Cancer : le spectre silencieux de la désinformation-Par Dr Anwar Cherkaoui

Cancer : le spectre silencieux de la désinformation-Par Dr Anwar Cherkaoui

Une récente étude sociologique internationale met en lumière un phénomène préoccupant : la majorité des patients atteints de cancer est exposée à de la désinformation, souvent transmise par les personnes les plus proches.

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Face au cancer, la bataille ne se joue pas uniquement dans les hôpitaux et les centres d’oncologie. Elle se déroule aussi sur le terrain invisible de l’information. Entre conseils familiaux, croyances populaires et fausses promesses thérapeutiques, de nombreux patients se retrouvent exposés à une désinformation qui fragilise leur parcours de soins et met parfois leur vie en danger. Dans un contexte marqué par les tabous, la peur et la pression sociale, la diffusion de mythes médicaux devient un enjeu majeur de santé publique, appelant à une mobilisation collective des soignants, des médias et de la société pour protéger les patients et restaurer la place centrale de la vérité scientifique.

Dr Anwar CHERKAOUI

 Expert en communication et en journalisme de santé

La désinformation tue parfois plus sûrement que la maladie elle-même. Lorsqu’un diagnostic de cancer tombe, il ne s’accompagne pas seulement de peur, de douleur et d’incertitude.

Il ouvre aussi la porte à une avalanche de conseils non sollicités, de croyances erronées et de fausses promesses thérapeutiques.

Une récente étude sociologique internationale met en lumière un phénomène préoccupant : la majorité des patients atteints de cancer est exposée à de la désinformation, souvent transmise par les personnes les plus proches.

Selon cette enquête menée auprès de 110 patients récemment diagnostiqués, 93 % d’entre eux déclarent avoir entendu parler d’au moins un « traitement alternatif » dont l’efficacité n’est pas scientifiquement prouvée.

Vitamines à fortes doses, plantes médicinales, compléments alimentaires, régimes restrictifs, mais aussi pratiques comme l’acupuncture, la méditation ou l’oxygénothérapie hyperbare figurent en bonne place dans cette liste.

À cela s’ajoutent des mythes persistants : près de 8 patients sur 10 ont déjà entendu, par exemple, que consommer du sucre aggraverait le cancer.

Contrairement à une idée reçue, ces informations ne proviennent pas majoritairement des réseaux sociaux ou d’Internet.  Dans la plupart des cas, l’exposition est accidentelle : ce sont les amis, la famille et les connaissances qui deviennent, souvent de bonne foi, les principaux relais de la désinformation.

Un proche dans un cas sur trois, une connaissance dans un cas sur deux.  Ces conseils s’appuient rarement sur des données scientifiques, mais plutôt sur des expériences personnelles, des récits entendus ou des traditions transmises.

Dans le contexte marocain, cette réalité prend une dimension particulière.

Le cancer reste entouré de tabous, de peurs ancestrales et de représentations parfois magiques ou fatalistes. La solidarité familiale, très forte, peut se transformer involontairement en pression : le malade est incité à « essayer autre chose », à ne pas « empoisonner son corps » avec la chimiothérapie, ou à faire confiance à des remèdes dits naturels, perçus comme inoffensifs.

Cette dynamique est renforcée par la méconnaissance des mécanismes de la maladie et par une défiance persistante envers la médecine moderne. Plus inquiétant encore, l’étude souligne un profond déficit de communication entre patients et soignants. Rares sont les malades qui évoquent ces informations avec leur oncologue.  Par pudeur, par peur d’être jugés ou par conviction personnelle, beaucoup gardent le silence.

Or, ce fossé est lourd de conséquences.

Les chercheurs rappellent qu’en oncologie, le recours à des traitements non conventionnels, en remplacement ou en retard des traitements validés, multiplie par six le risque de mortalité.

Face à ce constat, la responsabilité est collective. Les professionnels de santé sont invités à anticiper ces dérives, en abordant spontanément la question des thérapies alternatives, sans condescendance ni rejet systématique. Écouter, expliquer, déconstruire les mythes et accompagner le patient dans sa détresse émotionnelle fait partie intégrante du soin.

Mais la société dans son ensemble a aussi un rôle à jouer : informer, sensibiliser et rappeler que, face au cancer, la bonne intention ne suffit pas.

Une information erronée, même dictée par l’amour, peut devenir un danger mortel.

Dans la lutte contre le cancer, la vérité médicale reste une arme essentielle. La protéger de la désinformation est aujourd’hui un enjeu de santé publique.

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