites entreprises

Le soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises constitue un autre pilier de l’action gouvernementale. Aziz Akhannouch a souligné que les réformes du régime des marchés publics ont réservé 30 pour cent des montants programmés à cette catégorie d’entreprises, renforçant ainsi leur accès à la commande publique.

À cela s’ajoute un dispositif de primes à l’investissement, dont le cumul peut atteindre 30 pour cent du montant global éligible. Trois types de primes ont été instaurés : une prime à la création d’emplois permanents, une prime territoriale destinée à réduire les disparités spatiales et une prime ciblant les activités prioritaires. Ces incitations couvrent 14 secteurs clés et 54 activités secondaires, dans toutes les régions du Royaume.

Une feuille de route pour l’emploi

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’une feuille de route nationale pour l’emploi, dotée d’une enveloppe annuelle estimée à 12 milliards de dirhams. Afin d’assurer l’appropriation de ces dispositifs, le gouvernement a organisé des caravanes d’information dans 31 provinces et préfectures, mobilisant entrepreneurs, porteurs de projets et acteurs économiques locaux.

Les premiers résultats sont jugés encourageants. Le portail national CRI-Invest a enregistré 63 dossiers d’investissement, pour un montant global de 880 millions de dirhams et la création attendue de 2.200 emplois directs. L’exécutif met également en avant le rôle des partenaires institutionnels, notamment le secteur bancaire et la Confédération générale des entreprises du Maroc, engagés à travers une charte de financement et d’accompagnement des très petites entreprises.

Résilience financière et règlement des arriérés de TVA

Sur le volet financier, le règlement des arriérés de TVA constitue l’une des mesures les plus marquantes. Près de 78 milliards de dirhams ont été débloqués pour soulager la trésorerie des entreprises en difficulté et préserver leurs équilibres financiers. Cette action est présentée comme un levier de stabilisation de l’emploi et de soutien à la reprise économique.

La réforme de l’impôt sur les sociétés, avec l’unification du taux minimum à 20 pour cent pour les entreprises réalisant moins de 100 millions de dirhams de bénéfices, est également mise en avant pour son impact positif sur les PME. De même, la loi sur les délais de paiement et les mécanismes de suivi associés visent à renforcer la transparence et à encadrer les relations commerciales entre acteurs économiques.

Financement, innovation et préparation des grands rendez-vous

L’exécutif souligne enfin le développement de produits financiers innovants pour faciliter l’accès au financement. Les dispositifs DAMAN, renforcés après la pandémie de Covid-19, ainsi que les programmes Tatwir Croissance verte et Tatwir Startup, sont destinés à accompagner les PME vers des modèles plus durables et innovants.

Le Fonds d’investissement Mohammed VI est appelé à jouer un rôle central, en doublant le volume des financements dédiés à l’amélioration de l’efficacité des investissements nationaux. Des offres spécifiques, telles que Cap-Access et Cap-Hospitality, s’inscrivent également dans la perspective des grands événements sportifs à venir, en mobilisant l’ensemble des institutions concernées.

Une stratégie sous le regard des résultats

À travers cet ensemble de réformes, le gouvernement défend une approche intégrée de l’investissement et de l’entrepreneuriat, articulant soutien financier, simplification administrative et ancrage territorial. Si les chiffres avancés traduisent une dynamique réelle, la mise en œuvre effective et l’impact durable sur l’emploi et les inégalités territoriales demeureront les principaux indicateurs de réussite. Pour l’exécutif, l’enjeu est clair : transformer ces dispositifs en leviers concrets de croissance inclusive et de confiance économique.

lire aussi